Politique

Madagascar : Ravalomanana et Rajoelina, la revanche comme cheval de bataille

© Jeune Afrique

C'est le sprint final pour la présidentielle malgache. Le second tour oppose Marc Ravalomanana à Andry Rajoelina. Les deux hommes n'ont eu de cesse que de s'invectiver, au risque d'oublier les attentes de leur électorat respectif.

« Un règlement de comptes trivial entre deux vieux ennemis de la politique » : au lendemain du débat télévisé qui, le 9 décembre, a opposé Marc Ravalomanana à Andry Rajoelina, les commentaires des internautes n’étaient guère flatteurs pour ces éternels rivaux, qui s’affronteront lors d’un second tour, le 19 décembre. Auront-ils profité des derniers jours de la campagne pour répondre aux questions que se posent les Malgaches plutôt que de s’en tenir à un discours populiste et de s’invectiver ?

C’est ce que semblaient attendre les électeurs, qui auront suivi ce sprint final avec une attention particulière tandis que la Haute Cour constitutionnelle appelait les candidats « à se respecter mutuellement ».

Propositions peu crédibles

Car, à peine les résultats du premier tour confirmés (ils donnent une courte avance à Andry Rajoelina, avec 39,2 %, contre 35,3 % pour Marc Ravalomanana), les deux anciens présidents ont enfourché leur cheval de bataille. Entonnant chacun l’air de la revanche de 2009, ils se sont évertués à faire l’inventaire (forcément négatif) de leurs présidences respectives plutôt que de présenter leurs propositions pour le pays.

Et, lorsqu’ils s’y sont essayés, cela n’a pas toujours tourné à leur avantage. Notamment pour Rajoelina (44 ans), qui, en annonçant son intention de faire de la ville côtière de Toamasina un « Miami malgache », a aussitôt été taxé de doux rêveur par le camp adverse ainsi que par une large frange de l’opinion.


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Marc Ravalomanana (69 ans), lui, joue les pragmatiques. Contrairement à son adversaire, il ne s’est pas fait prendre en photo en compagnie de son épouse ou devant une statue de la Vierge Marie, préférant cultiver l’image du businessman cravaté, la veste jetée sur l’épaule, qui avait fait son succès en 2002.

Quand il dévoile une mesure – par exemple sa politique de décentralisation – , il fait preuve d’un tel aplomb qu’il parvient à convaincre certaines élites. De même quand il assure qu’il bénéficie du soutien de « 80 % des élus HVM » – la formation de Hery Rajaonarimampianina, le président sortant, qui, depuis son élimination au premier tour, n’a donné aucune consigne de vote.

L’écart se resserre

Un chiffre jugé peu crédible par les observateurs étrangers, puisque le HVM est majoritairement constitué d’anciens élus du Mapar, le parti de Rajoelina, dont beaucoup sont rentrés au bercail ces derniers mois.

Mais l’essentiel est ailleurs pour Marc Ravalomanana, qui semble prendre un malin plaisir à semer le doute dans la tête de son adversaire comme dans celle des électeurs. « Il fait une campagne très directe, très efficace. Il n’a rien perdu de son style », constate un observateur étranger.

Au fil des jours, l’écart semble pourtant se resserrer, faisant monter la tension dans le pays et redouter des contestations au lendemain du scrutin. Critiquée pour sa lenteur à annoncer les résultats du premier tour, la Ceni s’est engagée à publier ceux du second le plus rapidement possible, afin d’éviter toute manipulation dangereuse. Le nom du prochain président de Madagascar pourrait être connu avant le soir de Noël. Sans doute pour laisser ce pays très religieux profiter de la trêve des confiseurs…

 

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