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Cet article est issu du dossier «Bénin : bilan d'étape pour Patrice Talon»

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Politique

Bénin – Guy Dossou Mitokpè : « Nous vivons dans une quasi démocrature »

Guy Mitokpe, au siège du groupe des partis d’opposition, a Cotonou, le 20 novembre 2017. © Jacques Toregano pour JA

Depuis que Candide Azannaï, le président-fondateur de son parti, a quitté le poste de ministre délégué à la Défense, en mars 2017, le plus jeune député du Bénin – 40 ans – se montre particulièrement virulent vis-à-vis de l’exécutif.

Jeune Afrique : Que pensez-vous de la gouvernance Talon ?

Guy Dossou Mitokpè : Nous sommes déçus ! Nous avons été trompés par nos alliés d’hier. Le président nous avait promis qu’il allait se détacher de toutes ses affaires afin qu’il ne puisse y avoir de conflits d’intérêts. C’était un leurre : trois ans après, ses affaires ont pris du volume et ses entreprises bénéficient d’exonérations.

De manière systématique, être opposant expose à une traque déguisée en lutte contre la corruption

Que pensez-vous du bilan de l’exécutif ?

Que de promesses non tenues, ai-je envie de dire ! Il faut en finir avec ces chiffres dont on nous abreuve sur le coton, l’anacarde, le karité ou la croissance qu’on nous dit exponentielle alors que le peuple déprime et se meurt. Aujourd’hui, il est déçu. Le gouvernement a promis 500 000 emplois pour les jeunes en cinq ans. Or le taux de chômage est à son plus haut niveau depuis 1990 et de nombreuses entreprises ont déposé le bilan à cause de pressions fiscales souvent fantaisistes.

Du fait d’une modification maladroite du code du travail et de l’adoption par la majorité parlementaire d’une loi scélérate sur l’embauche, vous pouvez désormais être sous contrat à durée déterminée toute votre carrière, les licenciements sont devenus un jeu d’enfant et on peut mettre fin à un contrat de travail en fonction de ses humeurs, sans crainte des prud’hommes, les syndicalistes n’ont presque plus le droit de grève ni celui de manifester…

Nous vivons dans une quasi-démocrature [néologisme formé par la fusion de « démocratie » et de « dictature »]. De manière systématique, être opposant expose à une traque déguisée en lutte contre la corruption. Plusieurs opposants sont aujourd’hui poursuivis pour leurs positions politiques. Faute de concurrents, Patrice Talon fait la pluie et le beau temps au Bénin.


>> A LIRE – L’opposition béninoise dispersée aux législatives, l’AFD face à la société civile gabonaise…


En matière de caution électorale, c’est désormais l’argent qui dicte sa loi

Les réformes du code électoral et la Charte des partis vous satisfont-elles ?

Absolument pas. Ces prétendues réformes ne sont que l’expression de la volonté du chef de l’État et de sa majorité d’empêcher la compétition électorale et, surtout, d’en écarter les jeunes. En matière de caution électorale, c’est désormais l’argent qui dicte sa loi. La notion de quitus fiscal a été introduite parce qu’on ne veut plus que certains acteurs aient la possibilité d’être candidats : c’est de l’exclusion ! En amont, on crée la notion de quitus fiscal. En aval, on procède à des redressements ciblés…

L’opposition peut-elle aller aux législatives dans un même bloc ?

Les contingences internes à nos divers partis nous obligent à mener un combat concerté, mais avec des stratégies différentes. Toujours est-il que le cœur du combat reste le même : veiller à libérer le Parlement de ceux qui l’ont pris en otage. Nous y arriverons ! Nos chances sont intactes. Nous ne laisserons personne nous voler notre victoire. Nous ferons un marquage à la culotte.

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