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Cet article est issu du dossier «Algérie : octobre 1988, les secrets d’un « printemps »»

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Politique

Algérie – Octobre 1988 : complot ou révolte spontanée ?

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20h42
Une image des émeutes du 5 octobre 1988 à Alger.

Une image des émeutes du 5 octobre 1988 à Alger. © Capture d'écran Youtube

Dans l’édition enrichie de l’ouvrage de Sid Ahmed Semiane, le général-major Lakehal Ayat, patron du renseignement (DGPS), affirme que le FLN n’était pas en mesure de s’opposer au chef de l’État, lors des révoltes d’octobre 1988 en Algérie.

SAS : Êtes-vous parvenu, aujourd’hui [interview réalisée en 1998], à vous forger une idée plus précise sur la nature du complot, sur ceux qui l’ont fomenté et sur ses raisons, surtout ?

Lakehal Ayat : Dix ans après le 5 octobre 1988, vous me demandez si je suis arrivé à me forger une idée plus précise. Excusez-moi, mais en toute ­modestie, l’idée précise, je l’avais depuis juillet 1987 ! Je ­m’explique. Pendant l’été 1987, à Oran, le chef de l’État est arrivé à la conclusion qu’il fallait libéraliser le pays. Que la Charte nationale n’a pas été sérieusement revue, qu’il devait en quelque sorte bouger et qu’il était impératif, pour le chef de l’État surtout, de renouer avec les Marocains.

En d’autres termes, qu’un coup de main sérieux aux réformateurs était nécessaire et qu’il fallait aller au charbon quoi qu’il en coûte. Maintenant est-ce un complot ? […] Qui l’a fomenté ? Et pour quelles raisons ? La situation politique et économique de l’Algérie de 1998 donne toutes les réponses.

Il n’y avait au sein du FLN aucune tendance qui pouvait contrecarrer ou faire avorter les projets de réformes politiques de Chadli

Quels étaient les objectifs visés à travers le ­mouvement du 5 octobre ? Partagez-vous l’idée d’une tentative des opposants de Chadli, au sein du parti, de faire avorter son projet de réformes politiques et de multipartisme, annoncé pour le congrès du FLN ?

Je ne vois pas au sein du FLN qui était capable de s’opposer à Chadli depuis 1981. Ceux qui le furent, et ils étaient quelques-uns, n’ont pas démissionné, mais ont été exclus du comité central pendant le premier mandat. Le président Chadli était en quelque sorte en crise avec le FLN depuis le congrès extraordinaire de 1986, à cause de l’amendement raté de la Charte nationale. On avait effectivement convaincu le président de la nécessité de libérer l’économie et d’activer les réformes.

Après avoir mené le congrès seul sans la présence de M. Messaâdia [responsable au FLN], Chadli s’attelle à gouverner seul, sans consulter personne. Il en fit de même quand il s’agissait de rétablir les relations avec le Maroc. Il n’a consulté aucun chef militaire qui a dirigé le secteur militaire de Tindouf ni l’état-major de l’armée qui avait son avis sur la suite des relations militaires avec ce pays. Il a préféré l’avis de ses conseillers. Il n’y avait au sein du FLN aucune tendance qui pouvait contrecarrer ou faire avorter les projets de réformes politiques de Chadli.

Mais il y avait surtout un courant au niveau de la présidence qui était en contact avec le FMI et la Banque mondiale, et qui préparait les projets de réforme de l’économie et sa libéralisation.

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