Cinéma

« Black Indians », un documentaire sur les métissages carnavalesques

Le documentaire « Black Indians » a suivi les « tribus » d’Africains-Américains de La Nouvelle-Orléans qui rendent hommage aux Amérindiens lors des défilés du carnaval. © lardux films

Le documentaire « Black Indians » a suivi les « tribus » d’Africains-Américains de La Nouvelle-Orléans qui rendent hommage aux Amérindiens lors des défilés du carnaval.

À La Nouvelle-Orléans, les vedettes des défilés du carnaval sont depuis un siècle des « tribus » de Noirs – on parle aussi de « gangs » – qui dansent, chantent et semblent pratiquer des rites secrets tout en portant d’immenses parures somptueuses et extravagantes. À base de plumes d’oiseau ou d’autruche et de tissus cousus de perles, celles-ci font plus qu’évoquer les costumes des Amérindiens et en particulier les coiffes de leurs chefs. Rien d’étonnant, donc, si ces Noirs qui paradent sont appelés les Black Indians.

Ce sont trois Français qui sont partis à la rencontre de ces curieux habitués du carnaval, mais c’est paradoxalement grâce à Youssou Ndour que le projet a vu le jour. Car c’est en voyant celui-ci à La Nouvelle-Orléans avec le batteur de jazz Idris Muhammad dans le film Retour à Gorée que la documentariste Jo Béranger a été happée par une scène furtive : on y voyait le musicien américain montrer à son interlocuteur africain une photo de lui vêtu d’un magnifique costume rappelant celui des Indiens. La cinéaste a voulu en savoir plus et n’a pas regretté le temps passé à partir du début des années 2010 à aller interviewer et filmer outre-Atlantique ces étranges « Indiens noirs ».

Hybridation des identités

S’ils défilent ainsi depuis plus de cent ans, ce n’est pas uniquement pour relier métaphoriquement les deux groupes qui ont été les plus réprimés en Amérique. Ce métissage a en effet réellement eu lieu à l’époque de l’esclavage, où les Noirs de Louisiane qui fuyaient les plantations ne pouvaient trouver refuge que chez les Indiens. Et c’est cette période oubliée que mettent à l’honneur de facto les 28 tribus de Black Indians – des White Eagles et de la Washitaw Nation aux Yellow Pocahontas… –, qui toutes revendiquent une hybridation des identités. Laquelle, assure-t-on, a pris de la consistance à la fin du XIXe siècle grâce au passage à La Nouvelle-Orléans du Buffalo Bill’s Wild West, qui mettait en scène la déroute du général Custer, grand massacreur d’Indiens, face aux Sioux.

De quoi inciter les Noirs, qui n’avaient pas eu pour leur part la possibilité de se battre contre leurs oppresseurs, à se sentir cousins de ces vaillants combattants et à avoir envie de se « masquer indien » lors du carnaval. En scandant sans arrêt, comme le chef de la Washitaw Nation, un leitmotiv guerrier : « On ne pliera pas, on ne veut pas ! »


>>> À LIRE – Tony Gleaton, l’homme qui photographiait les cowboys noirs, est mort


Culture de la résistance

Cette coutume du mardi gras entretient donc, à l’évidence, une culture de la résistance. Et voilà pourquoi de solides gaillards des quartiers noirs de La Nouvelle-Orléans peuvent passer des centaines et des centaines d’heures à coudre des perles et à assembler des plumes pour parader un seul jour par an – deux au maximum quand ils participent aussi à la nuit de la Saint-Joseph – dans leur costume de Big Chief (chef de la tribu), Spy Boy (éclaireur), Flag Boy (porte-drapeau) ou Wild Man (sorcier). Des personnages qu’ils ne donnent à voir en public qu’un instant, mais qu’ils incarnent toute l’année.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte