Pétrole & Gaz

Hydrocarbures : Puma Energy à la relance

Emma Fitzgerald, CEO of Puma Energy © Puma Energy

Pour rebondir après une année délicate, le distributeur de produits pétroliers a nommé une nouvelle directrice générale. Et affirme conserver son tropisme africain.

L’année 2018 aura été particulièrement difficile pour Puma Energy. Les prix à la pompe, en berne – notamment dans les pays africains ayant des tarifs réglementés – , et des dépréciations monétaires importantes – principalement en Angola – ont fortement affecté son résultat d’exploitation (Ebitda), en baisse de 24 % sur les trois premiers trimestres de 2018. Pour tenter de redresser les comptes, l’entreprise pourra se reposer sur une nouvelle équipe dirigeante.

Nommée directrice générale, la Britannique Emma FitzGerald a rejoint le 2 janvier le siège opérationnel du groupe, enregistré à Singapour mais piloté depuis Genève, au plus près de Trafigura, son actionnaire majoritaire, avec lequel il fonctionne de manière totalement intégrée. Puma Energy lui achète l’essentiel des produits raffinés qu’il stocke dans ses installations et les distribue dans ses 862 stations-service (sur 3 100 dans le monde) et 51 aéroports déployés dans 19 pays subsahariens, essentiellement dans le sud et dans l’ouest du continent.

135 millions d’investissement en neuf mois

Ancienne cadre de Shell, active par la suite dans les secteurs du gaz puis de l’eau et de l’assainissement au Royaume-Uni, Emma FitzGerald succède au Français Pierre Eladari, un « historique » de Trafigura, démissionnaire à la fin de 2018. C’est lui qui avait fait de Puma Energy, marque originellement argentine, rachetée par Trafigura en 1997, l’un des leaders de la distribution pétrolière sur le continent.

Pour monter en puissance, le groupe a d’abord, en 2011, pris le contrôle de cinq filiales de distribution de BP en Afrique australe (Tanzanie, Namibie, Zambie, Malawi et Botswana), puis a déployé ses ailes en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest avec une série d’autres acquisitions. Une croissance effectuée avec le soutien sans faille de feu Claude Dauphin, fondateur de Trafigura et son patron jusqu’en 2014, et de Jean-Pierre Valentini, son ex-« Monsieur Afrique » pour le trading pétrolier.

Depuis l’accession de l’Australien Jeremy Weir à la tête de Trafigura, les vannes de l’investissement se sont progressivement fermées

Depuis l’accession de l’Australien Jeremy Weir à la tête de Trafigura, en 2014, les vannes de l’investissement, largement ouvertes jusque-là pour pousser la croissance du groupe, en Afrique en particulier, se sont progressivement fermées, observant une discipline budgétaire des plus drastiques et une attitude bien moins offensive qu’auparavant.

Lors de la présentation des derniers résultats trimestriels, le 26 novembre 2018, Denis Chazarain, le directeur financier de Puma Energy, indiquait des dépenses d’investissement de seulement 135 millions de dollars au cours des neuf premiers mois de l’année 2018 (contre 218 millions de dollars sur la même période en 2017), avec seulement 4 % de ce montant affecté à des acquisitions de réseaux et d’infrastructures, le reste étant consacré à la maintenance des installations et des stations-service déjà existantes.

Doublé par la concurrence

La seule acquisition importante du groupe sur le continent a été celle du petit réseau de 28 stations-service du groupe public Petroci en Côte d’Ivoire, finalisée en septembre 2018, représentant 5 % du marché local, bien loin derrière ses concurrents Total et Vivo Energy (respectivement 35 % et 29 % des ventes de carburant dans le pays). L’opération n’a d’ailleurs pas donné lieu à un paiement mais à un échange d’actions entre Petroci et Puma Energy, ce dernier octroyant au premier 25 % des parts de sa filiale ivoirienne de stockage d’hydrocarbures.


>>> À LIRE – Côte d’Ivoire : la cession du réseau de Petroci à Puma Energy officialisée


Le groupe a donc laissé filer les opérations les plus importantes de ces derniers mois sur le continent, au profit de concurrents beaucoup plus offensifs : Vivo Energy, dopé par une introduction à la Bourse de Londres en mai dernier, a pu s’emparer sans coup férir de neuf filiales d’Engen (225 stations-­service) en Afrique australe – pourtant la région de prédilection de Puma Energy – , dont l’acquisition a été finalisée en septembre 2018 ; quant au français Rubis, il a pu mettre la main sur le leader du marché kényan, KenolKobil, en acquérant 75 % de ses parts pour 353 millions de dollars.

Pour l’analyste ivoirien Charles Thiémelé, spécialiste du négoce et de la distribution pétrolière, l’attentisme de Puma Energy en matière d’investissement, probablement dicté par son actionnaire principal Trafigura, pose question. Particulièrement en Afrique, qui représente 28 % de ses volumes de carburant vendus, 31 % de son Ebitda, mais seulement 23 % de ses investissements sur les neuf premiers mois de 2018. En comparaison, l’Amérique latine semble avoir davantage les faveurs du management, puisqu’elle représentait 38 % des volumes de carburants écoulés mais 52 % de l’Ebitda et surtout 52 % des investissements de Puma Energy sur la même période.

Délaisser l’Afrique pour l’Asie ?

« Pour capter la croissance sur le marché africain de la distribution d’hydrocarbures, qui reste très porteur, même par rapport à l’Asie ou à l’Amérique latine, il n’y a pas d’autre solution que d’investir, tant dans le stockage que dans les réseaux, afin de créer des corridors logistiques cohérents et atteindre une taille critique profitable. Si Puma Energy a été très actif en la matière dans les années 2010, il semble marquer le pas. Il y a pourtant des opportunités à saisir, notamment en se développant autour de ses bases angolaise, tanzanienne ou ivoirienne ; et pourquoi pas demain au Cameroun, où il y a une place à prendre », estime Charles Thiémelé.

Emma FitzGerald, bonne connaisseuse de l’Asie, pourrait être tentée d’orienter les efforts du groupe vers cette zone, moins morcelée que l’Afrique

La direction opérationnelle de Puma Energy, désormais pilotée par l’ingénieur belge Christophe Zyde, jadis patron Afrique, affirme de son côté conserver son tropisme africain. Celui-ci devra être toutefois confirmé dans les trois prochains mois par la nouvelle patronne, Emma FitzGerald. Cette bonne connaisseuse de l’Asie pourrait être tentée d’orienter les efforts du groupe vers cette zone – moins morcelée que l’Afrique – , où Puma Energy est également présent et qui représente déjà 24 % de ses volumes écoulés.

À plus long terme, la directrice générale pourrait aussi inclure dans la feuille de route qu’elle dévoilera en mars une introduction en Bourse. Une manière d’obtenir davantage de moyens d’investir, afin de capter la croissance des marchés africains de la distribution d’hydrocarbures.

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