Architecture

Architecture : les bâtisseurs du futur

De g. à d. : Bilel Khemakhem, Guillaume koffi, Issa Diabate et Mariam Kamara. © Montage JA

À la tête de leurs propres cabinets, ils ont su imposer leurs plans et leurs styles. Zoom sur dix talents qui transfigurent les villes du continent.

• Côte d’Ivoire : Guillaume Koffi & Issa Diabaté

Guillaume koffi et Issa Diabate© JOANA CHOUMALI © JOANA CHOUMALI

L’histoire de ce duo commence dans les années 1990 : Issa Diabaté, lauréat de Yale, devient stagiaire au sein du cabinet de Guillaume Koffi, diplômé de l’École spéciale d’architecture de Paris. Dès 1999, les deux hommes s’associent. Et deviennent, au fil des ans, les ténors de l’architecture en Côte d’Ivoire. On leur doit notamment l’aménagement de la ville côtière d’Assinie-Mafia, qu’ils considèrent comme un laboratoire d’expérimentations. « Nous voulons qu’elle devienne la Silicon Valley de la Côte d’Ivoire », souligne Guillaume Koffi.


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Fin 2020, Koffi, 59 ans, et Diabaté, 49 ans, livreront Abatta Village, un écoquartier mixte de 228 logements à Abidjan. Un projet qui s’inscrit dans la droite ligne de leurs Résidences Chocolat, un complexe d’une trentaine d’habitations édifié dans la capitale économique en 2016. Ils travaillent également à la création d’un quartier multifonctionnel de 235 hectares pour 2 500 logements dans la ville d’Abomey-Calavi, au Bénin.

• Maroc : Tarik Oualalou

Tarik Oualalou. © Capture écran/YouTube/
Archmarathon Awards

Natif de Rabat, Tarik Oualalou a fondé en 2001 l’agence d’architecture et d’urbanisme Oualalou + Choi avec l’Américano-­Coréenne Linna Choi. Disposant de bureaux à Paris et à Casablanca, cette agence œuvre dans une vingtaine de pays. Au Maroc, leurs grands projets incluent le Musée Volubilis, à Meknès (sur le site des ruines romaines), le Village de la COP 22, à Marrakech, la place Pietri, à Rabat, ou encore la réhabilitation de quatre caravansérails à Fès.

Prochainement, ils réinventeront Mazagan pour en faire « une ville nouvelle et innovante », annonce Tarik Oualalou. Les deux associés travaillent aussi sur l’édification du Centre culturel marocain à Paris, dont les travaux, entamés en avril 2018, devraient être achevés à la fin de 2019. « Une grande partie de notre travail est fondée sur une réflexion prospective autour de l’Afrique, explique Tarik Oualalou. Nous recherchons constamment sur le continent ce que nous pouvons dupliquer dans le reste du monde. » En cela, le royaume est le parfait exemple de leur démarche : « C’est le nord du Sud et le sud du Nord. »

• Sénégal : Mouhamadou Abass Sall

Mouhamadou Abass Sall. © Lee Gottemi pour JA

À la tête de son propre cabinet, baptisé Lâmtoro, depuis bientôt douze ans, Mouhamadou Abass Sall a pris, l’an dernier, un virage dans la façon d’appréhender ses projets : celui du « design and build ». « Une méthode qui consiste à accompagner et conseiller le client ou même à nous occuper nous-mêmes des travaux », explique Mouhamadou Abass Sall, diplômé de l’École nationale d’architecture de Grenoble (ENSA). Design expérimental, domotique, pôle immobilier… Lâmtoro est devenu un cabinet d’architectes et d’ingénieurs pluridisciplinaire.

Une évolution naturelle pour ce Sénégalais de 35 ans, par ailleurs imam de son état : « Cela permet de maîtriser le produit fini. » Le procédé est de plus en plus courant de par le monde, mais ne fait pas encore l’unanimité au Sénégal.

Qu’importe, Mouhamadou Abass Sall a également lancé un grand chantier financier le 22 décembre : une plateforme d’investissement immobilier participatif (SQMShares). « On ne se tourne plus vers les banques pour l’amorce d’un projet, mais vers les particuliers », résume l’architecte.


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• Niger : Mariam Kamara

Mariam Kamara. © Richard Cannon pour JA

À 39 ans, Mariam Kamara est à pied d’œuvre pour penser l’édification d’un centre culturel à Niamey. Un projet qu’elle mène en collaboration avec le Britannique d’origine ghanéenne Sir David Adjaye, dans le cadre du programme Rolex de mentorat artistique 2018-2019. Celle qui a fondé l’Atelier Masōmī dans la capitale nigérienne travaille entre son pays natal et les États-Unis, où elle enseigne au sein de l’université Brown, dans l’État de Rhode Island.

Amatrice de matériaux traditionnels, comme les briques de terre compressée, elle reste également à l’affût des dernières innovations technologiques. Lauréate du Global LafargeHolcim Awards 2018 grâce au projet Legacy Restored Center, un complexe à la fois religieux et laïc réalisé en partenariat avec l’Iranienne Yasaman Esmaili, l’architecte avait déjà marqué les esprits en 2016 avec Niamey 2000, un projet pilote de logements abordables construits avec des matériaux locaux.


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• Mali : Sirandou Diawara

Sirandou Diawara. © Emmanuel Daou Bakary pour JA

Elle a su imposer sa vision à Bamako. Celle d’un style « métis », à cheval entre les architectures européennes et « africanisées », une approche minimaliste inspirée par l’Afrique du Sud et le Japon. On doit notamment à Sirandou Diawara la rénovation complète d’immeubles du quartier d’affaires de la capitale malienne et de l’hôtel Azalaï Indépendance, à Ouagadougou. À la tête de sa propre agence, So-Da Architecture, depuis près de quatorze ans, elle a aussi contribué à l’accueil du sommet Afrique-France 2017 et à l’édification du Sheraton Bamako.

Pour élargir ses horizons, cette Franco-Malienne de 44 ans a aussi ouvert un autre bureau, Soda International, à Abidjan. Ses projets actuels ? Un centre commercial au Plateau et une tour de bureaux à Marcoury. « J’ai également des pistes à Lagos, au Nigeria, ajoute-t-elle. Mon approche est trop moderne pour le Mali, où l’on reste encore attaché au style soudanais, dépassé selon moi. »


>>> À LIRE – Sirandou Diawar : « Au Mali, il m’a fallu prouver qu’une femme pouvait bâtir un immeuble »


• Bénin : Lawhal El Chitou

Lawhal El Chitou. © Gopal AMAH

« Pour moi, l’architecture, c’est une façon de vivre et de penser », confie Lawhal El Chitou, 39 ans, fondateur de l’agence Atlas, à Cotonou. Lorsqu’il travaille sur des plans de villa pour des particuliers avec ses trois collaborateurs, il étudie donc minutieusement le profil de ses clients. « Ils sont associés à toutes les étapes du projet », assure El Chitou, spécialiste des lignes épurées et des combinaisons de cubes.

Créé en 2008, Atlas est actif dans toute la sous-région. « Actuellement, nous planchons sur la conception de bureaux pour un cabinet d’avocats ivoiriens », indique cet ancien étudiant de l’école d’architecture de Lomé. Mais aussi sur le futur Musée des arts et civilisations vaudous-orishas de Porto Novo – qui verra le jour dans le cadre de la restitution par la France du patrimoine béninois. En collaboration avec le cabinet français Zuo, sa réalisation devrait être achevée d’ici à trois ans.

• Cameroun : Tony Youté

Tony Youté. © DR

À 44 ans, Tony Youté est un peu l’architecte du chic urbain au Cameroun. Ce natif de Yaoundé est souvent sollicité pour des projets de haut standing dans le quartier résidentiel de Bastos. Il est celui qui a mis sur pied la nouvelle ossature du complexe scolaire de la Gaîté, en 2011 puis en 2012.

Diplômé de l’école d’architecture de Lyon et détenteur d’un master en design industriel de l’université d’État de l’Ohio, il a débuté en tant que designer à Philadelphie. En 2009, il revient au pays et fonde, à Yaoundé, Fabrica Creative Office, sa propre agence d’architecture et de design. Il élabore actuellement un immeuble résidentiel de très haut standing à Garoua et un bâtiment de 13 étages à Yaoundé. Livré d’ici à deux ans, celui-ci comprendra à la fois des bureaux, une galerie d’art, une salle de sport, un parking alimenté en électricité solaire et des appartements-terrasses.

L‘ambition de Tony Youté ? Lancer un jour une ligne de mobilier mêlant touches locales et modernité : « J’aime la simplification des formes, la prise de distance avec le réalisme et l’économie dans l’emploi des matériaux. »

• Tunisie : Bilel Khemakhem

Bilel Khemakhem. © Abdel Belhadi/ARK-architecture

Diplômé de l’école d’architecture et d’urbanisme de Tunis, Bilel Khemakhem, 34 ans, dirige depuis 2011 sa propre structure, ARK-Architecture et entend « introduire une ligne contemporaine dans l’architecture tunisienne », qui manque selon lui de transparence, de fluidité et de modularité. « J’ai la chance de pouvoir travailler sur des projets visibles dans des endroits stratégiques », se réjouit-il. Et de citer le centre médical Vital Cube, terminé en 2018, et un centre d’affaires de 23 000 m², prévu pour 2019, tous deux situés aux Berges du Lac 2. Nominé à l’Arab Architects Awards 2018 pour son travail sur le siège social du groupe Zen, à Sfax (en partenariat avec deux autres architectes, dont son père), il a livré, à la fin de l’année, 12 000 m² d’espaces de bureaux à la multinationale Teleperformance.

Afrique du Sud : Mokena Makeka

Mokena Makeka. © Capture écran/YouTube/Design Indaba

« L’architecture qui permet d’établir un environnement sain est une façon de mesurer l’avancement d’une civilisation », affirme l’architecte sud-africain Mokena Makeka. Depuis 2002, au sein de son agence Makeka Design Lab, c’est la responsabilité sociale qui régit son travail. On doit à ce diplômé de l’université du Cap, qui s’est fait un nom grâce à son inspiration minimaliste, la réhabilitation de la gare du Cap en vue de la Coupe du monde de 2010, le siège de la police ferroviaire sud-africaine (pour lequel il a été primé) ou la construction d’un centre civique polyvalent dans le township de Khayelitsha (qui lui a valu le prix CIFA Merit en 2009).

C’est aussi lui qui a lancé l’idée du futur MoDILA (Museum of Design, Innovation, Leadership & Art), qui devrait être édifié au Cap. Au sein d’un consortium d’architectes, il travaille actuellement à la réalisation prochaine, à Port Elizabeth, de « la Tour de la lumière », un bâtiment en verre de 27 étages qui fera office de musée interactif à la gloire de Nelson Mandela.

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