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Cet article est issu du dossier «La France restituera-t-elle son patrimoine à l'Afrique ?»

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Culture

[Tribune] Restitution du patrimoine africain : et les collections privées, alors ?

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Romancier et journaliste, il est responsable des pages Culture de l'hebdomadaire et auteur de six romans publiés chez Gallimard et Talents Hauts.

REMY DE LA MAUVINIERE/AP/SIPA

© REMY DE LA MAUVINIERE/AP/SIPA

Quitte à changer la loi pour les musées, autant aller jusqu’au bout et imposer aussi aux collectionneurs privés de rendre tout ce qui ne serait pas, avec certitude, sorti légalement d’Afrique.

Il est tout de même étrange, ce silence qui entoure la question des collections privées quand on parle de restitution des œuvres d’art africaines. Embarrassant, peut-être ? Les musées sont des proies faciles, parce qu’ils sont presque anonymes et relèvent de financements publics, ne font pas mystère du contenu de leurs réserves, ne peuvent se cacher derrière leur petit doigt en clamant : « Ce n’est pas nous ! » Mais maintenant que le Louvre, le quai Branly, Tervuren et une ribambelle d’autres sont mis en joue, il conviendrait de pousser le raisonnement jusqu’au bout.

Au fond, pourquoi les institutions publiques seraient-elles les seules à payer le prix d’exactions coloniales dont toute l’économie occidentale a bénéficié ? Si la colonisation fut un choix de gouvernement, les entreprises privées qui en profitèrent pour s’en mettre plein les poches furent légion.

Nous n’avons rien acheté en Afrique, tout vient de collectionneurs, de maisons de vente aux enchères ou de galeries ayant pignon sur rue !

Recel ?

Le patrimoine africain qui se trouve aujourd’hui en Europe ne prend pas la poussière seulement dans les musées, il ravit aussi les yeux de collectionneurs privés, dans le calme feutré des villas d’architecte. Quand, bien sûr, il ne dort pas dans le coffre ultrasécurisé d’une banque suisse…

Certains en font publicité et commerce, partageant avec d’autres ce qu’ils ont acquis au prix fort : la famille Leveau (Musée Dapper) ou la famille Barbier-Mueller comptent parmi les plus réputées.

D’autres gardent jalousement, égoïstement, les trésors que leur aisance financière – et, parfois, une volonté d’échapper à l’impôt – leur ont permis d’acquérir. Va-t-on longtemps les laisser avancer cet argument bien pratique, toujours le même : « Nous n’avons rien acheté en Afrique, tout vient de collectionneurs, de maisons de vente aux enchères ou de galeries ayant pignon sur rue ! »

Facile, mais intenable : parmi toutes les œuvres sorties d’Afrique, il en est peut-être quelques-unes qui ont été achetées légalement – encore que, les différences de pouvoir d’achat jouant, on peut douter de l’égalité des termes de l’échange –, mais la plupart ont, hier, été extraites par la force ou la tromperie.


>>> À LIRE – Restitution du patrimoine africain : le combat de Felwine Sarr


Pour un traitement équilibré entre public et privé

Que vous soyez africain ou européen, américain ou asiatique, que vous soyez le premier ou le quinzième acheteur d’un masque fang, d’une maternité dogon ou d’un trône venu du Bénin, vous ne pouvez ignorer l’Histoire et la manière dont cette œuvre échoue entre vos mains. Et si vous la recelez chez vous, vous en privez l’humanité.

Alors, quitte à changer la loi pour les musées, autant aller jusqu’au bout et imposer aussi aux collectionneurs privés de rendre tout ce qui ne serait pas, avec certitude, sorti légalement d’Afrique. Outre permettre un traitement équilibré entre public et privé, cela aurait un autre avantage : si d’aventure des œuvres restituées venaient à se retrouver sur le marché, personne ne prendrait le risque de les racheter. Ainsi, elles resteraient bel et bien chez elles, dans des collections publiques.

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