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Arts : au panthéon des pharaons, une exposition au Musée de Grenoble

« Servir les dieux d’Égypte », jusqu’au 27 janvier 2019, Musée de Grenoble, 5, place de Lavalette, à Grenoble © DR

Une exposition exceptionnelle au Musée de Grenoble lève le voile sur les pratiques religieuses en Égypte il y a trois mille ans.

Oubliez les événements péplums célébrant le faste des pharaons et des pyramides, le Musée de Grenoble a mieux à vous proposer. L’institution, avec le soutien notable du Louvre, a choisi un lieu – Thèbes, l’actuelle Louxor, posée sur le Nil à 700 km au sud du Caire – et une période précise (– 1069- – 664 av. J.-C.) pour explorer une autre facette de l’antiquité égyptienne : celle du culte des dieux. C’est en effet à Thèbes, notamment dans le spectaculaire temple de Karnak, que se concentre le clergé, doté d’un poids politique et économique, qui s’impose même durant ces quatre siècles comme un contrepoint au pouvoir pharaonique.

Le musée français n’a pas misé sur d’incroyables décors en carton-pâte pour cette plongée dans le sacré. Seules de très grandes photos et des vidéos offrent un témoignage actuel de ce qui fut le cœur spirituel de l’une des civilisations humaines les plus fascinantes. Mais les quelque 270 pièces antiques rassemblées sont suffisamment évocatrices. Elles nous racontent avec parfois un luxe de détails les histoires de ces prêtres, de ces adoratrices, de ces chanteuses au service des divinités, et notamment de l’une des figures les plus importantes du panthéon égyptien : Amon. Aperçu d’une grande exposition en quelques œuvres phares.

  • Amon, roi des dieux et dieu des rois

Amon © 2003 Musée du Louvre/Christian Décamps

Reconnaissable à sa coiffure à double plume, le dieu Amon exprime ici toute sa puissance. Il marche, foulant aux pieds les « neuf arcs », qui symbolisent les pays étrangers. Il faut imaginer un sceptre dans sa main droite, et sans doute une croix ankh, ou croix de vie, dans sa main gauche. Amon n’a d’abord été qu’une divinité locale avant de devenir le dieu cosmique Amon-Rê.

Son temple, pourtant très populaire, n’est accessible qu’à certains prêtres haut placés dans la hiérarchie. Mais, durant les fêtes, les simples fidèles peuvent apercevoir son effigie, déplacée dans un palanquin en forme de barque. Son oracle va devenir le plus important d’Égypte. Et l’on imagine le pouvoir que pouvait exercer le clergé lorsqu’il fallait, par son intermédiaire, consulter le dieu pour désigner les hauts dignitaires du pays ou légitimer les souverains.

  • Dynasties de prêtres

Hor © Sandra Steiss

Cette statue représente un homme très puissant : Hor, secrétaire du roi – c’est-à-dire chef de l’administration de toute la Haute-Égypte –, gouverneur de Thèbes et directeur des prêtres de Montou. Il vécut entre le milieu du IXe siècle et le début du VIIIe siècle avant J.-C.

Sa longévité est remarquable, surtout durant une période troublée par une guerre civile qui ensanglanta le pays pendant une quarantaine d’années. Hor sut profiter de la faiblesse du pouvoir royal et se maintenir grâce à un jeu d’alliances complexes : il épousa la petite-fille du souverain Osorkon II… avant de s’opposer au frère de celle-ci. En ces temps troublés, les grands prêtres, jaloux de leur pouvoir, instituèrent l’hérédité de leur charge, créant de véritables dynasties. L’exposition permet de suivre la généalogie de Hor sur pas moins de deux cents ans.


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  • La musique adoucit les divinités

Un sistre. © 2018 Musée du Louvre/Christian Décamps

Durant les rituels, les chanteuses pouvaient jouer du sistre, un instrument dont seule une partie apparaît ici. Pour se le représenter entier, il faut l’imaginer incrusté et plaqué d’or, doté de tiges transversales, sur lesquelles sont « embrochées » de petites plaques de bronze. Lorsque le sistre était agité, il émettait un son – semblable à celui d’une crécelle… – peu mélodieux mais censé apaiser les dieux. Il rythmait les rites, mais, en soi, constituait déjà un objet de culte. On reconnaît en effet en haut du manche l’image de la déesse Hathor, déesse de la beauté et des plaisirs représentée avec des oreilles de vache.

  • Un clergé féminin

L'es des chanteuses, également appelées « maîtresses de maison ». © Jurgen Liepe

Le temple d’Amon n’était pas réservé aux hommes : en plus de l’adoratrice du dieu, il accueillait de nombreuses chanteuses, également appelées « maîtresses de maison ». Celles-ci habitaient à proximité du temple, dans une résidence organisée à la manière d’un palais, et étaient hiérarchisées entre elles.

Leur rôle ? Accompagner les rituels de « revigoration » du dieu Osiris et lui redonner vie après sa mort, notamment en agitant des sistres. Les bras de cette statue ayant disparu, il est compliqué de savoir quel rituel elle était censée accomplir (offrande, jeu musical ?), mais il s’agit bien d’une prêtresse. Sur son bassin, le motif de la barque sacrée du dieu Sokar apparaît, Osiris (souverain de l’au-delà) est représenté sur ses cuisses… ce qui laisse penser que la statue servait à un rite funéraire.

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