Culture

Et il est comment le dernier… Tania de Montaigne ?

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20:42

Tania_de_Montaigne_-_Atlantide_2017

«Les Noirs n’existent pas », martèle Tania de Montaigne, dans un plaidoyer inspiré par la pensée de Frantz Fanon. Mais qu’est-ce qu’une Noire d’ailleurs, s’interroge la journaliste, jusqu’à finir par nous apporter une définition dont le caractère cocasse souligne l’illégitimité du terme.

L’auteure ne s’embarrasse pas d’explications ampoulées et d’une démonstration kilométrique pour servir son propos. Selon elle, être noir(e) sans majuscule devrait être la norme. En moins d’une centaine de pages, sur un ton parfois ludique servi par l’absurdité des exemples qu’elle compile, elle nous livre une pensée qui invite à se pencher sur les travers de l’Histoire et les méprises intellectuelles, sur notre langage, pétri de sottises lexicales, ou encore sur nos sociétés actuelles, où les crispations identitaires font que nationalistes et communautaristes sont à fourrer dans le même sac.

L’appropriation culturelle en question

Dès la première page, Tania de Montaigne nous invite à jauger la question de l’appropriation culturelle, concept dont elle évoque l’origine, dont elle cite la définition et qu’elle juge malvenu en envoyant ceux qui seraient tentés de s’en référer dans les cordes : Katy Perry, qui a eu le malheur de se faire des tresses, s’en excuse publiquement et « rend […] aux Noirs ce qui leur appartient, il y a des coiffures de Noirs, des coiffures de Blancs, des coiffures de Jaunes, des coiffures de Rouges, et que chacun reste à sa place ». Et vlan !

Au XIX e, Gobineau écrit que les Nègres ont moins de vigueur musculaire. Aujourd’hui, le Noir est endurant et court même très vite

On en rit presque tant elle parvient à démontrer, avec une simplicité nappée de subtil sarcasme, le caractère bancal de cette théorie. Tenez, rappelle-­t-elle, au XIXe siècle, Arthur de Gobineau écrit que « les Nègres ont […] moins de vigueur musculaire » et, aujourd’hui, le Noir est endurant et court même très vite…

Un brin candide

Vient aussi la question de la race, « idéologie perverse » qui annule la culture et gratifie la nature, la couleur de peau. La race est comme l’origine, comme les racines et comme la majuscule : elles font que le Noir n’est qu’un simple réceptacle dont il est aisé de deviner les pensées et les intentions.

Et quand race, origine, racines et majuscule disparaissent, la personne n’est plus déterminée que par son parcours, son histoire, sa situation. Si la conclusion de l’essai nous paraît un brin candide, à l’instar de certains passages, Tania de Montaigne aura tout de même réussi à lancer la fléchette au cœur de la cible grâce à ce terrible constat : la race est notre langue maternelle à tous, depuis des siècles.