Pétrole & Gaz

Hydrocarbures : Kosmos Energy prépare son futur africain dans le golfe du Mexique

Exploration de Kosmos au large du Sénégal et de la Mauritanie. © Kosmos Energy

L’acquisition de puits au large des États-Unis va permettre à la junior américaine de financer ses projets en Mauritanie, en Côte d’Ivoire et en Guinée équatoriale.

C’est à 10 000 km des puits de pétrole ghanéens qui ont fait sa renommée que Kosmos Energy a acquis ses derniers actifs en septembre. En achetant Deep Gulf Energy, une société texane relativement peu connue, Kosmos a repris ses parts dans douze blocs situés dans le golfe du Mexique, au large du Texas et de la Louisiane.

Cet intérêt nouveau porté à la côte ouest de l’Atlantique peut surprendre. Depuis son entrée fracassante au Ghana, où la firme a été la première à découvrir des quantités importantes de pétrole en 2007 – un épisode raconté dans le mémorable documentaire Big Men –, le marché a toujours associé Kosmos à l’Afrique de l’Ouest.

En 2015 et 2016, elle reproduit l’exploit ghanéen, avec la mise au jour d’une importante réserve de gaz dans l’offshore profond au large du Sénégal et de la Mauritanie, confortant ainsi son statut d’explorateur à succès dans cette région du monde.


>>> À LIRE – Hydrocarbures : une nouvelle ère s’ouvre pour le continent


Entre 500 et 600 millions de dollars d’investissements en 2019

Pour Andrew Inglis, directeur général de Kosmos depuis 2014, la reprise de Deep Gulf Energy correspond à une « période de transition » pour la compagnie. L’objectif est d’équilibrer ses activités, jusque-là davantage portées sur la recherche de gisements que sur leur exploitation.

L’opération de 1,225 milliard de dollars a eu pour effet immédiat d’augmenter la production pétrolière de Kosmos de 24 000 barils par jour, soit d’environ 50 %.

Une aubaine pour la compagnie, qui accumule depuis quelques années les découvertes importantes en Afrique de l’Ouest mais aussi les pertes, tant sa spécialité, l’exploration en eau profonde, est coûteuse. Souvent déficitaire depuis ses débuts, Kosmos enregistrait 223 millions de dollars de pertes l’année dernière, et son endettement atteint désormais presque 2 milliards.

Cette acquisition explique en partie l’augmentation de ses revenus au troisième trimestre, passés de 151 millions de dollars en 2017 à 243 millions cette année.

La société a indiqué qu’elle se servira de ces fonds supplémentaires pour distribuer des dividendes en début d’année prochaine, une première pour ses actionnaires. Ils seront aussi utilisés pour financer ses activités d’exploration, Kosmos ayant annoncé vouloir investir entre 500 et 600 millions de dollars dans ses différents projets en 2019.

Grand-Tortue est le champ où Kosmos détient ses réserves les plus importantes

Développement du champ gazier de Grand-Tortue

À commencer par le champ gazier sénégalo-mauritanien de Grand-Tortue, qui est encore en phase d’exploration et de développement. Le projet est vorace en capital, les réserves se trouvant sur une zone étendue et à plus de 2 500 m sous la surface de la mer. Interrogé par Jeune Afrique, Lennert Koch, analyste en chef pour l’Afrique subsaharienne chez Wood Mackenzie, confirme : « Grand-Tortue a encore besoin d’investissements considérables. » Tout en précisant que BP, la major britannique associée à Kosmos sur ce projet, s’est engagée à couvrir les frais de développement à hauteur de 500 millions de dollars, soulageant ainsi la société américaine d’au moins une partie des dépenses.

Grand-Tortue étant le champ où Kosmos détient ses réserves les plus importantes – elle possède 30 % des 15 000 milliards de pieds cubes de gaz qui s’y trouveraient –, la société a néanmoins tout intérêt à assurer sa capacité à financer ce développement. Ses activités dans le golfe du Mexique, qu’elle entend étendre par ailleurs, pourraient l’aider à tenir jusqu’au début des ventes du gaz issu du gisement sénégalo-mauritanien, prévu pour 2021.

La demande en gaz étant actuellement faible au Ghana, la compagnie y chercherait probablement du pétrole

Candidat probable à l’exploration de trois nouveaux blocs au Ghana

Kosmos ne misant pas exclusivement sur Grand-Tortue, le groupe a également besoin de fonds pour ses autres projets. L’année dernière, la société s’est tournée vers l’Afrique centrale en faisant son entrée en Guinée équatoriale, au large de l’embouchure du Río Muni, dans le sud du pays. En 2017, elle est également entrée en Côte d’Ivoire, où elle compte explorer cinq blocs avec BP. Deux projets africains qui s’annoncent eux aussi dispendieux.

Enfin, au Ghana, où Kosmos continue d’exploiter Jubilee, la société pourrait être tentée de se lancer dans de nouvelles recherches. Le gouvernement a en effet lancé un appel d’offres pour trois blocs encore inexplorés au large de ses côtes. « Kosmos est un candidat très probable pour ces blocs. La demande en gaz étant actuellement faible au Ghana, du fait de la saturation du marché local, la compagnie y chercherait probablement du pétrole », estime Lennert Koch.

Thomas Golembeski, porte-parole de Kosmos, n’a pas souhaité commenter l’intérêt que porterait le groupe à ces blocs, tout en précisant que ses équipes sont toujours à l’affût de nouveaux lieux d’exploration. Kosmos avait jusqu’à la fin de novembre pour communiquer ses intentions aux autorités ghanéennes.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte