Politique

[Chronique] Donald Trump sera-t-il réélu en 2020 ?

Par

Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Le président américain Donald Trump.

Le président américain Donald Trump. © Andrew Harnik/AP/SIPA

Donald Trump sera-t-il encore président des États-Unis après 2020 et devrons-nous le supporter pendant un second mandat de quatre ans ?

Elles ont eu lieu mardi dernier. Les médias les ont largement couvertes et commentées. Je vous épargnerai donc un commentaire de plus sur les élections américaines dites de midterm. Je vous en dirai cependant ceci, qui me paraît important pour nous autres, tributaires de ce que décident les États-Unis.

Ces élections ont confirmé au monde entier que les États-Unis sont divisés en deux camps de force à peu près égale. Donald Trump et sa politique ont aggravé cette division au lieu de l’atténuer : celles et ceux qui détestent l’homme, ses faits et gestes, l’image qu’il donne de leur pays affrontent celles et ceux qui se sentent représentés par lui et sont ravis de l’avoir pour président.


>>> À LIRE – États-Unis : Donald Trump semble loin de l’Afrique et proche du désordre


Mais, et c’est la question qui importe le plus, sera-t-il encore président après 2020 et devrons-nous le supporter pendant un second mandat de quatre ans ? Il le veut résolument, ne parle que de cela, ne pense qu’à ça, et vous constatez comme moi qu’il se démène pour que cet objectif ne lui échappe pas.

Je fais néanmoins partie de ceux qui pensent qu’il ne sera pas réélu dans deux ans. Je m’efforce, cela dit, de ne pas prendre mes désirs pour la réalité et vous en laisse juges. Les principales raisons pour lesquelles Donald Trump ne sera pas réélu en 2020 sont, à mon avis, les suivantes :

Une politique qui irrite les Américains

1) Les Américains qui n’aiment pas Trump et ne veulent pas de sa politique sont désormais majoritaires à la Chambre des représentants. Les budgets qu’il présentera ne passeront plus aussi facilement ; sa fortune, ce qu’il paie ou ne paie pas au fisc, ses relations ainsi que celles de sa famille, leurs opérations financières seront examinés à la loupe dès janvier prochain ; l’enquête de Robert Mueller sur les conditions de son élection en 2016 sera menée à son terme, et ses conclusions seront rendues publiques très prochainement. Trump en sortira gravement amoindri.

Trump a mangé son pain blanc au cours des deux années écoulées, et les deux prochaines seront semées d’embûches

Le Sénat étant demeuré aux mains des Républicains, il ne court certes plus le risque d’être destitué. Mais il a mangé son pain blanc au cours des deux années écoulées, et les deux prochaines seront semées d’embûches.

Un regain d’antisémitisme

2) Déjà, en 2016, les juifs américains avaient voté à près de 75 % pour la candidate du Parti démocrate : Hillary Clinton. Le fait que le gendre de Donald Trump et plus proche collaborateur, Jared Kushner, soit juif (orthodoxe), que sa fille Ivanka se soit convertie au judaïsme, que lui-même ait prodigué un soutien débridé à Benyamin Netanyahou et à la droite israélienne (avec notamment le transfert hâtif de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem), qu’un Sheldon Adelson, patron de casinos, le finance – et finance simultanément Netanyahou – est un atout de poids auprès d’une bonne partie de la très influente communauté juive.

Mais tout cela n’a pas effacé la tenace prévention qu’il inspire à la grande majorité des juifs américains. Sa démagogie, la violence de ses propos et de ses actes les révulsent ; ils lui imputent le fort regain d’antisémitisme aux États-Unis. Lorsqu’il s’est rendu à Pittsburgh au lendemain de l’agression antisémite la plus meurtrière depuis des décennies, les juifs américains lui ont marqué leur hostilité en refusant de le voir. Qui l’a accueilli lorsqu’il s’est présenté (tardivement) à la porte de la synagogue de Pittsburgh ? L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Ron Dermer. Qui l’a encouragé et félicité depuis Jérusalem ? Un ministre israélien, Naftali Bennett, qui se situe à la droite de Netanyahou.

Les déclarations du président, ses actes, sa démagogie favorisent le racisme et, par voie de conséquence, l’antisémitisme

Aux yeux de la grande majorité des juifs américains, les plus jeunes et les mieux éduqués d’entre eux en particulier, Trump n’est peut-être pas antisémite. Mais son entourage l’est ; les déclarations du président, ses actes, sa démagogie favorisent le racisme et, par voie de conséquence, l’antisémitisme. En 2020, ils seront encore plus nombreux et plus décidés à vouloir l’empêcher de rempiler.

Il a humilié ces grandes puissances et prétend même pouvoir les contraindre, elles et leurs entreprises, à appliquer les implacables sanctions qu’il entend infliger à l’Iran

L’accord sur le nucléaire iranien

3) Donald Trump a renié la parole – et la signature – de son pays en dénonçant l’accord sur le nucléaire iranien conclu le 15 juillet 2015 par les États-Unis, mais aussi par ses trois principaux alliés – l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Et par la Chine et la Russie. Il a humilié ces grandes puissances et prétend même pouvoir les contraindre, elles et leurs entreprises, à appliquer les implacables sanctions qu’il entend infliger à l’Iran.


>>> À LIRE – [Infographie] Iran : les pays importateurs d’hydrocarbures face aux sanctions américaines


Lesdites puissances s’y refusent mais avec une inégale détermination – la France se plaçant à la tête de ce « front du refus ». Il n’y a donc pas de coalition contre l’Iran hors du trio très puissant et très déterminé que constituent les États-Unis, l’Arabie saoudite et Israël (plus les Émirats).

L’Iran souffrira mais ne cédera pas. Trump court donc à un échec où il s’est laissé entraîner par un Netanyahou en fin de règne et un Mohamed Ben Salman (MBS) en phase d’apprentissage du pouvoir. Barack Obama avait voulu l’apaisement et la détente avec l’Iran. Trump a choisi la voie inverse : prendre fait et cause pour l’Arabie saoudite contre l’Iran pour faire plier ce dernier.

Le monde contre l’hégémonie

Que se passera-t-il d’ici à 2020 ? Une guerre d’usure que Trump devrait perdre : fort de ses cinq mille ans d’histoire, soutenu, fût-ce discrètement, par l’Europe, la Russie et la Chine, l’Iran en sortira meurtri mais vainqueur. Ce probable revers jouera contre Trump en 2020.

« America First », peut-être. Mais, devenu multipolaire, le monde ne supporte plus l’hégémonie

La guerre commerciale que Donald Trump a engagée contre la Chine, elle aussi puissance millénaire, elle aussi humiliée, aura sans doute la même issue : « l’empire du Milieu » souffrira mais ne cédera pas, et son régime se maintiendra en place.

Comme l’Iran et nous, la Chine attendra qu’en 2020 la majorité des Américains s’avisent qu’ils ont élu, en 2016, un irréaliste et décident de le remplacer. Ils estimeront qu’il est de leur intérêt de se donner et de donner au monde un président (ou une présidente) plus raisonnable.

« America First », peut-être. Mais, devenu multipolaire, le monde ne supporte plus l’hégémonie. Fût-elle celle de sa première puissance.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte