Cinéma

Cinéma – Bassam Jarbawi : « Il y a un mur devant nous »

Bassam Jarbawi © Capture écran/YouTube/ Festival Cinemed

Avec son film « Screwdriver », racontant l’impossible réadaptation d’un ancien détenu, le réalisateur palestinien Bassam Jarbawi veut mettre des visages et des émotions sur le calvaire de son peuple.

À une dizaine de kilomètres de Jérusalem, dans le camp d’Al-Amari de Ramallah, les journées de Ziad (Amir Khoury) et de Ramzi (Adham Abu Aqel), deux jeunes de 18 ans, sont rythmées par les matchs de basket, les virées en voiture et les rigolades entre copains. Jusqu’à ce que deux événements dramatiques ferment cette parenthèse enchantée : Ramzi est abattu par un sniper, et Ziad arrêté pour un crime qu’il n’a pas commis.

Après quinze années passées en prison, ce dernier revient dans sa ville. Célébré en héros de la résistance, il reste hanté par le passé et se révèle incapable de se réintégrer dans la société, de travailler ou même d’aimer.

L’acteur Amir Khoury. © DR

Nous avons rencontré le scénariste et réalisateur du film, Bassam Jarbawi, au Festival international du film d’El Gouna, en Égypte. L’homme de cinéma de 34 ans nous a expliqué l’ambition très politique de son long-métrage et les difficultés qu’il rencontre toujours pour le faire exister en salles.

Jeune Afrique : Le film a été réalisé dans le camp de réfugiés d’Al-Amari. Pourquoi ce choix ?

Bassam Jarbawi : Parce qu’après être né à Jérusalem j’ai moi-même grandi à Ramallah. J’ai eu la chance de poursuivre mes études dans le Minnesota, puis à l’école de cinéma de l’Université Columbia, à New York. Très rapidement, pourtant, j’ai ressenti le besoin de revenir en Palestine, que mes parents n’ont jamais quittée. J’ai commencé par photographier les camps de réfugiés en 2002 pendant la seconde Intifada.

C’est un premier film très politique, en langue arabe, tourné en Palestine : autant de raisons qui ont compliqué le tournage

Pourquoi ? 

La plupart des photographes qui venaient de l’extérieur voulaient des images très mélodramatiques. Moi, je souhaitais aussi montrer le quotidien : comment les gens vivent et survivent. Montrer aussi à quel point la ville se transforme rapidement, grossit.

Quand a germé l’idée de votre film ?

Il y a huit ans. Mais, sur cette période, le tournage n’a duré qu’un an… Le plus long a été de trouver des financements. C’est un premier film très politique, en langue arabe, tourné en Palestine : autant de raisons qui ont compliqué le tournage.

C’est tout notre pays qui ne peut pas échapper à son histoire, nous ne pouvons pas fuir l’occupation

Votre scénario est-il tiré d’une histoire vraie ?

Je rappelle dans le film qu’un Palestinien sur cinq a déjà été incarcéré… Ce chiffre est vrai. Il n’est donc pas très compliqué de parler avec quelqu’un qui a fait de la prison.

C’est le cas de mes amis, de mes voisins, de la plupart des gens dans le pays. Mais, derrière les statistiques qu’on présente généralement aux informations, je voulais révéler les drames humains, les familles en lutte, les trajectoires d’individus brisés.

Votre héros, Ziad, semble être irrémédiablement englué dans son passé.

C’est tout notre pays qui ne peut échapper à son histoire. Nous ne pouvons pas fuir l’occupation. Quoi que l’on fasse, il y a un mur devant nous. Ne serait-ce que réaliser ce film était un combat permanent… Tout était difficile : faire venir l’équipement pour tourner, avoir les acteurs à l’heure sur le plateau, et, aujourd’hui, je dois prendre l’avion en Jordanie pour pouvoir me rendre aux festivals qui nous accueillent… Sur la route, je sais que j’aurai droit à de nombreux interrogatoires.

L'acteur de "Screwdriver" Amir Khoury. © DR

La fin du film, que nous ne révélerons pas, est très dure à l’égard des colons israéliens. Screwdriver sera-t-il présenté en Israël ?

Ce n’est pas prévu pour le moment. Mais les Israéliens peuvent toujours se déplacer dans les pays voisins pour voir le film.

Malgré tous vos handicaps, vous avez été aidé par de nombreuses institutions, comme le Doha Film Institute, l’Arab Fund for Arts and Culture, le Sundance Institute,et vous êtes aujourd’hui invité par le Festival d’El Gouna.

Il est très important, voire vital, que nous ayons des soutiens dans le monde arabe. Aujourd’hui, un cinéaste arabe qui passe par les États-Unis verra forcément son projet subir un formatage.

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