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Littérature : « La Mort selon Turner », le nouveau polar justicier de Tim Willocks

La Mort selon Turner, de Tim Willocks, ©

Après la mort d'une SDF noire, décédée de ses blessures dans un quartier pauvre sud-africain, un policier décide de lui rendre justice.

Soir de beuverie, au Cap. Un groupe de Blancs s’encanaillent dans un rade malfamé. L’alcool leur monte à la tête, un jeune fermier tire une balle dans un poster de Mandela. Il faut décamper avant que la soirée ne dégénère.

Dirk, le fils de la richissime entrepreneuse Margot Le Roux, prend le volant de son gros 4×4, bourré comme un coing. Il s’emmêle les pinceaux avec la boîte automatique, et le véhicule fait une brusque embardée en arrière, écrasant une jeune Noire sans logis. Qui ne meurt pas tout de suite. Le jeune héritier ne se rend pas compte de ce qu’il vient de faire, mais ses proches, et notamment son beau-père, qui ont tout vu, prennent la décision de déguerpir.

Justice et morale

Une SDF noire décédée de ses blessures dans un quartier pauvre, qui s’en soucie ? Personne. D’autant que l’autopsie révèle qu’elle était atteinte d’un cancer… Mais ce serait compter sans Turner, un flic noir borné et méthodique, maître en armes et arts martiaux. Un incorruptible radical, qui ne croit qu’en une chose, la justice, et n’entend pas transiger avec elle.

Parti à la poursuite des coupables, Turner se retrouve à Langkopf, bourgade reculée de la province du Cap-Nord où Margot Le Roux règne en maîtresse absolue sur un monde de corrompus. Tous, par tous les moyens, cherchent à acheter Turner.

Que vaut la vie de cette SDF ? Margot Le Roux propose même de construire une clinique pour payer le prix du sang et épargner un procès à son fils. Turner refuse, la violence se déchaîne. En légitime défense, le policier ultra-entraîné répond avec une détermination calme et maîtrisée aux flics ripoux, services de sécurité privés et malfrats que Margot Le Roux mandate pour le mettre à mort.

Combien de cadavres pour rendre justice à une seule personne ? En réalité, Turner se bat pour la justice avec un grand J, contre les renoncements petits et grands qui la rongent de l’intérieur, en Afrique du Sud comme ailleurs. Tim Willocks, qui cite plusieurs fois L’Étranger, d’Albert Camus, pousse La Mort selon Turner jusqu’à un paroxysme à la limite du supportable.

Au cœur de ce polar à la noirceur vénéneuse vacille la lueur trouble d’une question morale interrogeant notre humanité jusqu’à ses tréfonds. Vous vomirez sans doute à un moment de la lecture, et vous ne pourrez plus jamais regarder du même œil ceux qui perdent leur âme à force de renoncements et de compromissions.

 

 

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