Emploi & Formation

Paris a besoin de ses étudiants africains

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Benaouda Lebdai est professeur des universités et chroniqueur littéraire, spécialiste de littérature africaine.

Classement UniRank 2018 des universités africaines © Pixabay/2018

Pour l'enseignant universitaire Benaouda Lebdai, la décision de la France d'augmenter les frais de scolarité pour les étudiants étrangers revient à renoncer à la franco­phonie.

Brutale, prise sans concertation, sans débat avec les universités, l’annonce a créé le désarroi, le mécontentement, la colère en Afrique, du Nord au Sud : le gouvernement français veut augmenter les frais d’inscription dans ses universités pour les étudiants étrangers non européens – aujourd’hui au nombre de 324 000. Les tarifs passeraient ainsi de 170 à 2 770 euros par an pour les inscriptions en licence et de 243 et 380 à 3 770 euros par an pour celles en master et en doctorat. En annonçant une telle hausse exponentielle, prohibitive et soudaine, applicable dès la rentrée prochaine, le gouvernement trahit les racines mêmes de la tradition républicaine française, qui est de permettre à tous et à toutes d’étudier et de réussir sans être issus de classes privilégiées. Et elle place un nombre considérable d’étudiants du continent qui sont venus en confiance en France dans une situation inextricable : engagés dans un cursus sur plusieurs années, ils pourraient se trouver, du jour au lendemain, contraints de devoir l’interrompre.


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Le contexte de cette annonce par le Premier ministre, Édouard Philippe, est doublement ironique : celle-ci s’inscrit dans le cadre d’un plan baptisé « Bienvenue en France – Choose me », destiné à renforcer la « stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux », avec l’objectif d’en accueillir 500 000 à l’horizon 2027. Et elle a été faite lors des « Rencontres universitaires de la francophonie », qui se sont tenues du 19 au 21 novembre à Paris.

À contre-courant de la francophonie

En réalité, la France renonce à la franco­phonie et agit très directement contre elle. Elle veut avant tout attirer des étudiants anglophones et renonce à ce que ses universités continuent à jouer un rôle dans la formation de la jeunesse des grandes nations africaines. Une telle hausse laisse en effet sur le bord du chemin des étudiants brillants qui ne bénéficient pas de bourse mais comptent sur leurs économies, leurs sacrifices et leur détermination. En majorité algériens, sénégalais, maliens et camerounais, ces jeunes sont pourtant les plus motivés : ils savent se battre et se frotter à la difficulté de la vie. Et ils sont aujourd’hui les meilleurs ambassadeurs de la langue et de la culture française en Afrique. En tant que professeur des universités, je peux témoigner de leur volonté de travailler dur et de réussir vite. Ils sont ceux qui soutiennent leur thèse dans les délais, en français ; ils maîtrisent généralement cette langue, qu’ils défendent quel que soit le lieu où ils entament leur carrière.

Quand on sait les guerres linguistiques et l’impact grandissant de la langue anglaise sur le continent, la présence de plus en plus significative de la Chine avec l’ouverture des instituts Confucius à titre gratuit dans les grandes villes, sans compter l’attractivité croissante des universités sud-africaines, Paris fait sans aucun doute un mauvais calcul… C’est la gratuité républicaine des études en France qui contribue à leur attrait et qui permet à la langue de Molière de conserver son statut de langue internationale. Sur le plan de la qualité d’accueil et de la vie estudiantine, les campus de l’Hexagone ne peuvent d’ailleurs pas rivaliser avec ceux de Grande-Bretagne ou des États-Unis. Face aux critiques, le gouvernement français met en avant la mise en place de bourses d’excellence pour les Africains. Mais cet argument laisse perplexe, dans la mesure où l’augmentation des frais d’inscription a été présentée comme un moyen de financer la modernisation des facultés.


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Les présidents d’université eux-mêmes savent que cette mesure serait contre-productive. Aujourd’hui, à travers toute la France, des motions sont mises en place pour le dire haut et fort. Cela va à l’encontre d’une université française républicaine, dans le sens social et équitable du terme, surtout envers l’Afrique.

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