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Littérature : « 1994 » de Adlène Meddi, un roman au cœur des décennies noires de l’Algérie

Adlene Meddi, Adlène Meddi, journaliste algérien et auteur de l'ouvrage 1994. © CAMILLE MILLERAND/divergence

Adlène Meddi, journaliste algérien, signe un roman crépusculaire sur la dérive d’une génération, mêlant la violence d’un genre littéraire et celle de la guerre civile.

Trois dates : 1994, 2004, 1962… Le nouveau roman d’Adlène Meddi, 1994, est organisé selon une chronologie locale bien particulière. D’une année à l’autre, d’une période de l’histoire à l’autre, c’est la violence qui joue le rôle de fil conducteur. 1994 raconte l’histoire d’une bande de lycéens de la banlieue d’Alger qui ont affronté les terroristes armes à la main pendant la guerre civile et se voient rattrapés par leur passé.

En traversant les époques, Adlène Meddi, journaliste passé par El Watan, campe ses personnages dans un contexte bien particulier. La violence, elle, reste, saute les époques et surtout se transmet : dès les premières pages, en 2004, l’un de nos antihéros récupère chez son père – un puissant général décédé – une petite arme de poing soviétique qui le renvoie à sa jeunesse.

Inspiré du passé

Le petit groupe insurrectionnel amateur a été des manifestations spontanées de jeunes aux côtés d’autres fiers-à-bras appelés à devenir en quelques années des « tangos », des terroristes dans le jargon des militaires. « En 1992, ils faisaient grève […] Ils y étaient tous […] islamistes, voyous, gauchistes, privilégiés d’El Biar… »

Ils s’inspirent du passé des maquisards de la résistance antifrançaise et regardent La Bataille d’Alger. Le passé, qui les forme directement, les rattrape, qu’il apparaisse sous la figure de la tribu, du père officier, de cauchemars, de maladie psychiatrique ou d’un vieil officier obnubilé par son enquête. En peignant sa fresque historique, Meddi étoffe du même coup son intrigue et ses personnages.


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S’il joue avec les époques, l’auteur est plus respectueux de l’unité de lieu. Il situe le groupe d’amis à El Harrach, une banlieue algéroise où il est lui-même né en 1975. Comme ses habitants, l’endroit est marqué par les épreuves du temps qui se répètent et s’enchâssent : « Ville détestée parce que ici Octobre [soulèvement populaire de 1988], ici les barbus tenaces et les tout premiers communistes torturés par Boumédiène […], ici les derniers survivants de Cayenne, ici le chaâbi mélancolique […], ici les marabouts […], ici les bars, les bagarres et les mosquées contestataires […]. » Malgré l’ambiance sombre du récit, un hommage à sa ville transparaît.

Pas des anges

1994, troisième roman de Meddi, est le premier à être édité à l’étranger – chez Rivages/Noir, en France –, les autres ayant été publiés chez Barzakh, à Alger. C’est un polar hard boiled type. L’action l’emporte sur le psychologique, et l’intrigue ne relève pas de l’énigme.

Au manichéisme, Meddi préfère le flou. Les terroristes ne sont pas des anges. Ceux d’en face non plus. Le style rencontre ici la réalité du contexte : la guerre civile algérienne, ses dérives tous azimuts, ses acteurs les plus troubles… le roman en lui-même est générationnel : Meddi y témoigne de la vitalité du roman noir algérien et de son intérêt pour l’histoire récente, mouvement dont Yasmina Khadra reste le représentant le plus connu… mais pas l’unique.

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