Politique

[Tribune] Régions de Méditerranée, unissons-nous !

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20:42
Renaud Muselier

Par Renaud Muselier

Président de la Région Sud - Provence-Alpes-Côte d'Azur, organisateur de "Méditerranée du futur : acte II", ancien secrétaire d'État aux Affaires étrangères.

Un bâtiment de la marine italienne à la recherche de migrants en Méditerranée, le 29 août 2015. © Gregorio Borgia/AP/SIPA

Plus disposées à trouver des solutions au-delà des positions de principe, les collectivités locales de toute nature ont un rôle à jouer pour construire un véritable plan pour la Méditerranée.

Les pays dont les rives bordent la Méditerranée partagent, au plus profond de leur identité, une vocation commune. Carrefour des marchandises et des hommes, théâtre de l’histoire des hommes depuis l’Antiquité, cet espace détient une puissance symbolique qui nourrit tous les imaginaires.

Au XXIe siècle, la diplomatie traditionnelle a démontré ses limites sur le sujet méditerranéen. La disparition ­progressive d’une démarche globale illustre la difficulté que rencontrent toutes les nations du bassin. La fragilisation temporaire connue par l’Union pour la Méditerranée a longtemps laissé croire aux acteurs de la zone que cette vocation était ­compromise. Bien sûr, la Méditerranée des ­projets n’est pas ­suffisante. Si l’on veut réellement relancer une stratégie ­euroméditerranéenne, si l’on veut penser une réponse internationale, il est temps de construire un véritable plan pour la Méditerranée.

Méditerranée du futur

En novembre 2017, lorsque ma région, Provence-Alpes-Côte d’Azur, a lancé la ­dynamique de la Méditerranée du futur, ce ­projet n’était plus vraiment d’actualité en France. Avec le soutien du ministère de ­l’Europe et des Affaires étrangères, et depuis un an, tout a changé. La France a inscrit à son agenda diplomatique, au mois de juin 2019, un Sommet des deux rives particulièrement attendu.


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L’Acte II de Méditerranée du futur, consacré à la jeunesse et à l’innovation, sera donc le coup d’envoi de cette saison diplomatique cruciale. Cela se fera depuis Marseille, avec le concours d’une douzaine de délégations méditerranéennes. Cette relance stratégique doit aussi être l’occasion de mettre en lumière le rôle des collectivités locales dans la diplomatie contemporaine.

Car la Méditerranée est un espace de transition. Si nous ­voulons inventer une politique méditerranéenne de la ­jeunesse, nous ne pouvons pas nous appuyer exclusivement sur la diplomatie « traditionnelle », d’État à État. L’apparition en France de conseillers diplomatiques auprès de chaque préfet de région démontre bien que cette configuration ne suffit plus.


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Au fil des années, les collectivités territoriales ont su saisir plusieurs occasions historiques pour asseoir leur présence sur la scène internationale. À cette fin, des institutions comme les nôtres ont utilisé une méthode éprouvée : travailler en commun sur des dossiers qui unissent plus qu’ils ne divisent. La lutte contre le réchauffement climatique en Méditerranée concerne ainsi toutes ces collectivités. Partout, ses effets catastrophiques sont visibles et nécessitent une action publique ambitieuse.

Sans verser dans la caricature, nous sommes plus proches des citoyens et de leurs préoccupations quotidiennes !

Renforcer l’action

C’est autour de ces thématiques, avec pragmatisme et efficacité, que le dialogue se noue, d’autant plus facilement que ce sont des présidents de gouvernements non centraux qui échangent entre eux. Sans verser dans la caricature, nous sommes plus proches des citoyens et de leurs préoccupations quotidiennes ! En tant que décideurs locaux, nous sommes donc naturellement plus disposés à trouver des solutions au-delà des positions de principe.

Toutefois, en tant que présidents d’exécutif, nous sommes confrontés à un risque majeur : déployer, sans le vouloir, une diplomatie parallèle. Éviter cet écueil doit être pour nous une priorité. Si nous ne le faisons pas, nous prenons le risque de rendre cette démarche contre-productive et néfaste pour les relations entre les États. Si les collectivités détériorent ces liens, alors elles ne pourront être légitimes pour agir. Au contraire, en les renforçant, en complétant leur action, elles seront incontournables.

Le 13 novembre, sous l’égide de la Commission européenne et en présence de chefs d’État, ministres et présidents d’exécutif de la Méditerranée, cet Acte II s’inscrira dans cette droite ligne. En réunissant penseurs, historiens, décideurs politiques, jeunes entrepreneurs, idéalistes et pragmatiques, cet événement constituera un grand moment de débat, de réflexion et de propositions pour dessiner la Méditerranée du futur. Dans ce cadre, les collectivités locales de toute nature sont prêtes à prendre leur part de responsabilité. Régions de Méditerranée, unissons-nous !