Défense

[Tribune] Israël : une guerre peut en cacher une autre

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Journaliste spécialiste d'Israël

Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien. © Debbie Hill/AP/SIPA

Israël jure que rien ne l’empêchera d’agir jusqu’au départ des Iraniens de Syrie. La collision ne semble qu’une question de temps. Et promet d’ouvrir un nouveau chapitre de la guerre syrienne.

Les plus farouches ennemis d’Israël se souviendront qu’en ce mois de novembre 2018 une poussée de fièvre inopinée a fait vaciller le gouvernement le plus nationaliste de l’histoire de l’État hébreu. En moins de vingt-quatre heures, le Hamas a tiré 470 roquettes pour répondre à l’incursion ratée d’un commando de Tsahal en plein cœur de Gaza. Le belliqueux ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, n’aura pas résisté à la canonnade.

Lui, l’homme à la poigne de fer qui se jurait de liquider à la première occasion la direction du mouvement islamiste. Lassé de n’être jamais entendu, il a fini par claquer la porte à l’annonce d’une énième trêve avec les factions armées de Gaza. Une « capitulation face au terrorisme ».

Un quatrième conflit ?

Au Proche-Orient, chaque acte compte. Surtout s’il s’inscrit dans la violence, seul moyen de marquer son territoire, d’établir des lignes rouges. Comment expliquer alors l’étonnante retenue de Benyamin Netanyahou, dont la majorité ne tient plus qu’à un fil ? Et celle de l’armée israélienne, qui, en des temps pas si lointains, aurait déjà plongé Gaza et sa population dans une apocalypse sans échappatoire ?

« Bibi » a pris soin de brouiller les signaux, suggérant qu’un conflit majeur était imminent. « Dans quelques semaines, vous comprendrez pourquoi il a opté pour un cessez-le-feu », a renchéri l’un de ses fidèles lieutenants. Une énigme qui intrigue les commentateurs les plus avisés de la vie politique israélienne. À peine certains venaient-ils de saluer la sagesse de Netanyahou que d’autres s’interrogeaient : et si Israël fourbissait ses armes sur un autre front ?

Vu d’Israël, le « croissant chiite » qui a pris forme à la faveur du chaos régional s’apparente à un gigantesque python prêt à étrangler sa proie

La réponse ne relève pas du secret-défense. Depuis des mois, de hauts responsables israéliens martèlent qu’un quatrième conflit face au Hamas détournerait l’armée de son principal objectif : empêcher l’Iran de s’implanter militairement en Syrie. Les généraux reconnaissent donc qu’instaurer le calme dans le sud du pays – à Gaza – permettrait de mieux préparer la tempête qui s’annonce au nord et qui menace de s’étendre bien au-delà du champ de bataille syrien.

Briser l’axe

Ces dernières années, la République islamique tenterait d’établir un nouveau front depuis la zone du plateau du Golan que contrôle le régime d’Assad et dont le versant occidental a été annexé par Tel-Aviv en 1981. Vu d’Israël, le « croissant chiite » qui a pris forme à la faveur du chaos régional s’apparente à un gigantesque python prêt à étrangler sa proie. Pour Netanyahou, il est vital de briser l’axe allant de Téhéran à Beyrouth et qui transiterait désormais librement par Bagdad et Damas.

Là est la hantise des Israéliens : voir l’Iran actionner ses tentacules pour déclencher un blitzkrieg de missiles contre leur pays. Ce « châtiment divin », maintes fois promis par les Pasdaran et Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, entraînerait la paralysie de l’arrière-front israélien, la fermeture des aéroports et l’évacuation de centaines de milliers d’habitants vers des zones moins exposées. Un scénario catastrophe qui mobiliserait toutes les ressources du pays.


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Cest précisément pour l’éviter qu’Israël s’emploie à attirer l’attention de la communauté internationale. Depuis janvier 2017, son aviation aurait conduit plus de 200 frappes sur le sol syrien, ciblant convois d’armes, dépôts de missiles et centres logistiques utilisés par les miliciens chiites. D’abord anonymes, pour éviter les représailles, ces attaques ont été progressivement revendiquées pour servir de levier de pression.

Une collision proche ?

Car tout en restant à l’écart des discussions sur l’avenir de la Syrie, l’État hébreu fait tout pour peser dans les débats, en coulisses, en négociant la « Pax Russia » avec Vladimir Poutine. Jusqu’ici, elle aurait permis de faire reculer les forces iraniennes à 85 km du flanc nord-est d’Israël.

Moscou et Tel-Aviv ne sont pas alliés. Ne l’ont jamais été. En Syrie, un mécanisme de coordination existe entre les deux armées. Faute de convergence d’intérêts, il a volé en éclats le 17 septembre dernier lorsqu’un avion russe a été abattu par des tirs de la DCA syrienne visant des chasseurs israéliens.

Comme avec la Turquie, le Kremlin tente de mettre au pas ceux qui l’ont humilié. Ses forces ont déployé les redoutables missiles S-300. Israël jure que rien ne l’empêchera d’agir jusqu’au départ des Iraniens de Syrie. La collision ne semble qu’une question de temps. Et promet d’ouvrir un nouveau chapitre de la guerre syrienne.

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