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Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire : la dernière ligne droite»

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Vie des partis

Côte-d’Ivoire : au PDCI, la désunion fait la force

Henri Konan Bédié, le président du PDCI.

Henri Konan Bédié, le président du PDCI. © Sylvain Cherkaoui pour J.A

La rupture entre Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara aura fait bien des dégâts. Certains cadres du parti d’Houphouët ont choisi de ne plus suivre leur chef, qui, loin d’être affaibli, a encore deux ans pour réussir son pari.

C’est un jeu à quitte ou double. Après sept années à partager le pouvoir avec Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié (HKB) a choisi, en août dernier, de rompre avec son cadet. Le Sphinx ne veut plus se contenter des parts d’un gâteau qui aiguise tant d’appétits, il veut tout. Au risque de tout perdre. Ce choix, qui entraîne une large recomposition de l’échiquier politique, a dérouté parmi les plus capés des barons ivoiriens.

Seul, le PDCI a-t-il une chance de l’emporter lors de la prochaine présidentielle, en 2020 ? Depuis les élections de 2010, aucune occasion n’a permis de mesurer le véritable poids du plus vieux parti ivoirien. Henri Konan Bédié était alors arrivé troisième avec 25 % des suffrages exprimés – bien qu’il reste persuadé d’avoir été spolié de dizaines de milliers de voix.

Victoire RHDP aux élections locales

La question est si incertaine qu’elle a profondément divisé l’état-major du parti. Si la majorité des cadres suit HKB, certaines de ses figures ont préféré rester au sein du parti unifié. « La base est avec nous ! » fanfaronne Kobenan Kouassi Adjoumani, ministre et chef de file des pro-RHDP. Coupé du parti – il en a été suspendu – et de son leader, il brandit comme preuve les résultats des élections municipales et régionales de la mi-octobre.

En choisissant le divorce, le Sphinx est enfin apparu plus ferme que bonhomme, plus leader que suiveur

En commençant par le sien : avec 48 % des voix dans le Gontougo, contre 36 % pour son adversaire étiqueté PDCI, il l’a emporté sans difficulté, tout comme le ministre Claude Paulin Danho, reconduit à la mairie d’Attécoubé avec 64 % des voix. Les promoteurs de l’alliance avec Alassane Ouattara mettent aussi en avant la victoire de la liste RHDP dans le Gôh, région natale du secrétaire général du PDCI devenu leur premier adversaire, Maurice Kakou Guikahué. Au total, le parti unifié a remporté 92 mairies et 18 conseils régionaux, contre 50 mairies et 6 conseils régionaux pour le PDCI. Il n’en fallait pas plus pour que les détracteurs de HKB fêtent son « pari perdu ». « Il a affaibli notre PDCI », déplore Kobenan Kouassi Adjoumani.


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C’est oublier que le parti d’Houphouët­-Boigny a présenté deux fois moins de candidats et que, contrairement à ses adversaires, il ne bénéficiait pas des moyens considérables de la coalition présidentielle. C’est refuser, ensuite, de s’interroger sur le sens du vote des électeurs : ont-ils adoubé une stratégie et une ligne politique ou une personnalité locale bien implantée ?

Sphinx ou Phénix ?

« En rompant avec le RHDP, nous nous sommes renforcés ! Il était temps que les positions soient clarifiées. Quelques-uns sont partis, mais étaient-ils vraiment avec nous ? » feint de s’interroger l’un des dirigeants du parti. Depuis plusieurs années, beaucoup mettent en doute la loyauté de certains cadres. L’éventualité d’une candidature de Daniel Kablan Duncan, le vice-président ivoirien, considéré comme plus « ouattariste » que « PDCiste » avait ainsi été écartée par Henri Konan Bédié.

En choisissant le divorce, le Sphinx est enfin apparu plus ferme que bonhomme, plus leader que suiveur, et a ragaillardi nombre de ses militants quelque peu endormis. Conscient de ses faiblesses, le PDCI travaille depuis de longs mois à se remettre en ordre de bataille. Il serait peu prudent de le sous-estimer. Très implanté, bénéficiant de réseaux puissants et de bienveillants soutiens, le vieux parti d’Houphouët-Boigny a encore deux ans pour retrouver toute sa vigueur.

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