Diplomatie

Diplomatie : comment la Belgique tente de consolider son rôle en Afrique

La princesse Astrid lors d’une mission économique à Rabat, le 27 novembre. © BELGA/AFP

Face à un continent en pleine mutation, Bruxelles joue la carte de l’intégration européenne pour continuer à tenir son rôle, au nord comme au sud du Sahara.

« Entre la Belgique et l’Afrique, c’est une longue histoire », commence Didier Reynders, sans ciller, à l’heure de dresser un bilan de l’action de son pays sur le continent. Le ministre fédéral des Affaires étrangères connaît bien les passions qui caractérisent les relations du royaume avec le cœur de l’Afrique, à commencer par la RD Congo.

Une longue histoire en effet, faite de ruptures et de retrouvailles, de vaisselles cassées et de morceaux qu’il faut recoller. Et après avoir voulu « sortir de l’Afrique centrale dans les années 1990, la Belgique cherche aujourd’hui à y retourner », estime un expert des relations extérieures belges.

Diplomatie en « trois D »

Elle ne tente plus d’« éviter de voir le Congo de Léopold tomber entre les mains des Chinois, idée que défendait notre diplomatie des années 2000 », rappelle la journaliste Colette Braeckman, mais veut plutôt « s’engager davantage face aux défis sécuritaire, migratoire, démographique et climatique que connaît l’Afrique », résume Didier Reynders.

Vaste programme que, bien entendu, le royaume n’entend pas mener seul. L’heure est donc à l’intégration. Celle d’abord des questions de développement et de défense au sein de la diplomatie belge, telles que souhaitées par Didier Reynders, « afin d’être en mesure de pouvoir faire plus que répondre uniquement à des crises ponctuelles ».

L’idée d’avoir une alliance entre l’UE et l’UA nous intéresse

Intégration également de cette diplomatie belge, désormais en « trois D », dans la mécanique européenne encore balbutiante. Chacun conserve ses représentations sur place, selon sa propre logique, « mais des réflexions sont menées, à Bruxelles, sur des stratégies communes, avec de vraies coordinations sur le terrain, comme au Sahel », constate le chef de la diplomatie belge, qui voit en l’Europe le marchepied qui permettra à son pays de rehausser sa position dans des relations Nord-Sud, en redéfinition, notamment lors des négociations post-accord de Cotonou.


>>> À LIRE – RDC : Léopold II, ce bourreau aux 10 millions de victimes


Car, sans doute influencé par le modèle du Benelux instauré au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et qui a permis de relever son économie, la Belgique croit très fort dans la mutualisation des moyens, au nom du destin commun des deux rives de la Méditerranée.

« L’idée d’avoir une alliance entre l’UE et l’UA nous intéresse, confirme Didier Reynders, qui avoue suivre de très près la réforme de l’organisation panafricaine lancée par Paul Kagame. Une intégration renforcée nous permettra d’avoir des interlocuteurs sur le continent et de disposer des structures nécessaires pour travailler ensemble. » Pas pour dicter des solutions, mais bien dans l’optique d’aider les Africains à régler eux-mêmes leurs problèmes.

Tensions et ingérences ?

La position belge est officiellement la même au niveau bilatéral, face aux crises qui secouent cycliquement ses anciennes possessions sur le continent. C’est le cas au Burundi, où la diplomatie belge, confrontée à une impasse avec le régime en place, travaille avec l’UA pour la définition d’une feuille de route qui permettrait de renouer un dialogue aujourd’hui au point mort.

À Bujumbura comme à Kinshasa, Didier Reynders est personnellement mis en cause pour son soutien, jugé trop affiché, aux oppositions en exil. Une ingérence qu’il réfute, bien entendu, mais qui, sur place, provoque « un ras-le-bol », selon un observateur, qui rend la Belgique aujourd’hui quasi inaudible.


>>> À LIRE –  Dossier : Belgique – RDC : que reste-t-il de la Belgafrique ?


C’est le cas en RD Congo, où certaines prises de position concernant l’organisation du scrutin présidentiel du 23 décembre sont très mal passées du côté du Palais de la nation. C’est donc, là aussi, en travaillant avec l’UE, l’UA et les autres pays de la sous-région que la Belgique espère peser sur les négociations en cours pour garantir le processus électoral le plus crédible et le plus apaisé possible.

Nous avons soutenu Louise Mushikiwabo, à la tête de l’OIF, du bout des lèvres

La carte de l’effacement

Savoir s’effacer pour mieux se retrouver. C’est ce que la Belgique a réussi avec le Rwanda. Après avoir été au plus bas au lendemain du génocide de 1994, les relations se sont normalisées avec Kigali, six ans plus tard, jour pour jour, après les excuses présentées par le Premier ministre d’alors, Guy Verhofstadt, à la nation rwandaise, avant d’être aujourd’hui qualifiées d’« excellentes » par la diplomatie fédérale.

Même si la réalité est certainement plus contrastée. « Nous avons soutenu Louise Mushikiwabo, à la tête de l’OIF, du bout des lèvres », croit savoir notre expert en relations internationales. L’essentiel est ailleurs pour la Belgique, qui montre qu’à l’occasion elle sait tourner les pages de son histoire mouvementée en Afrique.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte