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BD : « Si je t’oublie Alexandrie », plongée dans le labyrinthe égyptien

La BD "Si je t’oublie Alexandrie", de Jérémie Dres. © Steinkis

Dans sa BD « Si je t'oublie Alexandrie », le dessinateur et journaliste-enquêteur Jérémie Dres poursuit son aventure autobiographique, cette fois sur les traces de ses arrière-grands-parents, qui vécurent en Égypte et finirent leurs jours dans l’État hébreu.

Vous n’avez pas suivi tous les épisodes de l’histoire de l’Égypte moderne ? Pas grave. La session de rattrapage peut se faire en embrassant du regard un bon millier de cases. D’un crayon de dessinateur aussi affûté que sa plume de journaliste-enquêteur, le Français Jérémie Dres nous entraîne dans un reportage au Caire et à Alexandrie – où dominent les tons marron et ocre –, puis à Tel-Aviv et à Jérusalem – où les planches, blanc et bleu, se parent des couleurs d’Israël.

Après ses albums Nous n’irons pas voir Auschwitz et Dispersés dans Babylone, l’auteur poursuit son aventure autobiographique, cette fois sur les traces de ses arrière-grands-parents, qui vécurent en Égypte et finirent leurs jours dans l’État hébreu. Muni de faibles indices, Jérémie quitte Paris avec sa mère à la découverte de ces terres d’Orient où cohabitèrent Arabes et Juifs (lesquels sont présents en Égypte depuis les pharaons) jusqu’à ce que la folie des hommes dresse des murs entre eux.

Une minorité disparue

Aujourd’hui, l’Alexandrie cosmopolite d’un Lawrence Durrell paraît bien lointaine. Mais, dans cette BD aux airs de thriller, Agatha Christie et Les Cigares du pharaon nous font des clins d’œil. On croise à chaque coin de rue des policiers patibulaires, des espions présumés, des gardiens de cimetières (déserts) ou de synagogues (vides), dont la fonction première consiste à empêcher « l’étranger » de prendre des photos. On y rencontre aussi de jeunes Égyptiens : journalistes sans latitude pour exercer leur métier ou étudiants encore imbus des idéaux de la première révolution de la place Tahrir, malgré la sinistre expérience Morsi et l’entrée en scène martiale du maréchal Sissi…

Les Juifs, eux, se comptent sur les doigts d’une main. Certains narrent leur passé de militants communistes et leur internement, à la fin des années 1940. D’autres racontent comment, désavantagés par des lois de préférence nationale au moment de la création de l’État d’Israël, ils se réfugièrent dans ce « foyer », où, loin d’être accueillis à bras ouverts, ils furent regroupés dans des camps avec des fiches de rationnement. Restent, en Égypte, six vieilles dames et une poignée de « représentants de la communauté » qui se chamaillent sur la manière de conserver le patrimoine culturel d’une minorité disparue. La faute à qui ?

L’un des mérites de l’ouvrage est d’éviter tout jugement définitif. Avec humour et recul, le narrateur relève les failles dans les versions de ses interlocuteurs, quels qu’ils soient. Sans s’en laisser conter, il écoute et note tout, restituant la complexité d’une société qui fut plurielle avant d’être privée de la diversité qui faisait sa richesse.

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