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Cet article est issu du dossier «Tunisie : 2019, l’année de tous les enjeux»

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Société

Tunisie : des vacances sur ordonnance

Salle de cathétérisme à la clinique Amen du quartier de Mutuelleville, à Tunis.

Salle de cathétérisme à la clinique Amen du quartier de Mutuelleville, à Tunis. © Nicolas Fauqué/www.imagesdetunisie.com

Deuxième destination du continent en matière de tourisme médical, le pays accueille de nombreux patients maghrébins et subsahariens. Et pas seulement pour des opérations de chirurgie esthétique.

Anne lâche sa valise sur le carrelage. Poignées de main, tutoiements, accolades… Elle arrive tout juste du Gabon, mais connaît déjà le personnel de cette résidence du quartier Ennasr, à Tunis. C’est la troisième fois qu’elle s’adresse à la société Service médical international (Smedi). Elle a en effet déjà accompagné sa mère puis sa sœur dans cette même résidence, où elles ont effectué leur convalescence après avoir été opérées dans des cliniques tunisoises.

Elle en avait d’ailleurs profité pour s’offrir un « package massage et esthétique ». Cette fois, la quinquagénaire vient pour tenter de résoudre son problème de sciatique. « À Libreville, ils ne trouvent pas de solution », soupire-t-elle. Pour les soins et le séjour, elle paie 2 500 euros, avion inclus.

Excursions et soins

Fondée en 2007, Smedi compte déjà huit résidences médicalisées et en construit une neuvième, avec piscine et salle de rééducation. C’est l’une des premières agences spécialisées dans l’exportation des services liés à la santé. Son directeur général, Ghazi Mejbri, s’est lancé dans le créneau après avoir ouvert une agence de voyages. Il assure l’interface entre ses « clients-patients » – environ 400 par an – et les vingt-cinq établissements de soins publics et privés avec lesquels il a établi des partenariats.

Les cliniques et hôpitaux tunisiens accueillent de plus en plus de patients venus d’autres pays du continent. Et ce dans l’ensemble de leurs services – cardiologie, pneumologie, oncologie, traumatologie, etc. Le marché profite aussi aux voyagistes, qui organisent des excursions durant la convalescence. « Pour les patients comme pour leurs accompagnants, c’est réconfortant d’être entouré, et les coûts restent deux fois moins élevés qu’en Europe », souligne Fadhel Bouchrara, du tour-opérateur tunisois Sotuvit.

Scanner - Clinique du Lac au Berges du Lac - Tunis © Kamel Agrebi / www.imagesdetunisie.com

« La Tunisie a fait des choix judicieux. La qualité des formations dispensées au sein de ses facultés de médecine est exceptionnelle », explique Xavier Latouche. Y sont d’ailleurs formés de nombreux médecins et professionnels de santé du continent. C’est à Monastir que le chirurgien-plasticien français a créé son Ambassade médicale internationale (AMI).

Depuis 2014, celle-ci organise des évacuations sanitaires vers la Tunisie à partir d’autres pays africains, en traitant en priorité les pathologies lourdes (cardiologie, oncologie, infectiologie…), souligne le praticien – l’AMI comportant tout de même un volet esthétique et une société sœur, l’Ambassade esthétique Afrique.

Patiens-clients et néo-tour-opérateurs

Bien que les Libyens, leurs clients historiques, aient laissé à ces néo-tour-opérateurs médicaux et aux cliniques une ardoise de quelque 200 millions de dinars (près de 60 millions d’euros) d’impayés, le secteur a su se faire une bonne place dans la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena) face à ses principaux concurrents régionaux (l’Égypte, la Jordanie et la Turquie). Il n’a cessé d’élargir ses clientèles maghrébine et subsaharienne, et il lui reste une bonne marge de progression si les lignes aériennes s’adaptent.

Il ne faut plus que notre destination soit synonyme de rabais. Je n’en peux plus de l’image “soleil-prothèses” !

À l’échelle continentale, selon le ministère de la Santé tunisien, le pays occupe désormais le deuxième rang en matière de tourisme médical, derrière l’Afrique du Sud. Agences spécialisées et prestataires de services connexes sont en plein essor. De même que les cliniques privées : elles sont 90 et comptent 5 600 lits.


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« Les projets en cours devraient augmenter cette capacité de 3 000 lits », assure Boubaker Zakhama, président de la chambre syndicale des cliniques privées, qui recense 1,5 million de consultations ambulatoires et 400 000 hospitalisations d’étrangers par an dans ses établissements. « S’y ajouteraient environ 400 000 autres patients étrangers, surtout venant de pays voisins, qui ne passent pas par les cliniques privées », ajoute Ghazi Mejbri. Le secteur public de santé tunisien compte en effet 23 CHU, 167 hôpitaux et plus de 2 000 centres de base.

Un tel boom fait craindre des dérives. Le Dr Bouraoui Kotti, chirurgien qui a dirigé le premier forum du tourisme médical dans le pays en 2014, appelle à réguler le secteur. « Si je me lançais dans le tourisme médical, je multiplierais mon chiffre d’affaires par cinq. Mais il ne faut plus que notre destination soit synonyme de rabais. Je n’en peux plus de l’image “soleil-prothèses” ! » peste-t-il.

Bloc operatoire - Clinique du Lac au Berges du Lac - Tunis © Kamel Agrebi / www.imagesdetunisie.com

Alors que 30 établissements attendent que l’Instance nationale de l’évaluation et de l’accréditation en santé (Ineas) leur délivre leur agrément, le ministère de la Santé élabore un cahier des charges pour encadrer les agences de services d’évacuation sanitaire, tandis que l’Institut national de la normalisation et de la propriété industrielle définit une norme. Un registre pour répertorier et identifier les patients étrangers traités en Tunisie est aussi à l’étude.

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