Cinéma

Cinéma : « Yomeddine », un éloge des déclassés en Égypte

Ahmed Abdelhafiz joue Obama, un orphelin. © le pacte

Sélectionné pour le dernier Festival de Cannes, le premier film de l’Égyptien Abu Bakr Shawky, « Yomeddine », propose une balade picaresque lorgnant vers la comédie.

Vu le scénario, le pire était à craindre. Un lépreux, Beshay, guéri mais portant encore sur son corps et son visage les stigmates de la maladie, gagne péniblement de quoi survivre en récupérant des déchets dans une décharge proche du Caire que l’on surnomme « la montagne de détritus ».

Il est souvent accompagné par un orphelin surnommé Obama – « comme le mec à la télé », se vante-t-il volontiers – qui, sachant lire, lui raconte le contenu des journaux abandonnés parmi les ordures. Mais voilà que la femme de Beshay, handicapée mentale hospitalisée dans un asile, meurt subitement. Perturbé, son mari décide de donner un nouveau tour à sa vie et part à la recherche de sa famille, qui, enfant, l’a conduit à la léproserie et abandonné.

La quête des origines

Obama, qui s’est caché sous une bâche dans la carriole de Beshay, entreprend avec lui la remontée du Nil. Commence alors un véritable road-movie en direction de la ville natale du lépreux. L’occasion de découvrir une Égypte « de l’intérieur » qu’on ne voit que rarement au cinéma, au fur et à mesure des rencontres que font les deux héros. Ils sont successivement dévalisés par un voleur alors qu’Obama est soigné dans un hôpital pour une vilaine blessure, se disputent avec un mendiant qui défend « son secteur », échappent à la sollicitude intéressée d’islamistes, sont arrêtés par la police avant de réussir à s’enfuir du commissariat…

Jusqu’à ce qu’enfin Beshay retrouve sa famille, qui assure qu’elle le pensait mort et l’accueille sans chaleur. Il sera alors temps de constater que la quête des origines est un échec et de rebrousser chemin.


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Un acteur amateur

Ce récit, on le voit, pourrait condamner Yomeddine à n’être qu’un mélodrame misérabiliste. Mais le jeune réalisateur égyptien Abu Bakr Shawky, soutenu par le formidable acteur jouant le rôle principal, un amateur résidant lui-même dans une léproserie, a su proposer une balade picaresque lorgnant vers la comédie, un road-movie qui est aussi un feel good movie. Jamais on ne s’apitoie sur le sort de Beshay, qui, malgré sa petite taille et son effrayant visage, reste un homme comme les autres.

Voilà sans doute pourquoi les responsables du dernier Festival de Cannes n’ont pas hésité à faire de ce long-­métrage à tout petit budget le seul premier film et le seul film africain à concourir pour la palme d’or en 2018. Une œuvre à la fois modeste et attachante qui, hélas, semble suggérer qu’il ne sert à rien de rêver et que l’on doit se contenter de ce que l’on a. On attend avec intérêt le prochain film du réalisateur, qui se dit fasciné par les underdogs (« outsiders ») et donc déterminé à porter à nouveau à l’écran des histoires de marginaux.

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