Musique

Musique : « noirwave », la philosophie panafricaine de l’artiste Petite Noir

Yannick Ilunga, auteur-compositeur-interprète. © kyle weeks

Avec son troisième projet, « La Maison Noir », l’artiste Petite Noir défend une philosophie panafricaine qui entend abolir les frontières sur le continent.

Yannick Ilunga, alias Petite Noir, aurait pu se contenter d’être un multi- instrumentiste de génie et un auteur-compositeur-interprète très tendance qui a su séduire Yasiin Bey (mieux connu sous son pseudonyme de rappeur, Mos Def) ou Solange Knowles, la sœur soul de Beyoncé.

Mais voilà le jeune homme de 28 ans devenu le fer de lance d’un genre musical doublé d’un mouvement presque politique, la « noirwave », qu’il défend dans son nouvel album, La Maison Noir.

La négritude, un espace de création sans limites

Quand on demande à l’artiste sud-africain d’origine congolaise, sans doute pour la centième fois, de définir le concept qu’il a créé en 2012 avec sa compagne RhaRha Nembhard, il émet d’abord un léger soupir. Puis, après avoir précisé qu’« il ne s’agit pas d’un autre nom de l’afrofuturisme », il dégaine un long texte émaillé de « commandements ». Il ressort de cette profession de foi que la noirwave reconnaît la négritude (blackness) comme un espace de création sans limites.

Elle s’appuie sur la diaspora, les réfugiés, les migrants qui abandonnent les schémas occidentaux passéistes. Elle invite à chanter, danser, voyager pour « ressusciter les anciens savoirs, symboles, visuels et sons, tout en inventant ceux du futur ». La noirwave se conçoit aussi comme une citoyenneté, un refuge pour les déplacés.

« Mes morceaux sont comme des sandwichs de sons »

Il n’est pas étonnant que Petite Noir défende ce panafricanisme hype mâtiné de cold wave des années 1980. Lui-même est né à Bruxelles, d’une mère angolaise et d’un père congolais. Ce dernier, ancien ministre de la RD Congo devenu opposant, a dû fuir le pays avec sa famille, car il craignait pour sa vie. Yannick Ilunga a 6 ans lorsqu’il atterrit à Cape Town.

Le jeune exilé avoue s’être pris le racisme « en pleine face », dans un pays où être noir, mais surtout être migrant, peut coûter cher. La musique lui a permis de prendre de la hauteur. D’abord dans un orchestre d’église, puis par un détour pop sous la houlette du compositeur électro Spoek Mathambo.


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« Aujourd’hui, je ne me sens pas d’un lieu en particulier, avoue l’artiste nomade. Mais cette diversité de cultures que j’ai en moi aide ma musique à grandir. Mes morceaux sont comme des sandwichs de sons, de rythmes, d’influences venant de partout. Être un migrant m’a obligé à me battre. »

“Petite” au féminin, “Noir” au masculin, parce que je suis un mix des deux

Différences de genre

S’il défend une citoyenneté dépassant les frontières, Ilunga pense aussi que l’individu ne doit pas se laisser déterminer par son sexe. « “Petite Noir”, vient du fait que je suis le plus jeune dans ma famille. “Petite” au féminin, “Noir” au masculin, parce que je suis un mix des deux. Je ne suis pas gay, mais les différences de genre ne sont pas nécessaires. »

Son album La Maison Noir (pendant panafricain de la Maison-Blanche) ne contient que six titres. « Mais un album plus long sortira au début de l’année prochaine. » Une tournée est prévue. Sans frontières, évidemment.

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