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« Monk ! » : Pannonica et Thelonious, une histoire de jazz

Couverture de "Monk !", de Youssef Daoudi.

Couverture de "Monk !", de Youssef Daoudi. © Martin de Halleux

Dans son roman graphique, Youssef Daoudi réimagine certaines anecdotes de l’itinéraire du duo formé par Pannonica de Koenigswarter, bienfaitrice et mécène de nombreux musiciens de jazz dans le New York de l’après-guerre, et Thelonious Monk, célèbre pianiste.

« Snap ! » Tout commence par un claquement de doigts. C’est Monk aux prises avec le tempo. Et « vroom ! », une Bentley quitte Manhattan à toute allure, direction le New Jersey. Au volant, une baronne anglaise, richissime et mordue de jazz, qui s’en va retrouver, dans sa villa infestée de chats, un pianiste américain qui aura été « le prêtre du be-bop ».

Ce dernier est quasi catatonique, « en équilibre au-dessus de l’abîme » – pour reprendre les termes de Roland Brival. Il entend, encore et toujours, la musique, où qu’elle soit, sans pouvoir la saisir, sans pouvoir la modeler. Il est au crépuscule de sa vie. La baronne nourrit ses chats, l’écoute, alors même qu’il ne dit pas grand-chose, le pousse à quitter le lit, sans grand succès.

C’est ainsi que commence l’imposant roman graphique de Youssef Daoudi, qui réimagine, avec brio, quelques anecdotes de l’itinéraire de ce drôle de duo : Pannonica de Koenigswarter, née Rothschild, bienfaitrice de nombreux musiciens de jazz dans le New York de l’après-guerre, et Thelonious Monk, pianiste taciturne, au toucher dur et percussif, amoureux des dissonances.

On croise Byrd, le Duke, Bud Powell, son « frère de sang », Miles, Coltrane, Diz, Charlie Rouse…

Appétit pour l’improvisation

Au fil des pages, l’on plonge dans les souvenirs communs de ces deux passionnés, liés par le même appétit d’improvisation. Sans se lancer dans un quelconque exercice biographique, Daoudi s’attache à lever le voile, bulle après bulle, sur la musique qui aura fait danser et s’émouvoir Pannonica, héroïne de grands standards de jazz (signés Monk, Gigi Gryce, Sonny Clarke ou encore Horace Silver), sur cette même musique qui aura fini par plonger Monk dans un mutisme aussi mystérieux que le reste de son existence. Ce fameux « fondu au noir », pour reprendre Laurent de Wilde, l’un des biographes de Monk.

On croise Byrd, le Duke, Bud Powell, son « frère de sang », Miles, Coltrane, Diz, Charlie Rouse, entre autres fameux jazz cats, Nellie, son épouse dévouée, Toot, son fils et futur batteur, quelques membres de la famille Rothschild… Le tout entre bavures policières, effluves de fumée, papillons, leçons de métaphysique, coups de poing et hallucinations… En musique, évidemment : « Sda ! », « Plunk, Plink, Plonk ! », « Poroooporooo », « Wooosh ! ». Haletant, exaltant, émouvant.

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