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Politique

Madagascar : horizon dégagé pour les candidats du littoral

L'ancien président Didier Ratsiraka parle à la presse durant le Conseil de Réconciliation National, le 31 mai 2018 Antananarivo. © RIJASOLO/AFP

Les candidats du littoral ont-ils une chance d’accéder à la magistrature suprême, pour la première fois depuis 2002 ? Oui, à condition de mettre leur ego de côté…

Depuis la défaite de Didier Ratsiraka, en 2002, aucun candidat issu des régions côtières n’a réoccupé le fauteuil de président de la République à Madagascar, abandonnant la fonction aux Merinas des hauts plateaux. L’année 2018 est encore loin d’être synonyme de reconquête pour les « côtiers », mais la multiplication des candidatures pourrait bien leur laisser une petite chance de victoire, s’ils arrivent à s’entendre entre eux et à laisser leurs ego au vestiaire.

Plusieurs facteurs pourraient cette fois jouer en leur faveur. D’abord, le fait qu’ils n’étaient pas au pouvoir quand le pays s’enfonçait inexorablement dans une corruption aujourd’hui devenue endémique. Ensuite, ils semblent avoir tiré les leçons de 2013, lorsqu’ils avaient tous soutenu Hery Rajaonarimampianina sans jamais rien obtenir en retour, comme ses deux prédécesseurs avant lui. Pas question de répéter la manœuvre.

Une alliance sur un clivage sociologique ?

De plus, plusieurs poids lourds côtiers se présentent : l’ex-président Ratsiraka – qui a surpris son monde en annonçant sa candidature dans les toutes dernières limites du temps imparti, le 21 août –, son neveu Roland, candidat malheureux lors du scrutin de 2013, les anciens Premiers ministres Jean Ravelonarivo et Olivier Mahafaly Solonandrasana, ou encore le président démissionnaire de l’Assemblée nationale, Jean-Max Rakotomamonjy.

« La logique voudrait que tout le monde se regroupe derrière l’ancien président, puisque c’est lui qui a favorisé, dans les années 1990, l’émergence d’une élite côtière, que les Merinas lui ont fait ensuite chèrement payer », rappelle un observateur éclairé de la scène politique malgache.

Oseront-ils faire alliance sur un clivage sociologiquement bien réel mais qui reste tabou au sein de la population, puisque entretenu par la colonisation ? « Celui-ci correspond à une vraie différence historique entre les Noirs et les Blancs, situation qui peut être manipulable mais pas inflammable car elle ne repose sur aucune base ethnique, contrairement à ce qui se passe en Côte d’Ivoire par exemple », reprend notre expert. Peut-elle être suffisamment rassembleuse pour porter à nouveau un « côtier » au palais d’Iavoloha ? Réponse dans les prochaines semaines.


Didier Ratsiraka en lice

MOSCOW, RUSSIA - JULY 14, 2018: Former President of Madagaskar Didier Ratsiraka (L) and Russia's President Vladimir Putin shake hands after a gala concert of world opera stars held at Moscow's Bolshoi Theatre ahead of the 2018 FIFA World Cup Final match. Alexei Druzhinin/Russian Presidential Press and Information Office/TASS (Photo by Alexei DruzhininTASS via Getty Images) © Alexei Druzhinin/TASS via Getty

« Je me présente pour porter assistance à mon pays en danger. » C’est par cette formule que Didier Ratsiraka a justifié sa candidature à la présidentielle. Depuis, la formule tourne en boucle dans les médias. C’est qu’à 81 ans l’amiral semble avoir retrouvé une partie de l’aura du chef de l’État qu’il fut de 1975 à 1993, puis de 1997 à 2002.

Au point d’apparaître ces dernières années comme le vieux sage d’une classe politique au sein de laquelle beaucoup lui doivent leur carrière. Le candidat de l’Arema a pourtant longtemps répété que le pays n’était pas prêt, « pas assez apaisé, renforcé » pour ce scrutin, qu’il était favorable à son report et à une nouvelle période de transition dont il se serait bien vu prendre la tête.

Je ne peux plus arrêter le processus en marche, je dois donc y participer , déclare Ratsiraka

Selon lui, Madagascar est toujours en phase de transition, « puisque l’accord de 2009 n’a jamais été respecté par [ses] deux successeurs ». Il estime Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina responsables de tous les tourments du pays, quand Hery Rajaona­rimampianina bénéficie d’un a priori plus positif puisqu’« il a accepté de démissionner ». Lui assure revenir non pas pour se venger mais pour changer le système de l’intérieur.

« Je ne peux plus arrêter le processus en marche, je dois donc y participer », dit-il. Didier Ratsiraka n’a peut-être plus bon œil mais il a bien toute sa tête, comme il l’a prouvé lors du débat télévisé auquel il a participé le 5 septembre. Et il ne se fait aucune inquiétude sur sa forme physique – il dit faire trente pompes chaque matin –, malgré les mauvais coups qu’il s’attend à recevoir.

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