Politique

[Édito] Russia is back

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Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Le président russe Vladimir Poutine. © Alexander Astafyev/AP/SIPA

Depuis quelques mois, c’est au tour de la Russie de pointer le bout de son nez en Afrique. Elle aspire à retrouver son rôle de grande puissance planétaire et peut redevenir pour les Africains un partenaire de choix.

Je voudrais maintenant quitter ces bas-fonds de la politique pour attirer votre attention sur une évolution géostratégique dont on a trop peu parlé. J’ai écrit ici même que c’est la Chine qui, à la fin du XXe siècle, a « découvert » l’Afrique. Elle a montré que ce continent existe, a des potentialités et un avenir. Les grandes puissances d’Europe, d’Amérique et d’Asie sont alors revenues en Afrique pour y reconquérir des marchés.

Depuis quelques mois, c’est au tour de la Russie d’y pointer le bout de son nez. Elle s’est souvenue que l’Union soviétique, dont elle est l’héritière, avait été présente en Afrique de 1950 à 1990 et apporté son soutien au Congo de Lumumba, à la Guinée de Sékou Touré, à l’Égypte de Nasser et à l’Angola du MPLA ; elle a en outre aidé les Algériens à conquérir leur indépendance et les Sud-Africains à vaincre l’apartheid. Elle a formé des milliers d’étudiants africains, vendu des armes par milliards de dollars ; ses africanistes sont parmi les meilleurs du monde.

Mais cet énorme capital a été perdu lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, en 1991.

Rattraper son retard

La Russie de Boris Eltsine et de Vladimir Poutine a été totalement absente d’Afrique pendant plus de vingt ans, et ce n’est que l’an dernier, en 2017, qu’elle a pris la décision stratégique d’y reprendre sa place.

Vladimir Poutine sait qu’il arrive après les Européens, les Américains et les Asiatiques, qu’il a par conséquent un retard à rattraper. Mais il est résolu à rétablir la position qu’avait acquise l’Union soviétique au XXe siècle et, si possible, aller au-delà. C’est à son représentant spécial au Moyen-Orient, Mikhaïl Bogdanov, vice-­ministre des Affaires étrangères, qu’il a confié le dossier africain.

À l’inverse des États-Unis, nous n’imposons pas nos règles à nos partenaires africains, vient de rappeler Mikhaïl Bogdanov

Bogdanov a commencé par les pays qui n’ont pas de gouvernement digne de ce nom (Somalie, Libye, Centrafrique) ; il a négocié l’annulation des dettes contractées par plusieurs autres pays africains pour l’achat d’armes ou, lorsqu’il l’a estimé possible, leur transformation totale ou partielle en investissements.

« Nous sommes prêts à travailler avec tous les gouvernements qui le souhaitent quels que soient leur idéologie ou leur système politique. À l’inverse des États-Unis, nous n’imposons pas nos règles à nos partenaires africains », vient de rappeler Bogdanov en énumérant la vingtaine de pays africains avec lesquels la Russie est déjà en discussion.

Il faut, me semble-t-il, souhaiter la bienvenue à la Russie, en sachant qu’à l’exception de ses armes et de son savoir-faire minier elle a, pour le moment, peu de choses à vendre ou à acheter. Comme l’Afrique, la Russie exporte principalement les produits de son sous-sol. Mais elle aspire à retrouver son rôle de grande puissance planétaire et peut redevenir pour les Africains un partenaire de choix.

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