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Banques africaines : sortie de crise en ordre dispersé

L’Afrique du Sud truste les cinq premières places du Top 200. Vue sur les sièges de Standard Bank (1er), d’Absa (5e) et de FNB (14e), au Cap. © Mike Hutchings/REUTERS

Les 200 premières banques africaines ont renoué avec la croissance en 2017. Malgré le rebond des économies phares du continent, la contraction de l’offre de crédit et l’obligation de renforcer les fonds propres tempèrent l’optimisme du secteur.

C’est ce qui s’appelle un retour en force. Après deux années consécutives de déclin, les 200 premières banques africaines ont retrouvé une remarquable vigueur en 2017, affichant une croissance à deux chiffres.

Avec une hausse de 18,7 %, le bilan cumulé a enregistré la plus forte progression de la décennie, à 1 747 milliards de dollars (1 512 milliards d’euros).

Les revenus ont, eux, augmenté de 10 milliards de dollars en un an, ce qui correspond également à la plus forte hausse des dix dernières années. Enfin, les bénéfices dégagés ont franchi le cap des 25 milliards de dollars.

Conjoncture économique favorable

Faut-il en conclure que les années de vaches maigres sont bel et bien terminées ? Difficile à dire.

« Le secteur bancaire africain est le deuxième le plus rentable au monde. Son retour sur investissement en 2017 s’élevait à 14,9 %, juste derrière celui de l’Amérique latine et comparable à celui d’autres régions comme l’Asie émergente et le Moyen-Orient », notaient en février les analystes du cabinet McKinsey. Certes. Mais ces bons résultats reflètent en partie l’amélioration de la conjoncture économique des principales économies du continent.

Le Nigeria est timidement ressorti de sa première récession connue en vingt ans.

Le Maroc – troisième place bancaire du continent –  a retrouvé de belles couleurs avec une croissance de 4,1 %, après une année 2016 décevante. L’Afrique du Sud et l’Égypte, leaders du palmarès, ont également enregistré des résultats encourageants, avec des PIB en hausse respectivement de 1,3 % et de 4,2 %.

L’influence des devises

L’interprétation du classement est toutefois compliquée par les évolutions contrastées des devises africaines vis-à-vis du dollar. Le Nigeria, quatrième bastion bancaire du continent, a vu son naira céder plus de 15 % au billet vert l’an dernier, tandis que la livre égyptienne résistait après la dévaluation brutale de 2016, lorsqu’elle avait perdu la moitié de sa valeur.

Le rand sud-africain a lui gagné plus de 11 % face au dollar l’an dernier, dopant les performances relatives de ses banques qui trustent un bon tiers du bilan cumulé des 200. La comparaison des résultats du sud-africain Standard Bank Group (premier de notre classement) et du nigérian Zenith Bank (21e) illustre cette difficulté de lecture.

Le total des actifs du premier progresse de 15 % en dollars, mais de seulement 4 % en rands, tandis que celui du second stagne en dollars, alors qu’il est en hausse de 18 % en nairas. Les situations particulières des banques concernées sont amplifiées par les effets de change : trois des dix banques ayant le plus progressé sont égyptiennes, quand la moitié des plus forts reculs ont été enregistrés au Nigeria.

Le rebond observé en 2017 ressemble davantage à une sortie de crise en ordre dispersé qu’à un mouvement général affectant l’ensemble de l’industrie bancaire africaine, tant les facteurs et les stratégies qui ont influencé les performances divergent d’une région à l’autre.

Expansion subsaharienne des banques marocaines

Le parti pris des établissements kenyans en faveur de la banque digitale et de l’agency banking – qui permet de partager les coûts de distribution avec des tiers – a aidé des pionniers tels que Kenya Commercial Bank (56e) et Equity Bank Group (60e) à résister au plafonnement des taux d’intérêt imposé à la fin de 2016 par le gouvernement.

La première a maintenu ses marges, tandis que la seconde a vu son bénéfice croître de 16 %. Au Nigeria, la diversification accrue de la clientèle, imposée par la crise des hydrocarbures du tournant de la décennie, a permis à Guaranty Trust Bank (37e) et Stanbic IBTC (76e) d’échapper aux difficultés du secteur électrique, qui pénalisent leurs concurrents Fidelity Bank (77e) et United Bank for Africa Group (30e).

Par ailleurs, l’expansion subsaharienne réalisée ces dernières années par les marocains Attijariwafa Bank (8e), Banque centrale populaire (BCP, 10e) et BMCE Bank of Africa (13e) renforce leur croissance alors que l’encours de crédits peine à croître sur le marché domestique.

Des décisions inopinées, tel l’assouplissement l’an dernier des sanctions financières américaines contre le Soudan, ont également entraîné des rebonds spectaculaires comme l’illustrent le quasi-doublement du bilan de Bank of Khartoum, qui gagne 29 places dans le classement en se hissant au 59e rang, et l’entrée d’Al-Nile Bank for Commerce and Development à la 193e place.

Des fragilités toujours d’actualité

De grandes lignes de force sont cependant identifiables. Tout d’abord, l’apurement des prêts enclenché il y a quelques années porte ses fruits, comme le montre la réduction des provisions sur créances douteuses d’Ecobank (17e), dont le bénéfice a rebondi à 229 millions de dollars en 2017 après une perte de 205 millions en 2016.

Ensuite, la bonne santé du secteur reste fortement corrélée à la conjoncture économique. Le cabinet de conseil EY estime ainsi que, en Afrique du Sud, « sur le long terme, chaque hausse de 1 % du PIB entraîne une augmentation de 5 % du bénéfice ordinaire des banques » du pays.

Les tendances régionales de la seconde moitié de la décennie se sont par ailleurs renforcées. La domination de l’Afrique australe se confirme, avec désormais près de 51 % du bilan cumulé, contre 47 % l’an dernier.

L’Afrique du Nord, Maroc et Égypte en tête, consolide son deuxième rang, conservant 30,4 % des actifs du secteur. La sous-performance des banques nigérianes entraîne tout le grand ouest-africain, en baisse de 14 % à 12,3 % du bilan.

Nouvelles exigences relatives aux fonds propres

L’Afrique centrale, enlisée dans une crise économique depuis plusieurs années, chute désormais au-dessous de 1 % du total.

Toutefois, les fragilités apparues depuis quelques années se sont confirmées en 2017. Les marchés sud-africain et marocain peinent toujours à doper l’offre de crédit. L’an dernier, la nation Arc-en-Ciel a enregistré « la plus faible croissance du crédit et des bénéfices ordinaires en dix ans, avec des rendements plus faibles compensés par un coût moindre des capitaux propres », rappelle EY.

Enfin, plusieurs banques africaines restent vulnérables aux nouvelles exigences relatives aux fonds propres, à la suite de la mise en œuvre progressive des accords de Bâle II et Bâle III. L’an dernier, la Banque centrale du Ghana a nationalisé deux établissements bancaires, retiré les licences de 70 institutions de microfinance et triplé à 400 millions de cédis (73 millions d’euros) le capital minimum requis.

Selon la société d’investissement londonienne Exotix Capital, les besoins en matière de recapitalisation au Ghana dépassent 1,4 milliard de dollars. Ces faiblesses risquent d’être renforcées par l’implémentation progressive de la norme internationale d’information financière IFRS 9.

Au Maroc, celle-ci « clarifiera davantage les anticipations de pertes et obligera à augmenter les provisions, ce qui exercera des pressions sur les réserves de fonds propres réglementaires qui sont déjà minces », avertit l’agence de notation Moody’s.

À bon entendeur…


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