Diplomatie

Belgique – Didier Reynders : « L’Afrique est le seul continent où nous renforçons notre présence »

Didier Reynders Ministre fédéral des Affaires étrangères et européennes de la Belgique © OLIVIER PAPEGNIES/COLLECTIF HUMA pour JA

Nommé en 2011 à la tête des Relations extérieures belges, Didier Reynders, 60 ans, a précédemment détenu pendant plus de douze années le portefeuille des Finances. D’où sa volonté de développer une diplomatie d’un nouveau genre pour son pays, incluant les aspects économiques, notamment en direction du continent africain.

Jeune Afrique : Le 23 décembre doit avoir lieu l’élection présidentielle en RD Congo. Êtes-vous optimiste quant à l’organisation du scrutin à la date prévue ?

Didier Reynders : Plusieurs éléments semblent aujourd’hui aller dans le bon sens, à commencer par le respect des règles constitutionnelles, puisque le président Kabila ne se représente pas. Maintenant, c’est aux Congolais eux-mêmes de décider si le processus leur convient ou non, pas à la Belgique.

Notre message est le suivant : le pays doit aller vers les élections les plus apaisées et les plus crédibles possible, et quel que soit le vainqueur nous travaillerons avec lui.


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Vous êtes considéré à Kinshasa comme un soutien de l’opposition. Que répondez-vous ?

Je suis surtout un défenseur des intérêts de la population congolaise. C’est le processus électoral que je soutiens, pas tel candidat de la majorité ou de l’opposition. Maintenant, je suis rassuré de voir que chaque camp tente de se rassembler autour d’une candidature commune, mais c’est aux partis politiques congolais de faire leur choix.

Joseph Kabila a, comme son père, œuvré pour conserver l’unité du pays

On dit vos relations avec Joseph Kabila exécrables…

Là encore il faut faire attention à ce qui peut être dit à Kinshasa. Joseph Kabila a, comme son père, œuvré pour conserver l’unité du pays. Et, sur ce point, il y a une réussite certaine, puisque la RD Congo n’a pas implosé. Maintenant, sur le terrain socio-économique, le bilan est tout autre.

Aucun résultat probant n’a pu être enregistré durant toutes ces années, et le retour de certaines épidémies comme Ebola ou les tensions persistantes créées par les groupes armés dans l’est du pays restent des phénomènes très inquiétants, pour nous comme pour nos partenaires.

Qu’est-ce qui caractérise aujourd’hui la diplomatie belge, notamment en Afrique ?

Nous avons mis en place une approche intégrée, celle des « trois D », diplomatie, défense et développement. Cette démarche globale concerne avant tout l’Afrique, puisque toute notre coopération en matière de développement, en dehors de la Palestine, est concentrée sur quatorze pays du continent. Notre premier partenaire en la matière étant évidemment la RD Congo.

Didier Reynders Ministre fédéral des Affaires étrangères et européennes de la Belgique © OLIVIER PAPEGNIES / COLLECTIF HUMA pour JA

Cela signifie-t-il que la Belgique a reconfiguré sa présence à travers le continent ?

Malgré un contexte budgétaire difficile, l’Afrique est la seule région du monde où nous avons renforcé notre présence diplomatique. Nous avons inauguré une nouvelle ambassade à Kinshasa en 2017, et nous allons être présents à Brazzaville à travers le bureau de l’UE.

Mais nous voulons nous engager ailleurs sur le continent, dans une région aujourd’hui aussi cruciale que le Sahel, par exemple, où nous venons d’améliorer notre présence à Bamako et au Bénin.


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Et en Afrique du Nord ?

Nous avons une relation bilatérale très forte avec le Maroc, à travers l’importante communauté rifaine qui s’est établie en Belgique dans les années 1960. Nos rapports se sont renforcés au fil du temps, notamment sur le plan économique, et nous tentons de consolider ces liens en nous appuyant sur la diaspora pour créer des activités économiques concrètes entre les deux pays.

Existe-t-il en Afrique francophone des conflits d’intérêts avec la France ?

Il y a certainement une forme de rivalité, notamment dans le domaine économique, à travers des entreprises qui peuvent être en concurrence. Mais, en matière politique ou sécuritaire, nous essayons d’avoir des approches le plus souvent communes, comme cela a été le cas au Mali. Mais également en RD Congo, où les Français sont sur une ligne identique à la nôtre.

Depuis le génocide au Rwanda, nous ne voulions plus intervenir directement militairement

Quelle stratégie militaire et sécuritaire la Belgique suit-elle sur le continent ?

Depuis le génocide au Rwanda, nous ne voulions plus intervenir directement. Mais un large consensus se dégage aujourd’hui dans le pays pour que nous ne nous l’interdisions plus, notamment dans le cadre d’opérations internationales, comme la Minusma et, prochainement, en soutenant la force G5 Sahel.

En matière de coopération bilatérale, nous avions une longue collaboration avec la RD Congo, aujourd’hui suspendue à leur demande. Nous sommes entrés en discussion avec l’Angola pour voir comment les aider.

Et en matière économique ?

Nous avons commencé à réorienter notre diplomatie dès les années 2000 en choisissant des « conseillers » parmi les acteurs économiques locaux. Depuis trente ans, notre présence, notamment en Afrique, est beaucoup plus forte, car les régions disposent de leurs propres agences de promotion.

Si nous comptons assez peu d’opérateurs économiques en RD Congo, nous sommes beaucoup plus présents en Afrique du Sud, au Maroc ou en Tunisie. Et grâce à des opérateurs comme le Port d’Anvers, nous pénétrons de nouveaux marchés au Sénégal, au Bénin ou en Côte d’Ivoire.

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