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Politique

Madagascar : quatre ex pour un fauteuil présidentiel

Marc Ravalomanana, l'ancien président de Madagascar et actuel candidat à l'élection présidentielle de 2018, entouré de ses soutiens, le 25 août 2018 à Antananarivo.

Marc Ravalomanana, l'ancien président de Madagascar et actuel candidat à l'élection présidentielle de 2018, entouré de ses soutiens, le 25 août 2018 à Antananarivo. © RIJASOLO/AFP

Le 7 novembre, cinq ans après la dernière élection, à laquelle ils n’avaient pu participer, les anciens présidents Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina en découdront dans les urnes. Pour pimenter le tout, Hery Rajaonarimampianina et Didier Ignace Ratsiraka seront aussi de la partie.

À quinze jours du premier tour, prévu le 7 novembre, le doute planait toujours sur la tenue de l’élection présidentielle. Trente-six dossiers avaient été validés fin août par la Haute Cour constitutionnelle (HCC), mais 27 candidats faisaient toujours le siège de l’institution pour contester la validité des listes électorales et demander un report du scrutin. D’autres, en revanche, n’ont à aucun moment imaginé ne pas en être, comme cela a été le cas pour Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina et Hery Rajaonarimampianina, trois des quatre anciens présidents en lice, qui n’ont cessé de sillonner la Grande Île, chacun étant persuadé d’être l’heureux élu au soir du second tour, le 19 décembre.

Aucun des trois ne manque de ressources et de soutiens dans les milieux des affaires et de la politique. Ils disposent même, en propre ou via des amis, de médias privés qui leur donnent une visibilité dont rêveraient leurs autres adversaires. Les dernières estimations n’anticipent pas une participation supérieure à 50 % au premier tour, mais cela n’empêche pas les trois anciens chefs d’État de sortir le grand jeu lors de meetings savamment orchestrés qui, chez Andry Rajoelina, prennent même des allures de primaires américaines. À chaque fois, plusieurs milliers de personnes, toutes d’orange vêtues, acclament le candidat numéro 13, lui-même ravi de retrouver ses compatriotes après plusieurs années de « réflexion ».

La « transhumance politique »

Depuis son retour au pays, en mars, l’ancien président de la transition semble avoir retrouvé le rythme « TGV » qui l’avait déjà mené à la mairie d’Antananarivo en 2007. À 44 ans, armé de son Initiative pour l’émergence de Madagascar (IEM), il veut montrer qu’il peut occuper les plus hautes fonctions de l’État et remplacer le terme de putschiste, qui le suit depuis 2009, par l’expression de « président démocratiquement élu ».

Pour l’aider, il peut compter sur les accords politiques passés ainsi que sur ses nombreux réseaux, pour la plupart hérités de la transition et qu’il a su réactiver. Autour de son parti, le Mapar, s’est reconstituée l’Alliance républicaine de Madagascar (Armada), créée en 2013, qui regroupe plusieurs acteurs politiques de poids, comme l’ancien Premier ministre Camille Vital, ou encore Jean-Louis Robinson et Hajo Andrianainarivelo, arrivés respectivement deuxième et troisième à la dernière présidentielle. Une assise qui se fortifie à mesure que la « transhumance politique » s’accélère, certains députés HVM – la majorité présidentielle sous Hery Rajaonarimampianina – retrouvant les couleurs Mapar sous lesquelles ils avaient d’abord été élus en 2013.


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Une prise de choix

Lors du remaniement ministériel de juin, Rajoelina a également pris soin de placer ses fidèles Christine Razanamahasoa et Augustin Andriamananoro à des postes clés d’un gouvernement dont il a suggéré le nom du Premier ministre, Christian Ntsay. Si les deux hommes ne s’affichent jamais ensemble, « ils se voient régulièrement », confirme un diplomate.

Rajoelina peut également compter sur le très influent Norbert Ratsirahonana. « L’homme qui fait les présidents » a en effet quitté Hery en juin pour rejoindre celui pour lequel il travaillait déjà durant les années de transition. Une prise de choix pour TGV, qui, pour alimenter sa machinerie électorale, peut compter sur le soutien financier de quelques-unes des plus grosses fortunes de l’île, à commencer par celle du clan familial, son épouse, Mialy, étant l’héritière de feu la femme d’affaires Nicole Razakandisa.

