Transport aérien

Aérien : South African Airways, l’épreuve de vérité pour Ramaphosa

Un Airbus de la South Africain Airways, à Pretoria, en mai 2014. © Themba Hadebe/AP/SIPA

La compagnie incarne la situation critique des entreprises publiques sud-africaines. Renflouée à hauteur de 2 milliards d’euros, South African Airways n’a pas réalisé de profit depuis 2011.

À la fin de l’apartheid, South African Airways (SAA) a porté les couleurs de la jeune et fière nation Arc-en-Ciel. Mais, dès 2015, la compagnie nationale croule sous les dettes, et l’ouverture d’une liaison avec Khartoum, cadeau du président Jacob Zuma à son homologue soudanais, menace de vider ses caisses.

Dans une note adressée au ministre des Finances, révélée cette année par une enquête pour corruption, un fonctionnaire s’insurge : « Je ne peux comprendre que la compagnie envisage de nouveau d’ouvrir une ligne déficitaire ! »

Devant l’opposition du Trésor, finalement le projet n’aboutit pas. Mais bien d’autres, dévastateurs sur le plan financier, furent, eux, mis en œuvre. Depuis sept ans, SAA n’a pas réalisé de profit et a dû être renflouée à hauteur de 30 milliards de rands (2 milliards d’euros) ces cinq dernières années. Le sort du pavillon national est devenu un vrai test pour le successeur de Jacob Zuma, Cyril Ramaphosa.

L’ancien homme d’affaires a pris les rênes du pays avec la promesse de reconstruire les institutions, affaiblies par la corruption et par des années de mauvaise gestion, mettant en péril les comptes de l’État. Si d’autres entreprises publiques, notamment la société nationale d’électricité Eskom, sont plus endettées encore, la lutte pour la sauvegarde de SAA illustre les choix difficiles que doit maintenant effectuer Ramaphosa.

Selon Pravin Gordhan, l’investissement privé n’est pas envisageable avant que soit enrayée la corruption

SAA réclame à l’État 16 milliards de rands

Son ministre des Finances, Tito Mboweni, a lui-même reculé face au coût du sauvetage du pavillon national : SAA réclame à l’État 16 milliards de rands pour consolider ses comptes, tablant sur une reprise dès 2021 et l’intervention in fine d’un investisseur extérieur. Selon l’ancien ministre des Finances, Pravin Gordhan, désormais chargé du portefeuille des Entreprises publiques, l’investissement privé n’est pas envisageable avant que soit enrayée la corruption en son sein.

« Est-ce que vous achèteriez une chemise pleine de trous, même soldée ? Nous devons nettoyer la saleté qui encrasse cette compagnie pour assurer sa survie », a lancé en novembre Pravin Gordhan au personnel de SAA.

Pour beaucoup, le mandat de Dudu Myeni, à la tête de la compagnie jusqu’à 2017, est à l’origine des malheurs de SAA. Partis politiques et organisations de la société civile l’accusent d’avoir dirigé le groupe comme un fief, avec la bénédiction de Jacob Zuma. D’après eux, Mme Myeni, présidente de l’œuvre caritative de l’ex-chef de l’État, accordait des faveurs sous forme de contrats de location d’avion et – comme dans le cas de Khartoum – d’ouverture de nouvelles lignes. Des méfaits que les deux accusés nient en bloc.

Rattraper les erreurs du passé

Sous le mandat de son nouveau président exécutif, Vuyani Jarana, la compagnie, cible d’un plan de transformation, a fait des efforts pour améliorer ses performances. Mais SAA doit rattraper les erreurs passées, à commencer par l’arrêt des vols long-courriers vers Le Cap. Les grandes compagnies européennes, africaines et celles des pays du Golfe en ont profité pour étendre leurs liaisons à destination du hub touristique.

SAA a enregistré des pertes de 5,7 milliards de rands pour l’exercice 2017-2018

SAA doit également s’atteler à mettre fin à l’état désastreux de ses finances (5,7 milliards de rands de pertes enregistrées pour l’exercice 2017-2018). « Quand j’ai commencé, tout me choquait. Désormais, plus rien ne me surprend », raconte un cadre chargé de surveiller la mise en œuvre du plan.

Les doutes sur la viabilité de SAA se sont exacerbés au mois d’octobre avec les propos de Tito Mboweni. « Il était peu probable que le plan de transformation de SAA résolve la situation. De mon point de vue, nous aurions dû fermer la société », a-t-il affirmé à des investisseurs, le mois dernier, à New York. Dans l’hypothèse où l’État lâcherait la compagnie, les dettes de SAA seraient payables immédiatement, a rétorqué Cyril Ramaphosa, réprimandant son ministre.

Si les prêteurs doutaient de la solvabilité des autres entreprises nationales, cela sèmerait le chaos dans les finances publiques, a-t-il déclaré ensuite aux parlementaires. Vuyani Jarana a aussitôt appelé au calme après cet incident, le qualifiant de « panique sur les marchés », née du sentiment que certaines institutions étatiques malmenées sous l’ère Zuma pourraient ne jamais être sauvées.

Un défaut de paiement sur un prêt de SAA déclencherait les clauses de remboursement

S’inspirer des décision d’Ethiopian Airlines

Compte tenu de la précarité de la situation financière de SAA, ses cadres défendent qu’il n’y a guère d’autre choix que d’encourager son plan de transformation. Comme l’a annoncé Cyril Ramaphosa, un défaut de paiement sur un prêt de SAA déclencherait les clauses de remboursement, obligeant l’État à puiser dans ses caisses pour lui verser une avance de 16 milliards de rands.

Thabang Motsohi, un spécialiste de l’aviation africaine, affirme que « SAA peut être sauvée » à condition que les hommes politiques laissent à ses nouveaux dirigeants l’espace nécessaire pour identifier ce qui marche et faire cesser ce qui ne fonctionne pas. Selon lui, SAA devrait s’inspirer d’Ethiopian Airlines, qui « a su prendre des décisions très rapidement sur l’ouverture et la fermeture de liaisons aériennes. Chez nous, cela prend des mois ».


>>> À LIRE – Classement Skytrax : Ethiopian Airlines consolide sa place de « meilleure compagnie africaine »


Conseiller de Vuyani Jarana jusqu’à récemment, Thabang Motsohi a aussi souligné la réussite de la compagnie aérienne sur le marché intérieur. Dans ce secteur très compétitif, SAA se distingue par des vols low cost rentables et détient par ailleurs des parts de marché significatives sur les liaisons régionales.

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