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Cet article est issu du dossier «Affaire Khashoggi : l’onde de choc»

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Politique

[Édito] Affaire Khashoggi : « Barbarie saoudite »

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Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Le prince héritier, Mohamed Ben Salmane, lors d'une réunion du Conseil de coopération du Golfe (CCG), le 27 avril 2017 à Riyad. © Uncredited/AP/SIPA

L’assassinat de Jamal Khashoggi est la grande affaire du moment. Elle n’est pas encore élucidée, et très peu de gens en connaissent les tenants et les aboutissants. Pourtant, les médias du monde entier relatent à l’envi le peu qu’ils en savent.

Je vais à mon tour vous en dire quelques mots. Jamal Khashoggi était un membre de l’establishment saoudien. Après avoir soutenu le régime, il a estimé devoir s’y opposer et, pour ce faire, a quitté par précaution son pays. Il avait 59 ans et était sur le point de se remarier. Le Washington Post lui avait consenti une tribune (mensuelle) où il pouvait s’exprimer librement.

Le 2 octobre, il s’est rendu au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul pour retirer des attestations nécessaires à son remariage.

Les pouvoirs de MBS

Personne ne l’a revu depuis, et tout indique qu’il a été assassiné au consulat le jour même, à l’instigation du jeune dictateur de la Barbarie saoudite (formule inventée par l’écrivain américano-libanais Nassim Nicholas Taleb pour désigner l’Arabie saoudite), Mohamed Ben Salman (MBS), qui ne tolère aucun soupçon d’opposition.

MBS n’est en réalité qu’une sorte de Saddam Hussein saoudien

Le roi Salman avait délégué, depuis près de deux ans, les rênes du pays à son fils Mohamed, qui a montré par ses actes qu’il est capable de tous les excès et de toutes les brutalités. N’a-t-il pas réussi à transformer une vieille monarchie en une jeune dictature ? Ne donne-t-il pas l’impression d’agir comme si tout lui était permis ?

Ceux qui observent MBS disent qu’« il cumule vision, hubris et arrogance ». Il se prend pour l’équivalent du grand réformateur Lee Kuan Yew, qui a fait de Singapour, en quarante ans, un État ultramoderne et très civilisé, mais il n’est, en réalité, qu’une sorte de Saddam Hussein saoudien.


>>> À LIRE – Affaire Khashoggi : le silence assourdissant des pays arabes


Il est dangereux parce qu’il a trop de pouvoirs ; ses rares succès l’aveuglent et lui montent à la tête.

Attiré dans un traquenard par les maîtres de son pays

L’affaire Jamal Khashoggi rappelle, à plus d’un titre, à ceux qui comme moi l’ont vécu, l’assassinat à Paris, en 1965, de Mehdi Ben Barka. Le leader de l’opposition marocaine avait lui aussi été attiré dans un traquenard par les maîtres de son pays, qui étaient à l’époque Hassan II et le général Oufkir.

Ils l’ont fait torturer et assassiner, mais on n’a jamais su en détail ce qui lui a été infligé. Bien plus tard, nous avons appris que les services israéliens avaient aidé le régime marocain à faire disparaître le corps.

Jamal Khashoggi a sans doute été assassiné le 2 octobre 2018 sur ordre de Mohamed Ben Salman. Mais ce dernier avait déjà associé son destin à Benyamin Netanyahou et à Donald Trump. De l’argent a circulé, des informations ont été échangées. En dehors d’eux et d’un cercle étroit d’exécutants, personne ne sait ce qu’il s’est réellement passé.

Bouc émissaire

Le roi d’Arabie veut fermer les yeux sur le crime commis en son nom, et le président des États-Unis comme le Premier ministre d’Israël ont besoin de Riyad. Par conséquent, ils couvriront probablement la faute et le crime de Mohamed Ben Salman, qui y survivra et conservera le pouvoir. Un bouc émissaire sera trouvé et sanctionné.

L’affaire Jamal Khashoggi ternira un peu plus l’image de l’Arabie saoudite, laissera des traces. Mais lesquelles et pendant combien de temps ?

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