Sécurité

Mali : Amadou Koufa, le visage peul d’Al-Qaïda

Amadou Koufa, dans une vidéo de propagande jihadiste diffusée le 8 novembre. © DR / Capture d'écran du SITE / SITEINTELGROUP.com

Dans une vidéo publiée le 8 novembre, le prédicateur malien radicalisé Amadou Diallo, dit Koufa, appelle au jihad de Dakar à Lagos.

Comme d’habitude, la mise en scène n’a rien de très original et vise surtout à donner le moins d’indices possible sur leur localisation. Un drap couleur treillis est tendu derrière eux, tandis qu’ils font face à la caméra. Sur cette nouvelle vidéo de propagande de près de douze minutes, publiée le 8 novembre mais enregistrée en septembre, durant le mois sacré de Muharram, le premier de l’année musulmane, les trois principaux chefs du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) apparaissent : l’Algérien Djamel Okacha, dit Yahya Abou al-Hammam, et les Maliens Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa. Toujours bien vivants et ensemble, alors que les services de renseignements occidentaux et sahéliens sont à leurs trousses 24 heures sur 24.

Pour la première fois, ce n’est pas leur grand chef, Iyad Ag Ghaly, ni son adjoint, Djamel Okacha, qui prennent la parole, mais Amadou Koufa. Voilà des mois que ce prédicateur peul radicalisé, chef de la katiba Macina d’Ansar Eddine, n’avait plus donné signe de vie. Turban noir, petite barbe poivre et sel, le natif de la région de Mopti s’exprime en fulfulde et s’adresse à ses « frères » peuls au nom de « l’émir » Iyad Ag  Ghaly – que certaines sources donnent par ailleurs de plus en plus affaibli.

Critique des élites

D’une voix posée et légèrement éraillée, Koufa appelle les Peuls à rejoindre le jihad dans plusieurs pays africains : le Mali, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Niger, le Bénin, le Nigeria et le Cameroun. La Guinée et la Mauritanie, deux pays frontaliers du Mali où les Peuls sont pourtant nombreux ne sont pas cités. « Mes frères, où que vous soyez, venez soutenir votre religion », lance-t-il, accusant ensuite « les mécréants » de « massacrer et exterminer » les Peuls « parce qu’ils ont élevé le drapeau de l’islam ». La France est particulièrement visée, accusée d’avoir envoyé ses « chiens dans le Macina et ailleurs », pour « tuer, piller et causer des ravages » parmi les siens.

« Ce n’est pas la première fois que Koufa tient un discours sur la société peule. Certains de ses enregistrements passés critiquaient parfois sévèrement les élites et les comportements religieux des Peuls du Mali. En revanche, c’est la première fois qu’il se pose en défenseur de toute la communauté à un niveau régional », explique Jean-Hervé Jézéquel, directeur du projet Sahel à l’International Crisis Group. Cet appel au jihad peul au-delà des frontières maliennes n’est pas passé inaperçu dans les pays voisins. Dans une interview à France 24 depuis Paris, où il participait au Forum sur la paix, le président sénégalais Macky Sall demandait ainsi à ses compatriotes de ne « pas céder aux sirènes » de Koufa.


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Chair à canon

Pourquoi cet ex-prêcheur, jusqu’alors « simple » lieutenant d’Iyad Ag Ghaly, se retrouve-t-il aujourd’hui projeté sur le devant de la scène à appeler les Peuls au jihad de Dakar à Lagos ? D’abord parce qu’il s’agit de la volonté de la haute hiérarchie d’Al-Qaïda. Pour elle, le Mali constitue désormais une base majeure à partir de laquelle elle espère étendre son influence en Afrique de l’Ouest. « Le commandement central d’Al-Qaïda a besoin des Peuls. Pour ses chefs arabes, ils ne sont rien d’autre que de la chair à canon présente dans tous les pays visés », indique une source sécuritaire spécialisée dans la lutte antiterroriste à Bamako.

D’autres raisons plus locales peuvent aussi expliquer cette stratégie de communication. Le GSIM n’ignore rien des récentes initiatives gouvernementales pour tenter de reprendre le contrôle dans le Centre. Depuis le début de 2018, Amadou Koufa doit également compter avec un nouveau rival : Abdel Hakim, ancien commissaire islamique du Mujao à Gao en 2012, qui a rejoint l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS).

Conflit avec les Dogons

« Il y a quelques mois, un groupe de soixante jihadistes peuls a fait défection des rangs de Koufa pour rejoindre l’État islamique. Ils lui reprochaient de ne pas les laisser intervenir pendant une attaque de Dozos contre un village peul », confie une source proche des réseaux jihadistes peuls.

Ces critiques sur le positionnement de Koufa dans le conflit qui oppose les Peuls aux Dogons dans le centre du Mali sont de plus en plus répandues au sein de sa communauté. Ces derniers mois circulent des enregistrements audio de notables peuls de la région de Mopti très durs à son égard. Selon eux, il ferait mieux de protéger les siens, régulièrement endeuillés par des heurts avec des Dogons, plutôt que de se livrer à un jihad hasardeux. D’autres craignent d’ores et déjà que les amalgames – déjà prégnants – faits entre Peuls et jihadistes soient encore renforcés par cette vidéo.

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