Après avoir pris un temps ses distances, Naina Andriantsitohaina, président du groupe du même nom, s’est rapproché de lui ces derniers mois, sans doute motivé par son ami, Mamy Ravatomanga, patron du groupe Sodiat et principal bailleur de fonds du candidat Rajoelina. Pour parfaire le tableau, ce dernier tente de rassurer la richissime communauté karane, qui redoute un retour de Marc Ravalomanana, en se rapprochant de l’un de ses membres les plus éminents, Hassanein Hiridjee, PDG du groupe Axian.

Gardien du temple

En face, ses deux rivaux peinent à suivre. Hery Rajaonarimampianina n’a plus rien à inaugurer depuis sa démission début septembre, mais, à 60 ans, il peut se consoler en se rappelant avoir marqué l’histoire de son pays, puisqu’il est le premier président à avoir pris et quitté le pouvoir dans le respect de la Constitution. Un légalisme qui lui a permis de marquer des points dans l’opinion et de ralentir le rythme des défections dans son propre camp.

Plombé par les scandales de corruption qui ont notamment mis en cause des intimes de la première dame, le candidat numéro 12 s’est éloigné du sulfureux homme d’affaires Joseph Mbola. Une rupture mise au crédit de l’actuel président par intérim, Rivo Rakotovao, qui a déjà accroché à sa ceinture le scalp de l’ancien Premier ministre Olivier Mahafaly Solonandrasana. Véritable gardien du temple HVM, l’ancien président du Sénat semble être aujourd’hui le meilleur soutien de Hery.


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Marc Ravalomanana n’a pas besoin de se poser une telle question. À bientôt 69 ans, il sait pertinemment qu’il ne peut trouver meilleurs appuis que lui-même et son épouse, Lalao, maire de la capitale depuis 2015. Il s’est bien entouré de quelques fidèles de l’ancien président Zafy, tel Serge Zafimahova, pour compléter les rangs de son parti, le TIM, resserrés autour du dévoué Guy Rivo Randrianarisoa. Mais le plus important semble pour lui d’avoir réussi à trouver les financements qui lui permettent de participer à la course. Et de faire bien mieux que de la figuration – à laquelle le cantonnaient de nombreux observateurs il y a encore quelques mois.

Il a réussi, fin août, à remplir les 25 000 places du stade municipal d’Antananarivo et commence, en jouant la carte de la proximité, à séduire dans les campagnes. Bénéficiant toujours d’un réservoir d’électeurs important dans les couches populaires de la capitale, il semble être aujourd’hui le seul à pouvoir contester la victoire annoncée d’Andry Rajoelina. Empêchés de se présenter l’un comme l’autre en 2013, les deux hommes pourraient enfin avoir l’occasion de se mesurer, avec la perspective, pour Madagascar, de pouvoir enfin refermer la parenthèse d’une longue décennie de crise.


Former president Didier Ratsiraka (C) arrives as the CFM (Malagasy Fampihavanana Council / National Reconciliation Council) opened its session on May 31 in Antananarivo to try to find a political solution to the current crisis in the country. (Photo by RIJASOLO / AFP)

Former president Didier Ratsiraka (C) arrives as the CFM (Malagasy Fampihavanana Council / National Reconciliation Council) opened its session on May 31 in Antananarivo to try to find a political solution to the current crisis in the country. (Photo by RIJASOLO / AFP) © RIJASOLO/AFP

L’amiral ne baisse pas les bras

À 82 ans, l’amiral n’est toujours pas prêt à lâcher la barre. Contre toute attente, alors que son parti, l’Arema, avait un candidat et que son neveu Roland était déjà entré dans la course, Didier Ignace Ratsiraka a déposé sa candidature le 21 août. « Puisque je ne peux plus arrêter le processus électoral en marche, autant y participer », a conclu celui qui fut président deux fois.

Tenant à la perfection son rôle de vieux sage au sein d’une classe politique où beaucoup lui doivent leur carrière, il n’hésite pas à tancer ses successeurs. Si son esprit reste acéré, et bien qu’il assure être en parfaite santé, il sait qu’il ne pourra pas tenir le rythme. Ne serait-ce que parce qu’il ne dispose pas des fonds pour mener une campagne de terrain. « Tout le monde le connaît sur l’île », assure Annick, sa fille et sa plus proche conseillère. Mais plus de la moitié de la population actuelle n’était pas née lorsqu’il était au pouvoir.

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