Finance

[Chronique] La confiance, indispensable levier pour l’épargne des classes moyennes

Par

Alain Faujas est spécialisé en macro-économie (mondiale et tous pays) ainsi qu'en politique intérieure française.

Distributeurs d'Absa Bank (5e banque d'Afrique australe en 2018 selon le classement Jeune Afrique), au Cap. © Schalk van Zuydam/AP/SIPA

Les classes moyennes africaines n'ont pas suffisamment confiance dans le système bancaire traditionnel pour lui confier son épargne, préférant des alternatives informelles. Des innovations telles que le mobile banking ou la microfinance changent la donne en permettant de mobiliser ces fonds pour le développement.

Depuis que la BAD a estimé, en 2011, que les classes moyennes comptaient 300 millions de personnes sur le continent, les entreprises et les investisseurs n’ont d’yeux que pour elles. On en oublie que ces classes sont aussi une source d’épargne vitale pour l’économie. Avant de consommer, elles épargnent. Leur épargne fait le crédit, et le crédit fait le développement.

« Ce qui les caractérise, c’est qu’elles se projettent dans l’avenir », a déclaré Alain Antil, directeur du Centre Afrique subsaharienne de l’Institut français des relations internationales (Ifri), en ouvrant un colloque qui leur était consacré, le 29 octobre. « Même les classes qui ne disposent que de 2 à 4 dollars (de 1,75 à 3,50 euros) par personne et par jour mettent un point d’honneur à épargner pour investir dans l’éducation de leurs enfants ou dans un business », a confirmé Clélie Nallet, chercheuse à l’Ifri.

Manque de confiance

Problème : les Africains n’ont pas assez confiance dans les banques pour y placer leurs bas de laine. Trop d’établissements ont mis la clé sous la porte, les privant de réserves durement accumulées. En Éthiopie, la faiblesse de la monnaie, rongée par une inflation de plus de 14 % par an, incite les particuliers à conserver leur épargne en liquide. De nombreux Africains préfèrent placer leur argent dans les tontines, réseaux de solidarité traditionnels fonctionnant sur une base familiale, professionnelle ou villageoise, où on sécurise leur argent et on obtient des prêts.

Yves Mintoogue, chercheur à l’université Paris-I, a rappelé que 5 % des Camerounais possédaient un compte bancaire, mais que 58 % d’entre eux participaient à une tontine plus rassurante et plus flexible que le système bancaire. « Il existe même un logiciel camerounais baptisé i-Djangui, qui permet de gérer son compte de tontine, y compris depuis l’Europe », a-t-il souligné.

Le mobile change tout

« Bien qu’elles soient plus sûres depuis la mise en place de fonds de garantie des dépôts, les banques proposaient des opérations trop classiques sans avoir un réseau assez dense ; leur lourdeur obligeait leurs clients à perdre une demi-journée pour récupérer leur salaire, a reconnu Alexandre Maymat, responsable de la région Afrique de la Société générale.

Heureusement, le mobile change tout : la poste ou la station-service vendent un produit obligeant à mettre de l’argent sur un compte qui sera utilisé pour recevoir des paiements comme pour régler des factures avec son mobile. Au Kenya, 25 % du PIB transite par ces porte-monnaie électroniques qui diminuent les coûts et permettent aux banques de récupérer des flux d’argent informels. » Elles peuvent ainsi améliorer leur bilan et augmenter leur capacité à prêter.


>> A LIRE – Comprendre la révolution de la banque mobile en Afrique en une infographie


Au Cameroun, 500 établissements de microfinance

Les établissements de microfinance représentent une autre solution. Au Cameroun, quelque 500 de ces institutions pèsent plus de un milliard de dollars. Parce que de petites sommes y sont déposées et de petits prêts consentis, on sous-estime leur capacité d’innovation. « Nous apportons une accessibilité instantanée et une sécurité à l’épargne pour les patrons de microentreprise et de TPE, a revendiqué Nolwenn Laigle, du groupe Advans (840 millions d’euros d’encours).

En effet, nous sélectionnons nos agents et les équipons de téléphones portables afin qu’ils récupèrent les recettes sur les marchés et les créditent en temps réel sur le compte des clients. Ceux-ci peuvent consulter leur solde à tout moment et effectuer de petits retraits ou des paiements. Nous consolidons leur confiance en leur proposant une assurance décès, mais aussi une assurance pour les décès familiaux couvrant des funérailles onéreuses. Enfin, nous domicilions chez nous des tontines, ce qui nous permet de prêter à leurs membres sans attendre qu’ils aient cotisé. »

La confiance, voilà le sentiment qu’il faut susciter chez les classes moyennes pour qu’elles apportent leur épargne à la construction du continent.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte