Arts

Style : Rym Wided Menaifi, la tradition sans le folklore

Une création de la styliste Rym Wided Menaifi. © Rym Wided Menaifi

Entre hommage au patrimoine artisanal et relecture orientaliste des tendances occidentales, l’Algérienne Rym Wided Menaifi crée des pièces éclatantes et poétiques.

Plus qu’une styliste, Rym Wided Menaifi est une orfèvre de la couture. Ses modèles, chimériques, doivent beaucoup à un travail de broderie minutieux, à un sens du détail original, à des ornements incrustés sur des étoffes nobles. La créatrice de 40 ans puise dans le patrimoine vestimentaire algérien et joue avec des télescopages temporels et géographiques. Le velours est sa matière de prédilection.

« J’ai une relation très particulière avec ce tissu. Je n’arrive pas à l’expliquer. Bébé, mon doudou était un bout de velours. Il y en a dans toutes mes collections », indique cette native d’Alger, bercée par les traditions et coutumes constantinoises durant toute son enfance dans la ville d’Annaba.

Les modèles Menouba, prénom de sa grand-mère paternelle, n’accordent guère de place aux imprimés. Et, au-delà du velours, Rym Wided Menaifi affectionne le satin, la mousseline et le doupion de soie. « Le tissu est comme une toile vierge sur laquelle je vais poser ma signature. Quant à la broderie, il s’agit d’une inscription qui permet de garantir le caractère unique du vêtement. »

Un bel héritage

Toutes ses créations sont imprégnées d’un savoir-faire hérité de sa grand-mère paternelle et de ses tantes. Broderie, perlage, tissage, autant de techniques à la main transmises de génération en génération par les femmes de sa famille. « Une fois adulte, on se rend compte qu’il s’agit d’un très bel héritage. Il faut savoir que la broderie au fil d’or est une spécialité de la région de Constantine. Je parle principalement de deux techniques, le medjboud, le passé plat sur cuir, et le fetla, la torsade sur coton. »

Dans son grand atelier du quartier de Hydra, zone huppée de la capitale algérienne, elle travaille avec plusieurs couturières, brodeuses et perleuses. « Je dessine et je coupe les tissus. Je suis la modéliste. Travailler la matière tient de l’architecture. » Les artisanes prennent ensuite le relais pour monter, assembler, retoucher puis conceptualiser le dessin transmis par la créatrice, qui elle aussi s’attelle alors à la broderie. « Je garde un œil sur tout », assure l’ancienne médecin généraliste qui s’est tournée vers la mode et le design en 2008.

Un patrimoine inscrit dans la contemporanéité

« Cela a commencé comme un jeu. Petite, je dessinais déjà des collections et je faisais de la couture. Je ne me voyais cependant pas en vivre ou en faire un métier. J’ai néanmoins mené des recherches sur le costume traditionnel et les peintres orientalistes. Et, un jour, j’ai décidé de dessiner une collection et de monter un défilé de mode. »

Une première collection inspirée par les odalisques des tableaux orientalistes, avec des costumes brodés et parés de bijoux rappelant Alger, Constantine, Tlemcen aux XVIIe et XVIIIe siècles. « C’est l’époque des peintres voyageurs, dit-elle. Je me suis créé une base de données sur les scènes de vie, de chasse et de fêtes. » Dans « l’atelier de ses rêves », son équipe travaille à l’étage, tandis que le rez-de-chaussée abrite le showroom de la marque.

On y redécouvre une tradition et un patrimoine inscrits dans la contemporanéité. « Il ne s’agit pas de faire dans le folklore ! » s’exclame la créatrice, qui refuse d’évoquer son budget.

Sarouel et caftan

Parmi les tenues que Rym Wided Menaifi s’attache à revisiter, il y a le burnous, cet ensemble composé d’une longue veste en velours brodée aux fils d’or avec deux fentes sur les côtés et d’un sarouel. Une tenue traditionnelle jugée déjà très moderne au XIXe siècle, indique la styliste. Chez Menouba, le sarouel peut aussi céder la place à la robe ou au caftan. Il y a aussi la veste caraco : « J’adapte mes caracos sur des slims, des pantalons carotte ou des chemisiers à lavallière. La coupe tranche avec la tradition. » Quant au caftan, il s’agit du vêtement oriental par excellence, porté par les hommes comme par les femmes. « C’est une tenue qui m’évoque mon enfance et ma région. »

La créatrice cite également la gandoura constantinoise, cette robe que l’on enfile par le haut : « Je la conçois comme une robe du soir, coupée à la taille, avec dos nu ou décolleté. J’ajoute aussi une traîne, parfois. Originellement, c’est une robe en velours sans ouverture, en forme de trapèze et que l’on serrait à la taille avec une ceinture de louis d’or. Je le fais encore aujourd’hui. »

Je calque le travail d’un joaillier. Je choisis de belles pierres et je brode autour

En matière d’ornements, Rym Wided Menaifi ne lésine pas. Cristal, verre, pierres, etc. « Je calque le travail d’un joaillier. Je choisis de belles pierres et je brode autour. J’aime aussi incruster des pièces de métal, de résine de corail ou de turquoise. » Ces dernières années, elle indique avoir beaucoup travaillé sur les épaulettes brodées et sur la combinaison. « Un vêtement simple, avec le bas de type sarouel, non brodé, taillé sur du satin ou du brocard », précise-t-elle en rappelant le bedroune, équivalent algérois de cette tenue. « La combinaison, les capes, le velours et les broderies reviennent à la mode », fait-elle remarquer en citant Balmain, Dolce & Gabbana ou Chanel.

Au cours de l’Oriental Fashion Show, qui s’est tenu en juillet 2018 au Crillon, à Paris, elle a présenté Route des Indes, sa huitième collection, inspirée par l’un de ses voyages. Cette nostalgique animée par les tendances a de la suite dans les idées.


Mode made in Algeria ?

Si la mode a toujours existé en Algérie, on ne trouve pas d’école spécialisée dans le pays. En conséquence, les créateurs algériens sont peu connus à l’international. « C’est aussi ce vide qui m’a poussée à me lancer. J’ai pris des cours de couture et de modélisme », indique Rym Wided Menaifi. Elle estime qu’en Algérie, quand on est artiste, il n’y a que le talent qui compte.

« En matière de mode, les choses se font timidement. La plupart des jeunes créateurs ont dû se contenter des Beaux-Arts. Il n’existe pas une seule fédération. » Néanmoins, les couturiers se font de plus en plus nombreux dans le pays, ajoute-t‑elle. « Mais tout le monde copie tout le monde. Depuis que je fais ce métier, des créateurs s’inspirent beaucoup de mon travail. »

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