Droits de l’homme

[Tribune] Tunis met le racisme hors la loi

Par

Benaouda Lebdai est professeur des universités et chroniqueur littéraire, spécialiste de littérature africaine.

En Tunisie, la société civile a obtenu l'adoption d'un texte de loi criminalisant le racisme © Tim Pierce/CC/Flickr

La Tunisie est le premier pays arabe à avoir légiféré pour combattre les actes racistes, qui se banalisent en Europe et se multiplient au Maroc, en Algérie ou en Tunisie, trois pays devenus des terres de transit pour les migrants subsahariens.

« Horrible vache noire ! Si tu ne changes pas de place, je vais te pousser de là… » La scène se déroule sur un vol Barcelone-Londres de la compagnie Ryanair, où un homme blanc s’en prend à une vieille dame d’origine jamaïcaine.

À la violence du comportement et des propos, qui rappellent, toutes proportions gardées, les heures sombres du Ku Klux Klan et de l’apartheid, est venu s’ajouter la réaction du steward : plutôt que de déloger l’agresseur, il demande à la victime de changer de place.

Ces actes sont certes dénoncés. La presse s’en émeut. Mais l’émotion et la réprobation ne peuvent suffire…

Lois sans précédent

Les actes racistes se banalisent en Europe, mais pas seulement. Ils se multiplient aussi au Maroc, en Algérie ou en Tunisie, trois pays devenus des terres de transit pour les migrants subsahariens. Cela va de l’agression verbale à la violence physique. Ces actes sont certes dénoncés. La presse s’en émeut. Mais l’émotion et la réprobation ne peuvent suffire…

La Tunisie est le premier pays arabe à avoir légiféré pour combattre ce fléau. Devant l’ampleur du rejet des migrants subsahariens, le gouvernement a promulgué une loi qui fait encourir à toute personne reconnue coupable d’un acte raciste une peine de trois ans d’emprisonnement.


>>> À LIRE – Loi contre le racisme : « tournant historique » en Tunisie, mais où en sont l’Algérie et le Maroc ?


C’est une avancée majeure. D’une part parce que cette loi reconnaît de jure l’existence d’actes racistes envers les Noirs, y compris envers les Noirs tunisiens du Sud, et d’autre part parce que toute personne qui s’en rend coupable sait que désormais elle peut être déférée devant un juge, et qu’elle risque la prison.

Histoire commune

Le Maroc et l’Algérie, où les mêmes violences, dénoncées par les romanciers et les journalistes, sont commises, devraient prendre exemple sur la Tunisie et faire intervenir la loi. Mais légiférer est-il suffisant ? Il faut aller plus loin et éduquer les jeunes afin d’instaurer plus d’ouverture et de tolérance vis-à-vis de l’Autre. Le progrès vers plus d’humanisme passe par la force de la loi, qui doit être appliquée, mais aussi par l’éducation civique dans les établissements scolaires et au sein de toute la société, gage d’efficacité sur le long terme.

La connaissance mutuelle de l’Afrique du Nord et de l’Afrique subsaharienne devra donc être au cœur de la solution

La Tunisie, l’Algérie et le Maroc sont, de facto, des pays africains. La connaissance mutuelle de l’Afrique du Nord et de l’Afrique subsaharienne devra donc être au cœur de la solution. Il est important de développer des échanges entre ces deux parties du continent par le biais de l’enseignement d’une histoire commune, celle de la colonisation, pour aider les jeunes à se percevoir comme frères et sœurs et non plus comme étrangers les uns aux autres.

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