Bourse

Diaspora Bonds : la BRVM se rêve en premier de cordée

Bourse d'affaire à Abidjan : BRVM. © Jacques Torregano pour JA

Consciente du potentiel offert, la Bourse ouest-africaine prépare la mise en place de ces instruments financiers qui ont fait leurs preuves en Asie et au Moyen-Orient.

Les États francophones de l’Afrique de l’Ouest rejoindront-ils bientôt la poignée de leurs confrères anglophones – Éthiopie, Ghana, Kenya, Rwanda et Nigeria – parmi les émetteurs d’obligations ciblant la diaspora ? C’est le souhait d’Edoh Kossi Amenounvé, le directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), à Abidjan.

« La diaspora africaine, qui transfère chaque année plus de 38 milliards de dollars vers le continent, a envie d’investir et de participer au développement des pays d’origine. Elle recherche un moyen sécurisé et rémunérateur pour le faire, nous voulons lui en proposer un », affirmait-il, de passage à Paris, début octobre. Selon l’ancien économiste en chef de la BAD Mthuli Ncube, aujourd’hui ministre zimbabwéen des Finances, « près de 10 milliards de dollars peuvent être collectés chaque année auprès de la diaspora africaine ».

Une adoption récente et difficile

Connus depuis les années 1930, ces instruments financiers sont populaires en Asie et au Moyen-Orient. Israël en émet pour plus de 1 milliard de dollars par an depuis 2013. Leur adoption par les pays africains est plus récente et n’a pas été aisée. Certes, le Nigeria a émis avec succès un Diaspora Bond de 300 millions de dollars en 2017, tandis que l’Éthiopie a obtenu 58 millions de dollars en mars pour son Renaissance Dam Bond, adossé au barrage de la Renaissance, en construction. Mais les débuts ont été poussifs.

Entre 2007 et 2011, l’Éthiopie, le Ghana et le Kenya ont échoué à mobiliser suffisamment de demande pour trois Diaspora Bonds. Selon Cyrus Rustomjee, du Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale, les membres de la diaspora « insistent pour investir dans un environnement économiquement stable, sans risque pour le rapatriement des intérêts et des capitaux et sans risque monétaire ».


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Rentabilité et sécurité

Aussi, dans leurs road-shows organisés à Londres, New York ou Paris, les équipes d’Edoh Kossi Amenounvé insistent sur la rentabilité et la sécurité du marché obligataire ouest-­africain. « Les taux des obligations d’État dans notre zone sont autour de 6 % à cinq ans. Il n’y a pas de défauts ni de retards de paiement. En raison de la parité, investir dans des Diaspora Bonds en francs CFA, c’est quasiment investir en euros, mais avec une rentabilité beaucoup plus forte », insiste-t-il.

Pour Stanislas Zézé, PDG de l’agence Bloomfield Investment Corporation, le type de projets financés par ces emprunts est décisif : « Il faut qu’ils soient simples et concrets, générateurs de flux financiers qui garantissent le remboursement. » En ligne de mire : l’immobilier, qui, selon l’expert ivoirien, correspond à ces critères. Un avis partagé par le Sénégalais Gabriel Fal, fondateur du courtier CGF Bourse, qui, selon les informations de Jeune Afrique, planche sur l’émission d’un premier Diaspora Bond avec la Banque de l’habitat du Sénégal. Il pourrait voir le jour d’ici à la fin du mois de mars 2019, soit plus tôt que l’échéance d’un an évoquée par la BRVM.

Selon Joseph Niangue, analyste financier chez Phoenix Capital Management, à Abidjan, le travail de sensibilisation mené par la Bourse régionale a déjà suscité des échos positifs auprès des diasporas et des autorités ivoiriennes, burkinabè et maliennes.

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