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Littérature – « Toutes les couleurs de mon drapeau » : Papa, raconte-moi l’Algérie

A Alger, des algériens se mobilisent durant la guerre d'Algérie en 1961. © Dominique BERRETTY/Gamma-Rapho via Getty Images)

Avec « Toutes les couleurs de mon drapeau », notre collaborateur Mabrouck Rachedi pointe le manque de dialogue autour de la guerre d’indépendance et de ses suites.

C’est un lieu commun qui revient souvent dans les conversations quand l’enseignement de l’histoire est abordé : pour beaucoup, la période coloniale et la décolonisation ne seraient ni correctement ni suffisamment expliquées aux enfants des écoles françaises… Quelle que soit la réalité de ce constat, les professeurs disposent aujourd’hui d’un instrument parfait pour aborder la guerre d’Algérie et ses conséquences. Il s’agit du livre que publie notre collaborateur Mabrouck Rachedi, Toutes les couleurs de mon drapeau.

Dans une langue simple et fluide, le romancier propulse le lecteur au beau milieu de la classe de « 5e D du collège Boris-Vian », en compagnie de la prof d’histoire-géographie, Mme Dupin, et de deux garçons que tout, mais surtout le niveau social, oppose : Selim, le bon élève, et Redouane, le cancre. Bien entendu, un événement va rapprocher les deux extrêmes, et bouleverser la vie de Selim. Cet événement, c’est la manière dont Mme Dupin aborde la guerre d’indépendance, provoquant une grande confusion dans le cerveau de l’adolescent.

Non-dits et mensonges

« À présent, le couvercle de l’histoire se soulevait devant moi, et une foule de questions venaient s’agiter dans ma petite tête, dont celles-ci : pourquoi mes camarades et moi-même étions-nous si mal informés sur notre propre histoire ? Comment mes grands-parents avaient-ils pu immigrer chez l’oppresseur français, à l’issue de la guerre ? Moi, fruit de l’union de deux Franco-Algériens, eux-mêmes enfants de parents algériens nés en Algérie française, qui étais-je, qu’étais-je au juste ? »

Nul ne pourra nier que les non-dits, les omissions, voire les mensonges compliquent depuis des générations la transmission d’une réalité complexe. Si bien que les jeunes Français d’origine algérienne, comme Selim ou Redouane, se retrouvent confrontés à la situation pour le moins inconfortable de « l’entre-deux-chaises ». Comment être à la fois français et algérien quand on ne connaît – et encore, mal – que l’horreur de la guerre passée ou le racisme du présent ?


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« Qui sommes-nous ? »

Tout en narrant les épisodes rocambolesques d’une amitié naissante, Mabrouck Rachedi s’intéresse aux responsabilités des uns et des autres. États, professeurs, parents et grands-parents en prennent pour leur grade, même si l’auteur ne sombre jamais dans la complainte, préférant à la dénonciation brute l’objectivité du constat, à la critique vindicative la douceur des antidotes.

Bien sûr, il n’hésite pas à nommer les coupables : « Non, les vrais responsables, ce sont ceux qui ont mis en place le système pour faire du profit et qui l’ont maintenu. […] La colonisation était une injustice d’un certain ordre, les libérateurs l’ont remplacée par une autre sorte d’injustice. »

Mais au fond, ce qui intéresse Mabrouck Rachedi, c’est la manière dont Français et Algériens peuvent panser leurs plaies et répondre à la question « qui sommes-nous ? ». Et, pour lui, il n’existe qu’un remède : le dialogue.

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