Elections

[Tribune] Madagascar : enfin en paix !

Réservé aux abonnés | |
Mis à jour le 12 novembre 2019 à 17h02

Par  Olivier Caslin

Olivier Caslin est spécialiste des transports et des questions économiques multilatérales. Il suit également l'actualité du Burundi, de Djibouti et de Maurice.

Andry Rajoelina a été élu président de la République de Madagascar selon les résultats provisoires de la Ceni.

Andry Rajoelina a été élu président de la République de Madagascar selon les résultats provisoires de la Ceni. © Kabir Dhanji/AP/SIPA

Madagascar a bien un président élu à sa tête en ce mois de janvier. Et le soulagement semble même général. Reste à Andry Rajoelina de répondre aux attentes des populations.

Dans le long processus attendu pour mener l’île à l’émergence, Madagascar vient de remplir le premier préalable. Alors que tout le monde s’accordait à lui promettre le pire, le pays a réussi à organiser une élection présidentielle suffisamment crédible pour que les résultats en soient acceptés par tous, sans avoir à traverser l’une de ces crises politiques qui ont jalonné son histoire depuis l’indépendance.


>>> À LIRE – Madagascar : qui sont les chefs d’État annoncés à l’investiture d’Andry Rajoelina ?


Comme l’avait assuré Jean-Éric Rakotoarisoa, le président de la Haute Cour constitutionnelle, à Jeune Afrique en octobre, Madagascar a bien un président élu à sa tête en ce mois de janvier. Et personne n’y trouve rien à redire. Le soulagement semble même général. Les centaines de requêtes déposées par l’ensemble des candidats après chacun des deux tours, concernant diverses tentatives de fraude ou de subordination constatées lors des scrutins, n’ont pas empêché le gardien de la Constitution de confirmer les chiffres présentés quelques jours plus tôt par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).

L’avance d’Andry Rajoelina semble avoir été suffisamment nette pour être incontestable

L’abstention, le reflet d’une défiance

Résigné, Marc Ravalomanana a reconnu sa défaite dès le lendemain et a félicité un Andry Rajoelina adoubé dans le même temps par l’ensemble de la communauté internationale. Laquelle a délivré, au passage, un satisfecit au pays pour l’organisation de ce scrutin, auquel elle a largement contribué.

L’avance d’Andry Rajoelina – qui a obtenu 55,66 % des voix – semble avoir été suffisamment nette pour être incontestable. D’autant que personne n’a vraiment cherché à la contester. Les supporters de Marc Ravalomanana ont bien manifesté quelques jours dans la capitale, mais ils sont vite rentrés dans le rang dès l’officialisation des résultats, le 9 janvier. Comme si, après les institutions, la population refusait elle aussi de jouer les prolongations d’une partie commencée depuis 2009 entre deux hommes dont la rivalité a mis le pays à genoux.

Ceux qui se sont déplacés semblent surtout avoir eu pour motivation de donner aux deux protagonistes l’occasion d’en découdre une bonne fois pour toutes

Plus qu’un désintérêt, la faiblesse des taux de participation – 54,32 % au premier tour, 48,09 % au second – sonne davantage comme une véritable défiance des Malgaches à l’égard de leur personnel politique. Et ceux qui se sont déplacés semblent surtout avoir eu pour motivation de donner aux deux protagonistes l’occasion d’en découdre une bonne fois pour toutes, pour que Madagascar puisse – enfin – tourner la page d’une décennie à oublier.


>>> À LIRE – Madagascar : la cartographie de la victoire d’Andry Rajoelina illustre des clivages anciens


Fin de l’étiquette de putschiste

Vainqueur aux points, Andry Rajoelina peut s’estimer bien élu, mais il est loin d’avoir reçu un blanc-seing pour les cinq prochaines années. D’autant que la campagne, davantage rythmée par les invectives que par les propositions programmatiques, n’a pas vraiment rassuré quant à la capacité de l’ancien président de la transition à endosser le costume de président tout court.

L’heure n’est pourtant pas à la revanche, mais bien à l’émergence

L’essentiel est ailleurs pour le nouveau chef de l’État, qui, désormais légitimé par l’onction populaire, peut enfin se débarrasser de l’étiquette de putschiste que continuaient à lui coller ses adversaires, mais aussi les chancelleries et les bailleurs de fonds internationaux.

L’heure n’est pourtant pas à la revanche, mais bien à l’émergence, comme l’a d’ailleurs maintes fois promis le candidat Rajoelina lors de ses meetings. Dans son premier discours, le futur locataire du palais d’Iavoloha s’est voulu rassembleur, conscient des enjeux et des défis à relever, en droite ligne avec l’image d’homme d’État responsable qu’il veut se forger depuis son retour dans l’arène politique malgache début 2018.

Des centaines de femmes lavent du linge dans une rivière près d' Antananarivo, en 2013. Selon la Banque mondiale, plus de 70% des Malgaches vivent dans la pauvreté.

Des centaines de femmes lavent du linge dans une rivière près d' Antananarivo, en 2013. Selon la Banque mondiale, plus de 70% des Malgaches vivent dans la pauvreté. © Schalk van Zuydam/AP/SIPA

Répondre aux attentes des couches défavorisées

Le nouveau président ne peut pas compter sur une période d’état de grâce et, dès sa prestation de serment, le 19 janvier, il va devoir se mettre au travail.

Une fois le premier gouvernement mis en place, et plus encore après les élections législatives, prévues en mars, censées lui donner la majorité parlementaire dont il a besoin, Andry Rajoelina va devoir répondre aux attentes qu’il a fait naître au sein des couches défavorisées de la société qui l’ont porté au pouvoir plutôt que de continuer à alimenter un système politique prédateur, largement désavoué par les Malgaches eux-mêmes.

Sinon, le préalable électoral que vient de vivre la Grande Île et qui a été considéré comme « une réussite historique » par António Guterres, le secrétaire général des Nations unies, risque de rester sans suite.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3092_600x855 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte