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Cet article est issu du dossier «Maghreb : la paix en votant»

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Vie des partis

Tunisie : l’embouteillage des partis politiques positionnés au centre

Pendant l'élection présidentielle, en décembre 2014, à Tunis, en Tunisie. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Sur les 215 formations politiques tunisiennes, la plupart se positionnent au centre, avec une ligne qui varie peu.

Sur l’échiquier politique, qui compte 215 formations, la plupart des partis se positionnent au centre : Machrou Tounes (de Mohsen Marzouk), Al-Moubadara (de Kamel Morjane), Albadil Ettounsi (de Mehdi Jomaa), Afek Tounes (de Yassine Brahim), etc. Leur ligne varie peu, et l’électorat qu’ils ciblent encore moins. Ce qui explique que, depuis 2011, les uns fusionnent avec les autres, se séparent ou se coalisent, que certains de leurs cadres passent de l’un à l’autre…

« Cette concentration au centre est avant tout une tendance historique, explique le politologue Selim Kharrat. Depuis l’indépendance, la majorité des partis tunisiens se sont positionnés ainsi, y compris ceux de Bourguiba et de Ben Ali. »

Depuis l’indépendance, la majorité des partis tunisiens se sont positionnés ainsi, y compris ceux de Bourguiba et de Ben Ali. » Un choix lié, aussi, à la volonté d’attirer un maximum d’électeurs. « Mais actuellement, ajoute Selim Kharrat, c’est surtout le flou et la faiblesse des projets qui entraînent cet embouteillage. »

© DOM

Sans projet, pas de leadership

En dépit ou à cause de cette profusion, aucun véritable leader ne parvient à émerger depuis l’émiettement de Nidaa Tounes. Une réalité qui fait planer de sérieux doutes sur la capacité du centre progressiste à s’imposer face aux islamistes lors des scrutins de 2019.

Conscient de cette faiblesse, l’intellectuel Mounir Charfi a créé l’Union civile, une alliance constituée en vue des municipales de mai 2018 entre onze partis du centre et des candidats indépendants. Une aventure qu’il ne souhaite pas renouveler l’an prochain. « Les partis, c’est beaucoup d’ego. Pour la présidentielle, je me retrouverais avec onze candidats et aucun désistement », déplore-t-il.

« L’expérience des municipales a été un échec. Manque de solidarité pendant la campagne, tentatives d’écarter les indépendants, etc. : chaque formation cherchait à tout prix à imposer ses candidats, sans même se demander s’ils étaient les plus compétents ou les mieux placés. Et dans les circonscriptions que nous avons remportées, les élus n’agissent plus dans le cadre d’une union. »

Les Tunisiens forment un peuple centriste par essence, mais nous devons y aller ensemble

Union impossible ?

Certains espèrent conquérir le terrain perdu par Nidaa Tounes et fédérer la famille centriste, tel Machrou Tounes. Le parti fondé en mars 2016 par Mohsen Marzouk et issu de la scission de Nidaa Tounes s’est récemment rapproché du bloc de la Coalition nationale, créé fin août. « Nous avons nos chances aux élections, car les Tunisiens forment un peuple centriste par essence, mais nous devons y aller ensemble », déclare Abderraouf Cherif, président du bloc parlementaire de Machrou Tounes.


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« Une nouvelle union apportera peut-être plus de voix pour des raisons purement arithmétiques, mais, sans réel programme, cette alliance sera éphémère et extrêmement fragile, comme le prouve le cas de Nidaa Tounes. Ce n’est pas l’accumulation des partis qui empêche l’émergence d’un leader, mais bien l’absence d’un projet sociétal et économique clair », conclut Selim Kharrat.

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