Politique

En Irak, l’État islamique renaît de ses cendres

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Par - envoyé spécial à Bagdad
Mis à jour le 22 janvier 2019 à 15:57

La ville de Fallouja le 12 juin 2016, après un raid aérien mené par la coalition anti-Daesh dirigée par les États-Unis. © Osama Sami/AP/Sipa

Officiellement, l’État islamique (EI) a été déclaré vaincu par l’Irak en décembre 2017. Mais les séquelles resteront douloureuses encore longtemps.

Outre l’ampleur de la reconstruction, estimée à 88 milliards de dollars, l’ONU a découvert début novembre 202 charniers contenant jusqu’à 12 000 cadavres – et prévient qu’il y en aura encore « beaucoup ».

Surtout, les sources sur place observent une remobilisation active de l’organisation. « Je pensais qu’on aurait plus de répit », souffle un diplomate. Un militaire confirme : la reconstitution de l’EI a lieu « plus vite qu’anticipé » ; s’ils n’ont « plus la capacité de mener des offensives, ils peuvent circuler et transmettre des ordres dans certaines régions », comme l’Anbar, Ninive et Kirkouk – des provinces où le sentiment de marginalisation des sunnites a constitué son terreau d’implantation.

La Turquie, « base opérationnelle stratégique »

« Si vous ne luttez pas contre les racines, l’EI réapparaîtra », prévoit un ancien ministre, regrettant que « rien ne soit fait » depuis décembre 2017. Si Daesh agit seulement pour entretenir « sa narration plus qu’une efficacité tactique », tempère un sécuritaire américain, son repli actuel lui « laisse le temps de monter de nouvelles opérations », considère le diplomate.

Un rapport des services secrets néerlandais paru début novembre soulignait que l’EI « utilise la Turquie comme base opérationnelle stratégique » pour « récupérer, se réorganiser et repenser » ses modes d’action dans la région. Ces faits interrogent sur le jeu trouble d’Ankara. « Il est impossible que l’état turc, policier, n’en soit pas informé », accuse une source diplomatique.