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BD : « Après le printemps », la jeunesse tunisienne à l’heure des désillusions

"Après le printemps. Une jeunesse tunisienne", d’Hélène Aldeguer. © Futuropolis

Illustrations en noir et blanc, ligne claire. Hélène Aldeguer, dessinatrice, nous renvoie au 16 janvier 2013. Deux ans et deux jours après le départ de Ben Ali. Le pays est en grève générale.

L’histoire débute au Kef, dans le nord-ouest de la Tunisie. Saif, installé dans la capitale pour ses études, rend visite à sa famille. À travers son personnage commence le récit d’une jeunesse désorientée. Aziz, Chayma et Meriem, ses acolytes, viennent parfaire la narration. Pris entre les événements politiques d’une année hautement mouvementée en Tunisie et leurs vies personnelles, ils illustrent chacun à leur manière le tiraillement des premières années qui suivent ce 14 janvier.

Pour plaire aux parents de sa petite amie, Aziz a abandonné ses études afin de gagner de l’argent rapidement. « Tu sais bien que c’est pas le diplôme qui donne l’emploi ici », avance-t-il à son colocataire Saif, dès les premières pages. Chayma, elle, ne rêve que de partir en France. Meriem, brillante étudiante en droit et militante politique, résiste à l’idée de la suivre. Saif, lors de ses passages au Kef, expose l’inégalité entre la capitale et les régions délaissées. « Tu ne sais pas ce qu’on vit ici », lui rétorque, par exemple, l’un de ses frères.

Déception et espoirs

Avec le chômage comme épée de Damoclès et la crainte du gendarme qui colle à la peau, les quatre personnages illustrent les mauvais traitements subis par une jeunesse que les autorités méprisent. Entre les récits de vie, l’actualité politique et sécuritaire du pays s’immisce dans certains dessins, poignants. L’enterrement de Chokri Belaïd, opposant politique et grande figure de la gauche, tué par balle devant son domicile, s’étale sur deux pages.

Sur le croquis d’un bain de foule, les visages se côtoient et se ressemblent, l’air grave et la bouche ouverte. Une dizaine de drapeaux de la Tunisie surplombent la masse. À gauche, un slogan clame : « Aujourd’hui ! Aujourd’hui ! Ennahdha tombe aujourd’hui ! » Voilà une bande dessinée qui relie avec perspicacité l’histoire et le quotidien, illustrant la déception mêlée d’espoir qui habite toute une génération.

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