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Cet article est issu du dossier «Madagascar : la possibilité d'une (grande) île»

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Arts

Madagasc’Art : la Grande Île s’invite à Paris

L’événement « Madagascar, arts de la Grande Île » réunit près de 360 pièces. © Claude Germain/MqB

Jusqu’au 1er janvier, le Musée du quai Branly met en lumière les trésors du patrimoine artistique et culturel malgache. À la fois sur les bords de Seine et, grâce à la technologie, à Antananarivo.

D’abord une lumière crue, puis rien que la pénombre, avant qu’une image fortement pixélisée n’apparaisse sur le mur. « Bonjour depuis Paris. Je vais être votre guide pendant les quarante-cinq prochaines minutes », s’exclame une voix de moins en moins digitalisée, à mesure que la projection devient nette. La première visite virtuelle de l’exposition « Madagascar, arts de la Grande Île » – actuellement et jusqu’au 1er janvier 2019 au Musée du quai Branly - Jacques-Chirac, peut démarrer. Dans la salle, une centaine de personnes fascinées. Le silence n’est interrompu que par des murmures d’émerveillement, parfois d’amusement en entendant la prononciation malgache aléatoire de la conservatrice.

Quand la lumière se rallume, tout le monde semble encore avoir des étoiles plein les yeux. Le temps sans doute de bien comprendre qu’ils sont toujours dans les locaux de la Fondation H, sur la zone commerciale Galaxy, installée en périphérie d’Antananarivo. Le propriétaire des lieux et fondateur du groupe Axian, Hassanein Hiridjee, est également l’un des principaux mécènes de l’exposition organisée à Paris . Pour partager sa passion de l’art, il a obtenu l’autorisation d’organiser quatre projections réservées à quelques centaines de ses collaborateurs, ainsi qu’à une partie des élèves du projet scolaire Sekoly Telma, soutenu par Axian.

« Il fallait absolument montrer aux Malgaches ce que peuvent actuellement voir les Parisiens », explique le promoteur de la soirée. Et ce n’est pas son heureux public qui dira le contraire.

Musée du quai Branly - Jacques Chirac. Vue de l'exposition "Madagascar, Arts de la Grande Île". Du 17 septembre 2018 au 1er janvier 2019.Commissariat : Aurélien Gaborit, responsable des collections Afrique et du Pavillon des Sessions (musée du Louvre).Première grande exposition consacrée à la « Grande Île » et à l’art de Madagascar, l’exposition au musée du quai Branly - Jacques Chirac se déroule en trois grandes sections pour évoquer de la manière la plus complète et la plus globale ces sujets inédits. La première section s’applique à situer Madagascar dans l’espace et dans le temps. La deuxième section est consacrée à l’art du monde des vivants, aux objets créés et utilisés dans l’environnement quotidien. La troisième section aborde le rapport avec les mondes invisibles et parallèles, et le monde des morts, qui marque profondément l’art de Madagascar. © Gautier Deblonde/MqB

Moins ethnologique, plus artistique

« Vingt-cinq millions de Malgaches sur les bords de la Seine », avait titré la presse locale le 18 septembre, jour de l’inauguration. Un événement culturel à la mesure de l’attente de tout un pays, puisque le dernier hommage de ce genre a eu lieu à Paris en 1946… quatorze ans avant l’indépendance de la Grande Île. Nul doute que la scénographie et le cheminement choisis par Aurélien Gaborit, commissaire de l’exposition et responsable des collections Afrique du Musée du quai Branly, différent de ceux de cette époque. Moins ethnologique et plus artistique, enfin.

« L’art du bel objet, raffiné, délicat, résume Aurélien Gaborit. » Qu’il soit usuel ou spirituel, personnel ou collectif, ancien ou contemporain, puisque l’exposition met également en lumière les artistes d’aujourd’hui, dont le travail perpétue les traditions, par-delà les générations.

La visite commence justement en replaçant la Grande Île dans le temps et dans l’espace. Sans doute pour mieux souligner son « caractère exceptionnel ». L’occasion de revenir sur les influences diverses, africaines, asiatiques ou océaniennes, illustrées par quelques pièces de monnaie en bronze de Zanzibar, des perles de verre en provenance de Perse ou encore des bols en porcelaine de Chine, venus s’échouer au fil des siècles sur ses plages…

Musée du quai Branly - Jacques Chirac. Vue de l'exposition "Madagascar, Arts de la Grande Île". Du 17 septembre 2018 au 1er janvier 2019.Commissariat : Aurélien Gaborit, responsable des collections Afrique et du Pavillon des Sessions (musée du Louvre).Première grande exposition consacrée à la « Grande Île » et à l’art de Madagascar, l’exposition au musée du quai Branly - Jacques Chirac se déroule en trois grandes sections pour évoquer de la manière la plus complète et la plus globale ces sujets inédits. La première section s’applique à situer Madagascar dans l’espace et dans le temps. La deuxième section est consacrée à l’art du monde des vivants, aux objets créés et utilisés dans l’environnement quotidien. La troisième section aborde le rapport avec les mondes invisibles et parallèles, et le monde des morts, qui marque profondément l’art de Madagascar. © Gautier Deblonde/MqB

Culte des ancêtres

La très grande majorité des 360 pièces sélectionnées ne remontent pourtant pas au-delà du XIXe siècle, l’âge d’or des royaumes merinas des hauts plateaux. La période de la colonisation, qui a suivi, est en revanche quasi absente des vitrines, en dehors de quelques films ethnographiques. Aurélien Gaborit a pris le parti de nous faire découvrir la société malgache. Les symboles du pouvoir, en argent et avec des dents de crocodile, témoignent de la puissance de la cour ; les hauts chapeaux en paille de riz et les pièces de textiles finement exécutées, de l’aisance de la bourgeoisie hova ; les mortiers en pierre et les ustensiles en corne de zébu, de la frugalité des paysans.

Nous pénétrons à l’intérieur des maisons comme des palais pour nous rendre compte que le monde des vivants est intimement lié à celui des morts, selon le grand ordonnancement de la cosmogonie malgache. Comme après un rite de passage, les dernières salles sont entièrement tournées vers le sacré. Talismans et amulettes de protection, poteaux aloalo emblématiques, châles somptueux pour envelopper les défunts, confirment l’importance du culte des ancêtres sur l’île. Hier comme aujourd’hui.

« À Madagascar, on peut rater sa vie mais pas sa mort », assure un adage populaire. L’art funéraire est donc, lui aussi, un reflet de la société malgache, que cette exposition – la plus importante jamais consacrée à un pays africain depuis l’ouverture du Musée du quai Branly, en 2006 – rend enfin accessible au grand public. Dans toute sa diversité.

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