Politique

Julius Malema : « Ramaphosa, c’est du vieux vin dans une bouteille neuve »

Le leader du parti d'opposition EFF Julius Malema, pendant une interview de l'AFP, le 11 septembre 2018 à Johannesbourg en Afrique du Sud. © GIANLUIGI GUERCIA/AFP

Pour Julius Malema, le président des Economic Freedom Fighters (EFF, gauche radicale), l'arrivée au pouvoir de Cyril Ramaphosa, en février dernier, « n’a rien changé ». Interview.

Jeune Afrique : L’Economic Freedom Fighters (EFF) vient de fêter ces cinq ans. Êtes-vous satisfait du chemin parcouru ?

Julius Malema : Nous avons très bien réussi. Aujourd’hui, vous ne pouvez plus parler de politique en Afrique du Sud sans parler de nous. À chaque fois que des gens subissent des injustices, nous sommes là. Les EFF ont trouvé leur place dans les cœurs, et les esprits de nos concitoyens.

Qu’est-ce qui a changé avec le départ de Jacob Zuma et l’élection de Cyril Ramaphosa ?

Ramaphosa, c’est du vieux vin dans une bouteille neuve. Son arrivée au pouvoir [en février 2018] n’a rien changé, et les Sud-Africains le savent. Ce sont toujours les mêmes ministres qui sont en poste, qui sont impliqués dans les mêmes affaires de corruption, qui n’ont aucune éthique et ne respectent pas l’État de droit. Donc non, Ramaphosa et l’ANC ne nous font pas peur. D’ailleurs, le président a perdu en popularité ces derniers mois.


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Nulle part dans le monde, une Banque centrale n’est privée. La nôtre ne devrait pas appartenir à des personnes qui excluent les Noirs

Votre parti a déposé un projet de loi visant à nationaliser la Banque centrale. Pourquoi ? 

Parce que nous avions promis de nationaliser les établissements bancaires. C’est la première étape. Depuis 1994, la Banque centrale échoue à faciliter la bancarisation des gens. Dans notre pays, six établissements fournissent 90 % des services bancaires, et ils sont eux-mêmes aux mains d’une minorité blanche qui applique souvent des critères de sélection racistes. Ce que nous voulons, c’est que la Banque centrale reflète la démographie sud-­africaine. Nulle part dans le monde, une Banque centrale n’est privée. La nôtre ne devrait pas appartenir à des personnes qui excluent les Noirs.

Pourquoi avez-vous fait de la question de l’expropriation sans compensation votre cheval de bataille ? 

Parce que notre peuple a besoin de pouvoir travailler la terre pour se nourrir. L’article 25 de la Constitution va être modifié, cela ne fait pas de doute. Il y aura des expropriations sans compensation et il faut que la loi fondamentale ne laisse la place à aucune ambiguïté.

Notre peuple veut la terre, et les investisseurs dont vous parlez vont devoir accepter la politique sud-africaine en matière foncière

Comprenez-vous l’inquiétude des investisseurs ? 

Ils sont toujours préoccupés. Ils l’étaient déjà en 1994 [année de l’arrivée au pouvoir de Mandela]. Et ils étaient aussi inquiets quand Nelson Mandela a quitté la tête du pays, en 1999. Et encore quand Thabo Mbeki est devenu président. Ils sont, par définition, toujours sceptiques, et nous ne pouvons pas les laisser décider de l’avenir de l’Afrique du Sud. Notre peuple veut la terre, et les investisseurs dont vous parlez vont devoir accepter la politique sud-africaine en matière foncière.

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