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Cet article est issu du dossier «Télécoms et Internet : l'heure du data»

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Télécoms

Tunisie Telecom met le cap sur les datas

La part de marché du groupe, détenu à 65 % par l’État, représente 38,7 % © FETHI BELAID/AFP

Malgré douze mois chaotiques, l’opérateur historique tunisien affiche de bons résultats qui lui permettent de se projeter sur le marché de la fibre, en pleine expansion.

Avec + 9,5 %, Tunisie Telecom (TT) a connu la plus forte croissance de chiffre d’affaires du secteur des télécoms dans le pays au premier semestre de 2018. Un record depuis 2010 pour l’opérateur historique, qui conforte sa place de leader avec 38,7 % de part de marché. Mais le groupe, détenu à 65 % par l’État, ayant connu des soubresauts qui incitent à la prudence, son PDG, Mohamed Fadhel Kraiem – il en a été le directeur adjoint de 2010 à 2015 –, préfère ne pas commenter ce bon résultat.

Le paysage de la société a été bouleversé par l’arrivée avortée du fonds Abraaj Group (voir ci-dessous) et le développement de nouvelles activités. Si, en 2017, la téléphonie mobile a continué de représenter près de la moitié (46 %) du chiffre d’affaires, ce sont les datas fixes et mobiles (ADSL, box, 4G, M2M) qui ont connu la plus forte progression (+ 15,4 %) entre les premiers semestres de 2017 et de 2018. L’Institut national des télécommunications note d’ailleurs un appétit grandissant des Tunisiens pour un très haut débit fiable, comme en témoigne l’explosion de demandes de raccordement à la fibre optique, avec 4 000 abonnements supplémentaires au cours du deuxième trimestre de 2018.

Or Tunisie Telecom a accéléré son programme FTTH (Fiber to the Home) de déploiement de la fibre pouvant atteindre 100 mégas. Outre le quartier Mutuelleville, à Tunis, d’autres zones du Grand Tunis et de la ville de Sfax sont raccordées à la fibre grâce à Tunisie Telecom, qui conforte son rôle de pionnier. Par ailleurs, sa filiale Topnet reste le leader incontesté de l’ADSL, avec près de 58 % de part de marché au 1er octobre.

Sur un marché local de plus en plus serré, il faut s’internationaliser

À l’international, la stratégie d’expansion de TT porte ses fruits. L’opérateur maltais GO plc, qu’il détient à 65,4 %, a déclaré, au premier semestre de 2018, un chiffre d’affaires de 84,3 millions d’euros (+ 4 % par rapport au premier semestre de 2017). Sa valeur boursière s’est envolée de plus de 28 %. Achetées 190,2 millions d’euros à l’été 2016, les quelque 66 millions d’actions acquises par TT valaient 265 millions d’euros au début de novembre. Une opération décriée à l’époque, car TT reprenait les parts de GO plc à Emirates International Telecommunications, qui est également actionnaire (35 %) de TT. Comme pour la maison mère, c’est l’investissement dans la fibre qui permet à GO plc et à sa filiale chypriote Cablenet d’obtenir cette croissance.

La filiale Sotetel connaît un peu plus de difficultés, même si le plan de redressement a permis de renforcer ses activités en Algérie, à Malte et en Libye, et que des prospections sont en cours en Afrique subsaharienne. Le point noir demeure la Mauritanie, où Mattel, bien que pionnier du secteur, se retrouve derrière les deux nouveaux entrants. Pis, un actionnaire minoritaire a déposé plainte contre les anciens dirigeants de Tunisie Telecom pour falsification de résultats. L’internationalisation reste cependant nécessaire pour l’opérateur tunisien dans un marché local qui devient de plus en plus serré et en raison de la présence d’Ooredoo et d’Orange, des concurrents déjà mondialisés.


Abraaj, la transaction qui a fait pschitt

Cela devait être la plus importante transaction de capital-investissement en Tunisie. Abraaj Group devait, en 2018, racheter à Emirates International Telecommunications (EIT) ses 35 % de Tunisie Telecom. La faillite spectaculaire du fonds d’investissement émirati a mis fin à l’opération. Si TT ne semble pas en souffrir, EIT cherche toujours à se désengager de Tunisie Telecom.

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