BTP & Infrastructures

Jean de Martres – Sika : « Nous voulons à nouveau doubler nos ventes sur le continent »

Drapeaux de Sika (image d'illustration) © DR

Investissements, objectifs, nouvelles et futures filiales, le dirigeant passe au crible la stratégie du groupe suisse, spécialisé dans la chimie de la construction.

Présent sur le continent depuis 1947, le groupe suisse spécialisé dans la chimie de la construction (étanchéité, collage, insonorisation, protection d’ossatures…) a décidé depuis trois ans d’accroître son empreinte continentale en créant une dizaine de filiales et des usines, si possible en contrôlant 100 % du capital. Présent dans 18 pays et employant plus de 800 personnes, le géant mondial de l’étanchéité, dont le chiffre d’affaires africain s’élevait à plus de 200 millions de francs suisses (170 millions d’euros) en 2017, a inauguré fin novembre ses premières usines au Sénégal et au Cameroun, et s’apprête à en ouvrir deux autres, toujours dans ces deux pays, durant le premier trimestre de 2019.

Jeune Afrique : Investir en Afrique est-il risqué pour un groupe comme Sika ?

Jean de Martres : Le continent comporte effectivement des risques que nous prenons en compte. Cela nous conduit à avoir des objectifs de rentabilité importants.

Nous couvrons déjà la majeure partie du continent et avons aussi, après avoir beaucoup investi, des objectifs de stabilisation et de rentabilité

Combien avez-vous investi sur le continent ces cinq dernières années ?

On parle de dizaines de millions d’euros. Nous avons fait un effort important concernant les ateliers de fabrication, les laboratoires et la formation dans plus de dix nouveaux pays. Nous allons poursuivre nos efforts, comme en Égypte, où nous avons récemment ouvert un nouvel atelier de production de mortiers.

Quelles seront vos prochaines implantations ?

On peut envisager quelques pays additionnels. Mais nous couvrons déjà la majeure partie du continent et avons aussi, après avoir beaucoup investi, des objectifs de stabilisation et de rentabilité.

En 2014, vous vous assigniez l’objectif de doubler vos ventes. Est-il atteint ?

Oui, cette année, où nous allons plus que doubler le niveau des ventes par rapport à 2014.

L’Algérie a connu un ralentissement depuis deux ans dans le secteur de la construction, et nous en subissons les conséquences

Pour les ventes, quel taux de croissance vous fixez-vous d’ici à 2023 ?

On reste raisonnablement optimiste avec des taux à deux chiffres pour les trois à cinq ans à venir.

Quels sont les principaux marchés de Sika en Afrique ?

Ce sont l’Égypte, l’Afrique du Sud, le Maroc et l’Algérie. Ensuite viennent les marchés de taille moyenne en croissance tels que le Kenya, l’Angola, la Côte d’Ivoire et le Nigeria. Et de nouveaux pays à fort développement comme la Tanzanie, le Sénégal, le Cameroun et l’Éthiopie, où nous avons investi pour soutenir notre développement.

En Algérie, vous avez une présence historique. Quelle importance accordez-vous à ce marché ?

Notre principal marché est l’Égypte. Mais l’Algérie représente une filiale importante. Ce pays a connu un ralentissement depuis deux ans dans le secteur de la construction, et nous en subissons les conséquences. Cependant, nous espérons continuer d’y gagner des parts de marché. De manière générale, nous nous projetons sur le long terme.


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Si chaque pays continue de démontrer un potentiel important de développement, nous envisagerons d’autres implantations

Au Cameroun, le retrait de l’organisation de la CAN change-t-il la donne pour Sika ?

Cette organisation est reportée. Ce qui permettra d’achever les infrastructures nécessaires. Nous allons nous adapter aux événements. Le Cameroun reste un pays à fort potentiel, et nous sommes sûrs d’offrir des solutions idoines en matière de construction de barrages, de routes et d’industries dont le pays a besoin.

En Afrique centrale, vous n’êtes présent qu’au Cameroun. Faut-il s’attendre à de nouvelles implantations dans la région ?

Nous avons choisi le Cameroun comme première implantation en zone Cemac à cause de sa situation privilégiée. Nous pouvons ainsi nous adresser aux marchés voisins tels que le Tchad, la Centrafrique, la Guinée équatoriale, le Congo et le Gabon. Et si chaque pays continue de démontrer un potentiel important de développement, nous envisagerons d’autres implantations.

Ce choix de 18 pays d’implantation correspond à environ 80 % de la consommation annuelle de ciment sur le continent, qui est de l’ordre de 170 millions de tonnes

Dans votre maillage du continent, l’hinterland reste terra incognita. Ainsi, vous êtes absent en RD Congo.

Le choix des implantations a été arrêté dans le cadre d’une étude en 2014. L’idée était d’identifier la taille de chaque marché, l’environnement, les risques, les facteurs de croissance pour chacun des pays. Cela a permis de sélectionner les pays où Sika a voulu s’implanter dans un premier temps. Il s’avère que ce choix de 18 pays correspond à environ 80 % de la consommation annuelle de ciment sur le continent, qui est de l’ordre de 170 millions de tonnes.

La transition politique angolaise a-t‑elle eu un impact sur votre activité ?

Notre souci a été de faire face à la dévaluation du kwanza et à l’accès aux devises, comme beaucoup d’opérateurs locaux. Ce qui a rendu notre développement plus contraignant. Mais l’alternance n’a pas eu d’impact significatif sur notre activité.

La dévaluation du naira, au Nigeria, vous a aussi pénalisés…

C’est un peu la même configuration qu’en Angola. Après un pic d’activité jusqu’en 2015, nous avons dû faire face à cette dévaluation et au problème d’accès aux devises. Cela fait partie des aléas de chaque pays. Mais nous sommes confiants quant à notre développement. Le fait d’avoir maintenu notre présence auprès des clients sera un atout pour le futur.


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Notre objectif est de dupliquerle partenariat avec Jumia dans d’autres pays

En dehors des créations de filiales, envisagez-vous des acquisitions, comme au Mozambique en 2015 ?

L’essentiel de la croissance sera organique, même si nous observons ce qui pourrait accélérer notre développement en matière d’acquisitions.

Au Maroc, vous avez expérimenté un partenariat avec le site d’e-commerce Jumia.

Cela s’inscrit dans le cadre de la numérisation du groupe. Nous avons commencé cette expérience pilote au Maroc il y a moins d’un an. Ce canal de vente nous permet de toucher plus de clients, notamment des individus dans le cadre des besoins immédiats. Notre objectif est de dupliquer ce dispositif dans d’autres pays.

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