Santé

[Tribune] L’incontournable vaccin, entre défis et paradoxes

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Professeur des universités et membre correspondant de l'Académie nationale de pharmacie, à Paris.

Un agent de santé de l'OMS vaccinant un agent contre Ebola, qui ira ensuite vacciner des personnes susceptibles d'avoir le virus à Mbandaka, au Congo. © Sam Mednick/AP/SIPA

Zones géographiquement difficiles d’accès, augmentation des prix, problèmes de disponibilité et de conservation… Si la vaccination est un pilier historique de la lutte contre les maladies infectieuses, elle reste confrontée à de nombreux défis sur le continent.

La vaccination est un pilier historique de la lutte contre les maladies infectieuses. Si elle ne guérit pas, elle prévient le développement de nombre d’affections et protège contre les épisodes de malnutrition aiguë. Elle est, à ce titre, « l’une des interventions les plus rentables en matière de santé publique », rappelle l’OMS. Mais la commission du Parlement européen sur l’environnement et la santé publique s’inquiète de la chute du taux de vaccination en Europe, en raison de la défiance croissante de la population vis-à-vis de cette pratique.

Selon une étude mondiale menée par les chercheurs du Vaccine Confidence Project de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, c’est sur le Vieux Continent que l’on enregistre le plus grand nombre de réponses négatives relatives à la perception de l’importance des vaccins, de leur sécurité et de leur efficacité, conduisant au plus haut taux de réticence dans la population.

Les freins à la vaccination

Pourtant, « c’est le seul moyen qui met à l’abri le nouveau-né face aux infections graves. Et l’ensemble des vaccins administrés aujourd’hui contiennent beaucoup moins de protéines que ceux administrés il y a quarante ou cinquante ans », affirme Alain Fischer, professeur au Collège de France et auteur d’un rapport sur le sujet.

En constant développement, les vaccins permettent d’éviter environ 2,5 millions de morts par an dans le monde, de réduire les coûts des traitements des maladies, notamment des antibiotiques, et de lutter contre la résistance antimicrobienne en immunisant les populations.

En Afrique des millions d’enfants continuent de mourir de maladies qui auraient pu être évitées grâce aux vaccins

Et leur production est soumise à des contrôles stricts. Les députés européens rappellent qu’ils sont rigoureusement testés à travers plusieurs phases d’essai et qu’ils sont régulièrement réévalués.

En Afrique, on constate malheureusement que, dans la plupart des pays, des millions d’enfants continuent de mourir de maladies qui auraient pu être évitées grâce aux vaccins. Mais, sur le continent, la réticence des populations est loin d’être la première cause d’inquiétude, les défis sont autres et bien plus nombreux qu’en Europe : zones géographiquement difficiles d’accès, augmentation des prix – dénoncée par Médecins sans frontières – qui freine la généralisation de la vaccination, problèmes de disponibilité et de conservation…

Le continent souffre aussi d’un manque de suivi : moins de la moitié des pays africains ont, par exemple, introduit une deuxième dose de VER (vaccin à valence rougeole), pourtant nécessaire au contrôle de l’infection. Autre écueil : le manque de personnel soignant. L’ensemble des pays africains pourrait cependant s’inspirer de la nouvelle réglementation française, qui permet aux pharmaciens d’administrer des doses.

Il faut parvenir à répondre à l’effondrement du taux de couverture vaccinale dans des lieux confrontés à des problèmes sécuritaires

De nombreux paradoxes

Il y a les défis, il y a aussi les paradoxes : les régions stables et où le système de santé est plus consolidé qu’ailleurs sont toujours mieux servies, alors que la santé humaine est un enjeu global. Il faut parvenir à répondre à l’effondrement du taux de couverture vaccinale dans des lieux confrontés à des problèmes sécuritaires, comme la Centrafrique ou l’État de Borno, au Nigeria,la poliomyélite résiste.

De manière plus générale, il s’agit de répondre à la contradiction selon laquelle ceux qui ont le plus besoin d’être vaccinés sont les moins bien renseignés. Certains ne voient pas la nécessité de faire vacciner leurs enfants, en raison d’un manque d’information ou de la désinformation autour de cet acte et des maladies qu’il prévient.

En 2014, par exemple, des évêques kényans ont fait courir le bruit que le vaccin contre le tétanos pouvait provoquer la stérilité, sur la base d’analyses non encadrées par des laboratoires.

Au Niger, au Cameroun, au Tchad et en RD Congo, l’Alima (Alliance pour l’action médicale internationale) cible les moments de rassemblement, comme les distributions alimentaires, pour réaliser ses campagnes de vaccination, afin de toucher le plus grand nombre. Mais ces programmes ne doivent pas négliger d’informer : la propagation des rumeurs nuit à la santé de tous.

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