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Cet article est issu du dossier «Bénin : bilan d'étape pour Patrice Talon»

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Politique

[Édito] Bénin : la gouvernance tous risques de Patrice Talon

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Vincent Duhem est journaliste à Jeune Afrique depuis 2012. Spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et centrale, il couvre en particulier l’actualité du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Ghana et de la Centrafrique.

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Le président béninois Patrice Talon, à l'Élysée, à Paris, le 26 avril 2016. © Michel Euler/AP/SIPA

Symbole de l’arrivée des hommes d’affaires dans le jeu politique, l’élection de Patrice Talon à la tête du Bénin, en avril 2016, avait soulevé un mélange de curiosité et d’interrogations. Un businessman réussira-t-il là où les politiciens de carrière ont échoué ? Peut-on gérer un État comme on dirige une entreprise ? Quid des risques de conflits d’intérêts ?

L’Afrique de l’Ouest bruissait de ces questionnements. Il est aujourd’hui sans doute encore trop tôt pour forger une opinion définitive sur le premier mandat du chef de l’État ; il lui en faudra d’ailleurs sans doute un deuxième s’il veut mener tous ses projets à bon port. Patrice Talon l’a néanmoins déjà marqué de son empreinte. Soutiens et pourfendeurs s’accordent au moins sur ce point.

Diablement stratège

Voilà bientôt trois ans que l’ancien magnat du coton a investi le palais présidentiel de la Marina, à Cotonou. Il y a fait des travaux, changé le mobilier de son prédécesseur Thomas Boni Yayi et bouleversé le quotidien de l’institution présidentielle, comme s’il voulait la façonner à son image.

Depuis cette journée du 6 avril 2016, l’ancien homme d’affaires a bien dû modeler ses habitudes à l’épreuve de son nouveau statut de chef de l’État. Mais il est, dans le fond, demeuré le même : intrépide, méticuleux, diablement stratège et sans états d’âme. Patrice Talon donne souvent le sentiment de se croire invincible. Il dégage une confiance en lui déstabilisante, celle de ces hommes qui ont fait de la prise de risques une philosophie de vie.

Il y a un côté Dr Jekyll et Mr Hyde chez ce président atypique. On sent chez lui une profonde envie de secouer son pays pour en tirer le meilleur. Ses choix obéissent à une logique libérale assez orthodoxe, marquée par le souci de l’efficacité. Sa volonté de ne pas courir après la popularité laisse quelquefois penser qu’il souhaiterait gouverner sans en rendre compte à son peuple. À la manière d’un bulldozer, il peut aussi foncer droit devant, quitte à jouer avec les règles et écraser, çà et là, ceux qui se mettent en travers de sa route.


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Soupçon de conflit d’intérêts

Malgré les réticences, les manifestations ou les grèves, il a cependant réussi en moins de trois ans à faire voter l’essentiel des grandes réformes : nouvelle loi électorale, charte des partis politiques modifiée, interdiction du droit de grève pour les fonctionnaires de la Santé et de la Justice, révision du code du travail, etc.

Est-ce ce mode de gouvernance parfois brutale ou son étiquette d’ancien homme d’affaires ? Toujours est-il qu’il n’a aujourd’hui toujours pas réussi à lever les doutes qui entourent certains aspects de sa gouvernance.

Ses actes sont toujours analysés à travers le prisme du soupçon, notamment de conflit d’intérêts. Ainsi, bien qu’impérative, l’intense lutte contre la corruption menée depuis le début de son quinquennat – et caractérisée ces dernières semaines par le procès du scandale financier ICC-services – continue d’être perçue comme une vaste chasse aux sorcières. Confondre vitesse et précipitation n’est pas sans risque…

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