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Cet article est issu du dossier «Togo : la sortie de crise, c'est par où ?»

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Politique

[Édito] Togo : Faisons simple !

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20h42

Par  André Silver Konan

Journaliste et éditorialiste ivoirien, collaborateur de Jeune Afrique depuis Abidjan.

Des partisans de l'opposition togolaise, en juin 2013 (photo d'illustration).

Des partisans de l'opposition togolaise, en juin 2013 (photo d'illustration). © Erick Kaglan/AP/SIPA

La sagesse et l’humilité recommandent de reporter les élections pour obtenir d’abord le consensus politique.

Au Togo, les différentes pistes de sortie de crise sont d’autant plus difficiles à emprunter que la vie sociale et politique dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest est ankylosée par trois syndromes : celui de Stockholm, qui touche une bonne partie du petit peuple ; celui d’hubris, qui aveugle les tenants du pouvoir et les empêche d’admettre son éventuelle perte ; et celui « de Ouagadougou », qui a gagné les rangs de l’opposition.

Tous ses leaders rêvent d’une révolution à la burkinabè, qui mettrait rapidement fin à « la dynastie cinquantenaire des Gnassingbé ». Mais au XXIe siècle une révolution populaire rapide et efficace ne se décrète pas par des hommes politiques. Elle se décide opportunément et spontanément par les peuples.

Transparence du jeu électoral

Conscients de cette faille et atteints du syndrome d’hubris, Faure Gnassingbé et son camp jouent la carte de l’essoufflement des opposants. Il faut admettre que dans le contexte togolais une révolution issue de la rue semble, pour l’heure, hypothétique, d’autant que les partisans des deux camps ont fini par développer les symptômes du syndrome de Stockholm.

En effet, en dépit des critiques qu’ils formulent à l’endroit de leurs propres leaders, ils finissent toujours (ou presque) par épouser les éléments de langage et les positions souvent jusqu’au-boutistes de ces derniers. Conséquence : les extrémismes qui se développent au sommet, d’un côté comme de l’autre, finissent par être la chose la mieux partagée par les troupes à la base.

Pourtant, la question de bon sens sur laquelle doit se fonder toute médiation est simple : qui a peur de la transparence du jeu électoral et des scrutins ? « Techniquement, nous sommes prêts à y faire face », répond Kodjona Kadanga, président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Mais le problème se pose moins en matière de mobilité technique que de transparence des procédures d’organisation des élections et surtout de compilation des résultats, talon d’Achille de nombreuses démocraties en Afrique.


>>> À LIRE – Faure Gnassingbé : « Dans un État de droit, le pouvoir ne se prend pas par la rue mais par les urnes »


La clé d’une seule solution durable

Si l’opposition refuse d’aller aux élections et brandit toutes sortes de préalables, c’est bien parce qu’elle n’a pas confiance en la qualité de son organisation. De son côté, si le pouvoir accepte d’y aller, c’est parce qu’il s’est assuré que le jeu était en sa faveur. Dans ces conditions, la communauté des médiateurs doit recentrer le débat et amener les protagonistes à un consensus autour d’un jeu électoral équitable, ouvert, transparent et libre. C’est la clé d’une solution durable du conflit togolais. Toute autre option ne reviendrait qu’à différer la confrontation et à faire gagner du temps à un camp ou à l’autre.

La seule chose que recommandent la sagesse et l’humilité face à des protagonistes qui revendiquent tous la majorité du peuple est de reporter ces échéances et d’obtenir le consensus politique, pour que les élections aient bel et bien lieu et que le peuple sanctionne dans les urnes Faure Gnassingbé et adoube Jean-Pierre Fabre ou Tikpi Atchadam. Ou vice versa. Pourquoi faire toujours compliqué au Togo, quand on peut faire simple ?

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