Politique

[Tribune] Rachid Mimouni, l’écrivain visionnaire

Par

Benaouda Lebdai est professeur des universités et chroniqueur littéraire, spécialiste de littérature africaine.

L'écrivain algérien Rachid Mimouni. © Capture écran/YouTube/INA

Vingt-trois après son décès, l’écrivain engagé Rachid Mimouni, qui fut parmi les premiers à alerter sur la déliquescence d’un système, exerce encore une forte influence.

Pourfendeur des administrateurs véreux, de la corruption, du népotisme, l’écrivain engagé Rachid Mimouni, fauché par la mort en pleine maturité créatrice, ne laissait planer aucune ambiguïté sur sa position de romancier : « Ne comptez pas sur moi pour dire que mon pays est le meilleur du monde. […] Je veux choquer pour pousser les gens à agir. »

Le colloque organisé les 28 et 29 novembre, à Boumerdès, en Algérie, pour lui rendre enfin hommage confirme la présence constante de l’écrivain et l’influence qu’il exerce encore, vingt-trois après son décès, incarnant l’autorité d’un intellectuel et d’un commentateur lucide. Son œuvre, comme le rappelle Nawel Krim, coordinatrice du colloque, « traverse les décennies et fait écho à nos préoccupations actuelles ».

Un guetteur social

Ses écrits ont marqué un renouveau littéraire et une affirmation idéologique consignée dans le contexte politique de la décennie noire. Visionnaire et guetteur social, il fut parmi les premiers à alerter sur la déliquescence d’un système.

Aujourd’hui, ses colères auraient été identiques car la réalité est toujours aussi amère

Ses critiques acerbes de l’Algérie postcoloniale s’exprimèrent avec force notamment dans Le Fleuve détourné. Ces textes mirent en scène des histoires réalistes, comme celle du maquisard amnésique qui revient dans son village après la fin de la guerre d’indépendance et qui découvre les changements de comportements de certains nationalistes ayant cédé à la corruption.

Aujourd’hui, ses colères auraient été identiques car la réalité est toujours aussi amère, et le peuple, lucide, ne comprend pas cette évolution constante du pays vers le mal. Il était du côté des « misérables », qu’il a su décrire dans ses romans. Son engagement aussi aurait été total aujourd’hui. Son influence sur les romanciers qui ont pris la relève de la contestation et de la dénonciation est remarquable, à l’instar de Maïssa Bey, Abdelkader Djemaï, Kamel Daoud, Adlène Meddi.


>>> À LIRE – Kamel Daoud : « Le fond du problème en Algérie va au-delà du politique »


Son héritage reste d’une actualité brûlante

Ces écrivains ont repris le fil de l’histoire là où l’a laissé Rachid Mimouni, poursuivant un devoir de mémoire, mais aussi d’alerte, ravivant le souvenir des victimes d’un intégrisme dévastateur, rappelant que la bête immonde est toujours tapie, que la corruption et les passe-droits gangrènent toujours la société. La volonté de dire ce qui ne va pas, de dénoncer, d’être la conscience du peuple est positivement présente grâce à l’autorité intellectuelle de Rachid Mimouni.

À la manière du J’accuse d’Émile Zola, il a déclaré haut et fort : « Je combats l’intolérance. » Toutes les thématiques qu’il a abordées ne sont pas dépassées, et c’est en cela que son héritage est d’une actualité brûlante.

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