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Cet article est issu du dossier «Transport maritime : les terminaux africains dans une nouvelle ère»

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Transport maritime

Mohammed Abdeljalil (Marsa Maroc) : « Nous saisirons toutes les opportunités de croissance en Afrique »

Port de Mohammedia. © Marsa Maroc

Entré en Bourse en 2016, l’opérateur portuaire public profite de la forte hausse du trafic de conteneurs et souhaite conquérir d’autres terminaux hors du royaume, affirme son président.

En 2016, l’entreprise publique Marsa Maroc a basculé partiellement dans les mains du privé. L’État a cédé 40 % de son capital pour 1,9 milliard de dirhams (environ 170 millions d’euros) et reste présent au tour de table. Sa relation avec les investisseurs se passe bien, malgré des difficultés à cerner les fluctuations du secteur.

Au premier semestre de 2018, l’opérateur portuaire a réalisé un chiffre d’affaires de 1,4 milliard de dirhams, en augmentation de 9 % par rapport à l’année précédente. L’entreprise cherche de nouvelles opportunités en dehors des frontières marocaines. Après avoir perdu la bataille du port ghanéen de Takoradi, Marsa Maroc fait partie des quatre entreprises récemment retenues sur la liste des candidates à l’obtention de la future concession d’un terminal polyvalent au sein du port autonome de Kribi, au Cameroun.

Jeune Afrique : Depuis 2016, Marsa Maroc n’est plus public à 100 %. Qu’est-ce qui a changé en matière de gouvernance et de relations avec les investisseurs ?

Mohammed Abdeljalil : Le conseil de surveillance de la société s’est élargi à trois nouveaux investisseurs institutionnels du royaume : la Caisse marocaine des retraites (CMR), Wafa Assurance et le Régime collectif d’allocation de retraite (RCAR), qui détiennent tous 10 % du capital. Ces nouveaux membres font bénéficier l’entreprise de leur expertise et enrichissent les débats par leur expérience.

Marsa Maroc est l’une des valeurs stars de la Bourse de Casablanca. Votre secteur dépend souvent d’éléments extérieurs. Comment gérez-vous cette situation ?

Notre activité est intimement liée à la progression de l’économie marocaine et à celle de ses principaux partenaires. Par conséquent, les anticipations de croissance peuvent constituer un premier baromètre de l’évolution de notre activité. Mais effectivement, une forte incertitude caractérise toujours les prévisions ayant trait au domaine portuaire à moyen et à long terme. Pour y parer, nous essayons de maintenir une communication régulière avec la place financière afin de partager l’actualité de nos projets.


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Dans le port de Casablanca, nous avons doublé nos capacités depuis fin 2016

Le segment des conteneurs a connu une belle hausse ces derniers mois. Avez-vous établi une stratégie particulière le concernant ?

Nous voulons renforcer la position de leader de Marsa Maroc sur l’import-export. L’augmentation du trafic de conteneurs a été soutenue ces dernières années. Entre 2015 et 2017, elle a frôlé les 9 % de moyenne. Nous avons donc essayé de renforcer notre offre sur ce segment. Dans un premier temps, nous avons engagé les moyens nécessaires pour sécuriser de nouveaux terminaux à conteneurs et assurer ensuite leur mise en exploitation avec succès.

Dans le port de Casablanca, qui concentre à lui seul 36 % du trafic national à l’import et à l’export, nous avons doublé nos capacités depuis fin 2016 pour atteindre 1,3 million d’équivalent vingt pieds (EVP) à travers nos deux terminaux. Nous avons acquis des portiques de grande capacité qui permettent de traiter des navires post-Panamax, les plus gros qui existent. Sur le port d’Agadir, principale porte d’entrée des régions du Sud et qui se caractérise par la prédominance des conteneurs réfrigérés, nous pouvons gérer 400 000 EVP.

Marsa Maroc saisira toute opportunité de croissance qui se présentera au Maroc ou en Afrique

Marsa Maroc dépend beaucoup de grands projets d’infrastructures tels que la construction de fermes éoliennes ou celle de la centrale Noor. Ces activités ne se répètent pas et ne s’étendent pas sur une longue période. Comment intégrez-vous ce paramètre, alors que vous êtes surveillé par les investisseurs ?

Des variations peuvent en effet toucher de manière ponctuelle certains trafics ou certaines régions. Mais la diversité de ceux que nous traitons ainsi que notre présence dans les principaux ports de commerce du pays nous aident à limiter l’impact de ces variations.

Une entreprise comme Marsa Maroc a-t-elle besoin de s’internationaliser pour poursuivre son développement ?

En réfléchissant à la stratégie de la société pour les prochaines années, il nous a semblé important de chercher des relais de croissance complémentaires à l’international pour accélérer le développement de la société.

Cette stratégie englobe deux dimensions. Tout d’abord le positionnement de Marsa Maroc sur le trafic de transbordement, via la plateforme portuaire de Tanger Med. C’est chose faite, dans la mesure où Marsa Maroc a obtenu la concession du terminal à conteneurs 3 du port de Tanger Med 2. D’une capacité de 1,5 million d’EVP, il devrait entrer en exploitation en 2020.

Ensuite, la société s’est fixé pour ambition d’obtenir des concessions sur le continent au cours des prochaines années. Marsa Maroc saisira toute opportunité de croissance qui se présentera au Maroc ou en Afrique.


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Votre offre pour la gestion du port de Takoradi, au Ghana, n’a pas été retenue. Nourrissez-vous d’autres projets sur le continent ?

Effectivement. Marsa Maroc a défini une stratégie en cinq points : accompagner nos clients dans leur développement africain, acquérir ou signer des contrats de sous-­traitance des quais privés d’opérateurs industriels sur le continent, négocier de nouvelles concessions de ports publics dans les pays ayant des relations diplomatiques privilégiées avec le royaume, nouer des partenariats avec des opérateurs portuaires existants et, enfin, participer à des appels d’offres pour l’obtention de nouvelles concessions.

Le marché marocain propose-t-il encore de belles opportunités d’expansion ?

La stratégie portuaire nationale à l’horizon 2030 élaborée par le ministère de l’Équipement en 2011 prévoit la construction de nouvelles infrastructures. Par exemple Safi Grand Vrac, à court terme, et des projets comme Nador West Med, Kenitra Atlantique et Dakhla Atlantique, à plus long terme.


Marsa Maroc bientôt aux mains du privé

Le gouvernement va rouvrir les vannes de la privatisation en 2019. Marsa Maroc fait partie des cibles, comme Maroc Telecom et l’hôtel La Mamounia de Marrakech. Ces opérations devraient rapporter 10 milliards de dirhams (environ 920 millions d’euros), et Marsa Maroc à elle seule pourrait en représenter 4 milliards si elle basculait totalement dans les mains du privé.

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